RD CONGO : La Majorité Présidentielle a-t-elle pris en otage le processus électoral congolais ?

RD CONGO : La Majorité Présidentielle a-t-elle pris en otage le processus électoral congolais ?

« Si on confie le pouvoir à des hommes faibles ou ignorants, il s’en suivra comme une confusion générale car une telle exaltation les rend frivoles et orgueilleux et les prive du faible entendement qu’ils possédaient auparavant. » 

 « Les origines idéologiques de la  Révolution  américaine » de Bernard Bailyn


 

Introduction

Il est assez déconcertant de constater la légèreté avec laquelle les acteurs politiques au pouvoir en République Démocratique du Congo traitent les questions sensibles d’intérêt général dont dépendent pourtant la survie du Congo en tant que Nation : le respect de la Constitution, la sécurité nationale, l’intégrité territoriale, la souveraineté nationale, la protection des civiles, le respect des droits et libertés fondamentales,  etc.

Et pourtant, au-delà des mots, ces notions sont le fruit d’une histoire et d’un passé  de luttes et de sacrifices de plusieurs générations de fils et de filles de ce pays.

En effet, les congolais ont payé un lourd tribu pour arracher le droit de s’auto déterminer en tant que peuple : l’indépendance. Ces luttes ont commencé dès le lendemain de l’arrivée de ceux qu’on a appelé les « grands explorateurs » autour des années 1482. Elles se sont poursuivies pendant la traite négrière et ont traversé toute la période coloniale. A propos de cette période coloniale congolaise (1885-1960) dont les manuels scolaires congolais n’enseignent pas grand chose, il est important de faire remarquer que les congolais ne furent pas de dociles victimes du colonisateur belge. Plusieurs révoltes contre l’occupation belge ont émaillé cette période. La révolte des Pende en est une. Elle dura un peu plus de trois mois, soit de fin mai à la mi septembre 1931 et fit plusieurs centaines de morts.  Entre 1958-1960, le ras-le-bol congolais face aux colons est de plus en plus  marqué. Plusieurs manifestations, parfois violentes, accompagnées d’arrestations, vont conduire finalement à l’indépendance. Une indépendance très vite torpillée avec notamment l’assassinat de Patrice Lumumba et l’étouffement des aspirations nationalistes congolaises. A propos de cette terrible page de l’histoire congolaise,  Ludo De Witte écrit dans son livre intitulé « L’assassinat de Lumumba » que la rébellion nationaliste congolaise et sa répression a coûté la vie à près de 300 blancs et plus de 200.000 congolais. Tout porte à croire qu’il y a eu un plus grand nombre de vies humaines sacrifiées.

Après l’indépendance, ce fut l’époque Mobutu, le maréchal tout-puissant. Durant ces trente années de règne, les tortures, les enlèvements, les meurtres et assassinats, les répressions et les privations de liberté furent encore le lot des congolais. Cependant, la lutte interne pour la démocratie, concomitante à une conjoncture internationale nouvelle après la chute du mur de Berlin, conduira à la proclamation du multipartisme et à la fin du parti unique, parti Etat.

Depuis l’époque des Kabila, la nation congolaise fait ses premiers pas dans l’ère de la légitimation du pouvoir en conformité avec le droit. C’est ainsi que furent organisées en 2011 les dernières élections présidentielles et législatives de la RDC, dans un processus électoral par ailleurs inachevé à ce jour.


Vers le fait accompli  ?

La crise autour du processus électoral actuel semble lentement nous mener vers deux terribles constats, à savoir :

  • L’impossibilité de conduire à son terme le processus électoral complet dans les délais imposés par la Constitution de la République ;
  • L’impossibilité de conduire à terme un processus électoral partiel, portant sur les élections présidentielles et législatives, si celui n’est pas effectivement lancé avant le délai minimal au-delà duquel son organisation deviendrait tout simplement impossible pour le mois de Novembre 2016.

Au lendemain des élections chaotiques de novembre 2011 et face à la crise de légitimité qui s’en est suivie, des voies de sortie de crise avaient été proposées et adoptées dans l’espoir de faire de  2016 l’année de la continuité sur le long chemin de la démocratisation et de la pacification de la RDC. Il fallait à tout prix éviter au pays une nouvelle crise qui polariserait davantage la société congolaise, bloquerait le bon fonctionnement des institutions, mettrait à mal la réalisation des réformes sociales d’envergure et polluerait   la vie politique durant près de 5 ans.

