RDC – Perspectives politiques 2016 : Des clés pour comprendre.

RDC – Perspectives politiques 2016 :     Des  clés pour comprendre.

A mesure que les jours avancent, la situation de mon pays, la République Démocratique du Congo, reste très incertaine et la tension de plus en plus palpable.

L’année 2016, année électorale, devait pourtant être, on le pensait, une année de fête. En effet, pour la première fois dans notre histoire post coloniale, la transition démocratique à la tête du pays aurait pu être pacifique et crédible.  C’est le cas dans tous ces pays qui ont fait le choix de tourner définitivement le dos à la dictature, au pouvoir d’un seul homme ou d’un groupe d’hommes, pour accepter les vertus du respect de la Constitution, seule garante de paix et de stabilité au long terme.

Pour ceux qui ne suivent pas de près -ou qui ne suivent plus- la saga politique congolaise car désespérés ou épuisés, je vais tenter à travers ces lignes de brosser un tableau assez succinct de la situation.

La lecture que je vous propose modestement se penchera sur différents points qui serviront de repères afin d’essayer de comprendre le difficile chemin que notre peuple traverse pour son émancipation.

Après un bref aperçu des manifestations qui ont secoué la vie politique congolaise depuis 2012, je me risquerai à un résumé de la situation politique actuelle, avant de dire un mot de l’opposition politique, des dates importantes à venir, du dialogue national, de la jeunesse en rupture avec la classe politique et enfin des issues possibles pour Joseph Kabila. 

De manière volontaire, et pour ne pas alourdir la lecture, je n’aborderai ni les questions et enjeux sécuritaires, ni le volet économico-financier de la RDC.

C’est parti ! 

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BREF APERCU DES MANIFESTATIONS ORGANISEES depuis 2012 par l’opposition et la société civile congolaise

 

  • 16 février 2012 : commémoration du 20è anniversaire de la « Marche des chrétiens » qui avait été réprimée dans le sang par Mobutu en 1992. Dispersion violente par la police à coup de gaz lacrymogène face à une population qui dénonce des résultats électoraux de 2011 non conformes à la vérité des urnes.
  • 16 février 2013 : commémoration du 21è anniversaire de  la « Marche des chrétiens » de 1992. Population dispersée violemment par la police.
  • 13 août 2013 : journée ville morte à Goma, organisée par la société civile pour faire pression sur les FARDC, le gouvernement et la MONUSCO pour que des actions soient menées contre le M23 et autres groupes armés qui sévissent dans les Kivus.
  • 04 août 2014 : mobilisation de la population par l’opposition à la place Ste Thérèse de Ndjili contre la révision de la Constitution qui pourrait permettre à Kabila de se présenter pour un 3è mandat.
  • 27 septembre 2014 : marche de l’opposition à Kinshasa contre la modification de la Constitution. Mobilisation moyenne.
  • Janvier 2015 : Manifestations dans plusieurs villes de la RDC contre un projet de loi portant révision de la Constitution. Répression sanglante et tire à balles réelles par la police. Bilan officiel très lourd :  42 morts au-moins !
  • 24 avril 2015 : répression violente d’une marche pacifique de l’UDPS organisée à Kinshasa et à Mbuji-Mayi.
  • 15 septembre 2015 : Meeting de l’opposition, place Ste Thérèse de Ndjili pour sensibiliser la population au respect de la Constitution.
  • 16 février 2016 : Journée ville morte en commémoration au « Massacre des chrétiens » de 1992 à l’appel de la société civile. L’occasion de dire NON à un retour à la dictature en RDC. Succès incontestable.
  • 25 avril 2016 : Manifestation organisée par l’opposition dans plusieurs villes pour la tenue des élections en 2016 et l’alternance politique. A Lubumbashi, la police fait usage des gaz lacrymogènes sur les manifestations.
  • 26 mai 2016 : Marche organisée par l’opposition politique contre le régime Kabila. Répression policière violence. Bilan : un mort, plusieurs blessés et nombreuses arrestations.

 


SITUATION POLITIQUE ACTUELLE :

D’où vient-on et où va-t-on ?

 

 Pour dire les choses simplement, la situation politique n’a cessé de se dégrader depuis la fin du règne de Mobutu. Dès cette période, la classe politique congolaise a poursuivi sa longue marche vers tout ce qu’il y a de pervers et d’égoïste en politique : la course à l’intérêt personnel, la lutte pour le pouvoir à tout prix au mépris du bien-être des populations des villes et des campagnes, le mensonge, le vol, le clientélisme, …

Après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, Joseph Kabila sera catapulté en 2001 à la tête du pays, à la surprise générale des congolais et sous la bénédiction de la Communauté Internationale. Motif : éviter le chaos !

En 2006, le pays se dote d’une nouvelle Constitution qui vient mettre un terme à des années de conflits. Dans cette Constitution seront inscrites, clairement, sans détour et de manière consensuelle, les lois devant conduire la Nation congolaise vers la stabilité, la paix et la démocratie.

L’année 2006 est l’année des premières élections dites « libres et démocratiques » en RDC. La crédibilité des résultats sera néanmoins remise en question et des violences meurtrières éclateront à Kinshasa entre les forces loyales à Jean Pierre Bemba et celles loyales à Joseph Kabila. La suite est connue : Kabila au pouvoir, Bemba en prison à La Haye.

En 2011, après une subtile modification de la Constitution par le régime Kabila, le processus électoral sera unanimement qualifié de chaotique et débouchera sur des résultats non crédibles en ce qui concerne la présidentielle et les législatives. Par ailleurs, ce processus ne s’est jamais achevé car les élections sénatoriales, provinciales et locales ne seront, à ce jour, jamais organisées.

2012 est l’année donne un prélude du blocage politique qui va courir durant toute la nouvelle législature. Les résultats non crédibles de la présidentielle ont fini d’enlever à Joseph Kabila le peu de légitimité gagné lors des élections de 20016. On parle à ce moment d’un président « mal réélu ». Kabila se retrouve dans une position très inconfortable avec l’UDPS, premier parti d’opposition, rejetant sa victoire. Etienne Tshisekedi, son leader historique, s’auto proclame « président élu ».

La société se polarise davantage entre les anti et pro Kabila. La législature est plombée par cette crise politique