Malheureusement, malgré les recommandations des acteurs politiques, sociaux et ecclésiastiques de la RDC, et malgré les appels des partenaires étrangers, l’inconscience ou l’irresponsabilité -ou les deux à la fois- de ceux qui nous gouvernent semblent nous conduire tout droit vers un échec prévisible aux conséquences incalculables pour la Nation. En mettant en oeuvre toute sorte de manoeuvres distractives, ces personnes semblent nous mener vers le fait accompli : pas d’élections en 2016 !

Cette Constitution que d’aucuns semblent déterminés à violer d’une manière ou d’une autre, légalement ou illégalement,  est pourtant un formidable outil à notre disposition, fruit de discussions et de consensus,  pour sortir le pays du cycle des crises à répétition qui l’enlisent depuis des décennies et pour nous aider à bâtir une véritable Nation. Son esprit, sa raison d’être et son essence se résument dans ses premières lignes :

« Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la République Démocratique du Congo est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des Institutions et de leurs animateurs.

Cette contestation a pris un relief particulier avec les guerres qui ont déchiré le pays de 1996 à 2003.

En vue de mettre fin à cette crise chronique de légitimité et de donner au pays toutes les chances de se reconstruire, les délégués de la classe politique et de la Société civile, forces vives de la Nation, réunis en Dialogue intercongolais, ont convenu, dans l’Accord Global et Inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002, de mettre en place un nouvel ordre politique, fondé sur une nouvelle Constitution démocratique sur base de laquelle le peuple congolais puisse choisir souverainement ses dirigeants, au terme des élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles. »

La Majorité Présidentielle a juré de garder le pouvoir.

La Majorité Présidentielle est un groupement politique constitué d’une constellation de partis politiques gravitant autour de Joseph Kabila et de son parti : le PPRD. C’est une sorte d’alliance hétéroclite et opportuniste dans laquelle les intérêts politiques côtoient les intérêts purement pécuniaires. La Majorité Présidentielle contrôle, infiltre ou soudoie toutes les institutions du pays. La justice n’est pas en reste. Son « indépendance » peut par moment laisser songeur.

En dépit des échecs de ses tentatives de modifier la Constitution du pays pour permettre à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat, acculée et pointée du doigt, la Majorité Présidentielle évoque aujourd’hui la nécessité d’un dialogue devant permettre une sortie de crise (créée de toute pièce par elle-même). Parallèlement à cette sollicitation à aller vers un dialogue national inclusif, elle continue cependant à envoyer des signaux qui ne rassurent guerre ni les partis d’opposition, ni la société civile.

La Majorité Présidentielle reste très fidèle à sa logique : conserver le pouvoir et si possible maintenir Kabila au pouvoir au-delà des termes prescrits par l’actuelle Constitution. Il y a fort à parier qu’elle ira jusqu’au bout de cette logique qui l’emprisonne tous les jours davantage et la rend détestable par la majorité des congolais des villes comme des campagnes. Elle devient ainsi un  danger pour la Nation en ce sens qu’elle met à mal tous les acquis des luttes congolaises contre l’occupation, la dictature, les guerres, etc.

 

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Entre le 17 et le 21 janvier 2015, la population congolaise s’est levée pour faire barrage à la tentative du régime Kabila de modifier la Constitution. Les manifestations qui eurent lieu furent réprimés très violemment, faisant près de 42 morts et de centaines de blessés. Kinshasa, Goma et Bukavu furent concernés. Ce tweet du Président de l’Assemblée Nationale du Congo témoigne des limites que le régime peut transgresser.

 

Faire partie de la Majorité Présidentielle, c’est  s’aligner derrière le chef : Joseph Kabila. Au sein de la  famille politique, on se soutient mutuellement, on protège le bien le plus précieux que l’on ait acquis : le pouvoir ! Détournements, pots de vin, manipulations et enrichissements illicites font parties des pratiques courantes. Majoritaire au Parlement et au Sénat, elle le contrôle le pouvoir législatif. L’administration ainsi que les entreprises de l’Etat n’échapperaient pas non plus à son influence.

Après le chaos  de 2011 qui avaient entaché  la crédibilité de tout le processus électoral, l’Opposition exige désormais pour 2016 des élections libres, démocratiques, transparentes et crédibles.

Cependant, au fur et à mesure que le temps passe, elle est mise au pied du mur et forcée à reculer sur certaines exigences telles que l’organisation d’élections locales et provinciales,  le recensement général de la population ou la révision  du fichier électoral.

Cette opposition essaie de se faire entendre malgré des faiblesses qui la fragilisent et l’empêchent de mener des actions percutantes :

  • La multitude d’acteurs plus ou moins charismatiques ;
  • L’arrivée de nouveaux « opposants » circonstanciels (G7, Katumbi, …) sur la scène politique ;
  • La multitude d’alliances et de « fronts » qui se font et se défont au gré des intérêts ;
  • La discordance de positionnement parmi des partenaires d’une alliance commune. A titre d’exemple, à propos du dialogue, il y a dans ces « alliances » des partisans du non catégorique, du non mais et ceux du oui !
  • La crise de leadership au sein de l’UDPS et l’inconstance de son discours qui ont des répercussions sur toute l’opposition ;
  • L’absence d’une figure émergente et populaire capable de porter les aspirations de la population ;

Peut-on revenir à la raison ? 

Puisque la Constitution a été adoptée pour sortir le pays des crises politiques récurrentes, mettre fin à une cette crise chronique de légitimité et donner au pays toutes les chances de se reconstruire, il paraît raisonnable que toutes les énergies tendent à sauver cette Constitution. Nous devons apprendre à respecter les textes fondamentaux que nous avons nous même adopter librement.

Les acteurs politiques doivent aujourd’hui  s’atteler à sauver les processus électoral, notamment les élections présidentielle et législatives de 2016 d’une part et d’autre part veiller au respect de l’actuel Constitution.

Le régime montre trois faiblesses qui devraient être des points d’action pour les forces du changement : l’impopularité, l’opportunisme de ses cadres et la peur de perdre le pouvoir. La formidable force de changement que représente le peuple congolais n’est pas pour l’heure capitalisée par l’opposition. Les ingrédients d’un tsunami qui balayerait tout sur son passage sont pourtant là  : pauvreté, crise économique, malaise sociale, chômage des jeunes, lassitude et désespérance.

La Majorité Présidentielle ne négociera que si la panique s’installe dans ses rangs. Les  citoyens doivent oser braver le régime et réclamer leurs droits, continuer à mettre en avant les injustices du système actuel et enfin montrer que ce régime a perdu toute légitimité morale à les diriger. Il faut faire pression. Plus grande sera la conscience populaire aux idéaux de changement, plus importante sera la peur dans le chef de ceux qui nous gouvernent.

Vers quelle sortie de crise au-delà de décembre 2016 ?

Accepter l’idée du dialogue avant fin 2016, c’est légitimer le maintien en place du régime actuel au-delà des termes constitutionnels. Sans dialogue, le régime basculera dans une forme de gouvernance anti constitutionnelle et donc illégitime. L’instabilité politique qui en découlera sera un moyen de pression à faire valoir pour d’ultérieures négociations.

Le « glissement » devrait être considéré comme une déclaration de guerre d’une élite impopulaire au pouvoir  au peuple congolais tout entier. Dès  l’instant où il sera constaté, nous aurons franchi un nouveau palier vers les risques d’instabilité majeure. La Majorité Présidentielle doit être consciente de sa responsabilité engagée face à ce chaos.

Le peuple pourrait par conséquent appliquer l’article 64 de notre Constitution qui stipule que « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».

Si il faut négocier, il faut au préalable déterminer les points non négociables et les points négociables. Les préalables non négociables sont une base indispensable pour rétablir la confiance entre les différents acteurs politiques du pays et permettre une certaine sérénité dans les discussions futures. Pour ma part, en voici quelques idées  :

1. Premier préalable non négociable : une transition sans Kabila

Joseph Kabila n’est plus le Président de la République au delà de décembre 2016, le terme de son mandat étant défini par la Constitution, quoi qu’en pense la Majorité Présidentielle. En tant que garant du respect de la Constitution et des textes de la République, il ne peut ni se dédire, ni  violer la Constitution sous peine de haute trahison. Il a prêté serment devant la Nation.

2. Deuxième préalable non négociable : la démission du gouvernement Matata

Le gouvernement aura échoué dans sa mission à permettre une transition dans le respect des délais constitutionnels et devra prendre ses responsabilités, constater son échec et démissionner.

3. Troisième préalable non négociable : Elections sans Kabila dans une courte échéance.

4. Quatrième préalable : une recomposition de la CENI

5.  Une transition courte dirigée par une personnalité congolaise neutre et reconnue qui ne sera pas candidat à l’élection présidentielle.


Conclusions

Respect de la Constitution, élections libres, nationalisme, intérêt général, dignité humaine et développement  deviennent pour le peuple congolais des idéaux pour lesquelles il est à nouveau  prêt à donner sa vie.

A la suite des révoltes de 1931 ou de celles des années 1960, à la suite du massacre des chrétiens de 1982, ou plus récemment encore à la suite des 42 morts de janvier de 2015 qui dénonçaient la tentative de modifier l’actuelle Constitution, la nation congolaise est résolument engagée dans une dynamique puissante, peut-être encore latente, de changement que nul ne peut arrêter.

Les ingrédients sont en place pour une violente explosion populaire qui emportera le régime actuel.  Personne ne sait ni quand ni comment cela arrivera.

Enfin, le rejet du régime actuel n’est peut-être que l’illustration de quelque chose de plus profond qui se passe dans la société congolaise : une rupture  idéologique qui met en place les éléments de la refondation de la Nation congolaise.


« Pour une nation ainsi abusée, se soulever unanimement et résister à son souverain, voire le détrôner, n’est pas un crime, mais une manière raisonnable de revendiquer ses libertés et ses droits légitimes ; c’est faire usage des moyens – des seuls moyens – que Dieu a mis en son pouvoir pour qu’elle se défende, elle et ses membres. Et il serait hautement criminel que ces derniers n’utilisent pas ces moyens. Ce serait le signe d’une docilité stupide et d’une folie inexplicable que des nations entières supportent qu’un seul homme déraisonnable, ambitieux et cruel se livre à la licence et à des orgies au prix de leur misère. Dans un tel cas, il serait plus raisonnable de supposer plutôt que ceux qui n’auraient pas résisté, et non ceux qui l’auraient fait, seront damnés. »

Discourse, Jonathan Mayhew,  1750

DKO

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Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

Il y a quelques jours, l’ex gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, a été désigné comme candidat du G7 (groupe de 7 partis politiques ayant quitté la famille politique de Joseph Kabila : la Majorité Présidentielle) à la prochaine élection présidentielle en RDC. En effet, pour ceux qui suivent l’actualité politique congolaise de près, cette annonce était plutôt attendue […]

via Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ? — Les imparfaites analyses de Ofit

Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

Il y a quelques jours, l’ex gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, a été désigné comme candidat du G7 (groupe de 7 partis politiques ayant quitté la famille politique de Joseph Kabila : la Majorité Présidentielle) à la prochaine élection présidentielle en RDC. En effet,  pour ceux qui suivent l’actualité politique congolaise de près, cette annonce était plutôt attendue et logique. Aussi, elle a eu le mérite de provoquer quelques réflexions sur l’avenir politique de la République Démocratique du Congo.


Moïse Katumbi, fin stratège  ?

Moïse Katumbi a  des atouts incontestables. Sans prétendre tous les connaître, nous pouvons en citer quelques uns.

C’est avant tout un enfant du Katanga. Bien que démembrée, cette province  pèse lourd sur l’échiquier politique de la RDC, sur son économie  et sur son poids démographique notamment en terme d’électorat. Cette appartenance katangaise lui confère un avantage non négligeable. Il serait richissime, et aurait une solide expérience dans le monde des affaires. Gouverneur du Katanga pendant plusieurs années et ancien membre du PPRD (le parti de Joseph Kabila), son expérience est également politico-administrative. Enfin, il est jeune, dynamique et très populaire.

Cependant, de nombreuses faiblesses entourent sa personnalité politique.

Il a été un soutien indéfectible de Kabila lors des scrutins présidentiels de 2006 et 2011, qualifiés de chaotiques. Alors que les partis d’opposition criaient à la fraude, sa fidélité a en partie permis à Kabila de se maintenir au pouvoir malgré des irrégularités compromettant la crédibilité des deux derniers processus électoraux. On pourrait dire, comme pour de nombreux politiciens congolais, qu’il a « fait » Joseph Kabila.

A ce jour, on ne lui connaît aucun véritable programme politique, ni projet de société clair, planifié et réaliste répondant aux défis actuels de la RDC. Quelles sont les priorités, comment les atteindre et avec quels moyens ? C’est le floue, le silence.

Aussi, de nombreuses personnes s’interrogent sur sa probité dans la gestion des contrats financiers au Katanga. Si d’aucuns pensent que sa richesse est un rempart contre la tentation de l’enrichissement personnel, d’autres au contraire s’inquiètent d’avoir à la tête de l’Etat un homme qui serait tenté de s’enrichir davantage ou de soumettre davantage l’économie du pays aux intérêts capitalistes étrangers.

Enfin, sa désignation par le G7 ne semble pas indiquer qu’il y aura une véritable rupture avec le système actuel. Les membres du G7 appartiennent à cette catégorie de politiciens congolais qui ont soutenu Kabila en dépit de la grave crise de légitimité entourant sa ré élection depuis 2011 et en dépit de toute la violence de ce régime qui a vu une minorité s’enrichir ostentatoirement au détriment de l’immense majorité de la population qui vit dans des conditions infra humaines, voire animales.

Tenant compte de ce qui précède, on peut poser l’hypothèse que la stratégie actuelle de Moïse Katumbi comporte au-moins les deux aspects suivants :

-se présenter comme « l’alternative » la moins pire ou la plus crédible à Joseph Kabila. En effet, à l’instar du vieux Tshisekedi, Katumbi est un homme d’affaire jeune, dynamique et riche. Pour booster sa popularité, il manie très habilement  religion et  football (une « autre religion »). L’occupation de l’espace médiatique est parfaitement maîtrisée, en témoigne sa présente sur les réseaux sociaux et sur les plateaux de télévision.

-apparaître comme  le « rassembleur » de l’opposition congolaise. A cet effet, les différents contactes entrepris avec les dirigeants des partis d’opposition peuvent être de sérieux indices.

Si Moïse Katumbi réussit à revêtir ces deux costumes, ce sera un réel coup gagnant pour doper sa stature de présidentiable.

 L’opposition congolaise sous pression ?

L’entrée en scène de Moïse Katumbi a déstabilisé encore un peu plus une opposition congolaise en quête d’unité et en manque d’un véritable meneur !

Du côté de l’UDPS,  Etienne Tshisekedi, vieux et convalescent, peine à tenir les rênes de son parti, l’UDPS. Cacophonies, doutes, contradictions ou démissions témoignent d’une réelle crise de leadership au sein du parti. Tous les appels des cadres à un congrès national du parti pour des réformes efficaces et pour régler l’épineuse question de la succession de Tshisekedi sont restés lettre morte. Etienne Tshisekedi ne semble pas prêt à passer la main et pourtant, handicapé par l’âge et la maladie, il n’incarne plus cet homme capable de porter un combat politique d’envergure, fussent-ils ceux du respect de la Constitution, de l’alternance ou de la présidence de la République.

Nous rappelant les conséquences sur la politique nationale des choix tactiques de l’UDPS en 2006 (non participation aux scrutins législatifs et présidentiels) et en 2011 (participation en rejetant une candidature unique de l’opposition), on peut imaginer l’UDPS sous pression. Va-t-elle accepter l’idée d’une candidature unique pour toute l’opposition et dans quelles conditions ? L’UDPS est-elle capable de s’aligner derrière un candidat autre que Tshisekedi ?

Pour l’ensemble de l’opposition congolaise, la désignation de Katumbi comme candidat du G7 fait remonter en surface toute la méfiance,  toutes les suspicions et le souvenir de toutes les compromissions qui ont été à la base de l’incapacité de la classe politique congolaise d’apporter des changements significatifs dans la vie du peuple depuis 1990, année du multipartisme.

La désignation de Moïse Katumbi renvoie aujourd’hui toute cette classe politique congolaise à la question essentielle de sa maturité. Non qu’il faille s’allier avec n’importe qui pour battre un adversaire commun, mais plutôt sur sa capacité à travailler ensemble pour un intérêt commun suprême : celui de voir ce peuple enfin vivre pleinement et dignement.

Moïse Katumbi, un allié objectif de l’opposition ?

Le tout est avant tout de savoir ce que cache le mot « opposition ».

Pour une partie de la population congolaise, en ce compris de nombreux hommes politiques,  l’opposition se conçoit comme le rejet  de l’individu Kabila.  Kabila serait le noeud la cause de tous les maux du Congo. L’incarnation de l’échec d’une nation. Vu de cette manière,  Katumbi pourrait devenir  un allié objectif pour le remplacement de Kabila. On ne touche pas trop au système en place, ni à ceux qui gouvernent et on ne remplace que la tête. Les prescrits constitutionnels portant la limite à deux mandats présidentiels pour un président seraient respectés.

Pour une autre frange de la population,  s’opposer sous-entend l’idée du rejet absolu du  système politique actuel en tout ce qu’il a de mafieux, de cleptomane, de corrompu, d’injuste, de répressif, d’anti progrès et d’assujettissement aux dictats occidentaux.  Rompre avec ce système et le remplacer par un autre, plus social et plus juste, respectant les libertés fondamentales et répondant aux préoccupations légitimes de la population, cela devrait être l’essence même de toute opposition. Par conséquent, vu sous cet angle, il est difficile  de parier, à ce stade, que Moïse Katumbi soit le candidat idéal, ni par ailleurs Vital Kamerhe, Felix Tshisekedi, Martin Fayulu, Matungulu, etc. Seuls l’exercice de la fonction et la réalisation des projets de société pourraient donner des éléments de réponse à ces questions.

Vers une « bipolarisation » de l’espace politique congolais ?

Au vu du tableau actuel proposant un large regroupement des partis d’ « opposition », serions-nous aux prémisses d’un jeu politique congolais dans lequel la  coalition des partis d’opposition s’impose en solution pour « déboulonner » un autocrate ? Une sorte de  bipolarisation qui consisterait à mettre face à face les partisans d’un régime récalcitrant à ceux de l’alternance démocratique et constitutionnelle.

Cette bipolarisation de l’espace politique en période électorale soulèverait le défi pour l’opposition de pouvoir se rassembler autour d’un candidat unique, ce qui n’est pas sans apporter son lot de crises pré et post électorales.

Peut-on vraiment faire du neuf avec du vieux ?

Les tares de la société congolaise actuelle sont connues : corruption, injustice, détournement, répression, assassinat, enrichissement illicite, … Présentes depuis près de 50 ans, elles ne semblent pas reculer. Au contraire, elles touchent même les enfants dès leur plus jeune âge. Et même la plupart des musiciens en sont devenus de malheureux chantres.

Les acteurs politiques de ces dernières décennies n’ont pas été, dans leur grande majorité,  des exemples de probité morale pour le peuple. Quasi tous ont participé aux systèmes  « tarés » de Mobutu, puis de Kabila. Un exercice simple consiste à suivre, de manière individuelle, les parcours politiques de ceux qui paradent aujourd’hui au devant de la scène politique congolaise et à les analyser. On se rend très vite compte qu’ils reproduisent les mêmes maux et les mêmes vices, aidés par une sorte d’amnésie collective d’un peuple à la mémoire courte et toujours prompt à pardonner!

En conclusion, il semble difficile de croire à un renouveau du Congo avec la classe politique actuelle. La véritable rupture devra être avant tout idéologique puis sociale avant d’être politique. Et cette idéologie nouvelle devra prendre corps en chacun des membres de la nouvelle génération de dirigeants congolais. L’instruction et l’éducation restent sans conteste des moyens obligés pour y parvenir car elles permettent d’inculquer au citoyen, dès son plus jeune âge, ces valeurs essentielles à la construction d’une nation : le patriotisme, le respect du bien commun, la quête de l’intérêt général et la responsabilité collective des citoyens.

Didier Kamidi Ofit

09/04/2016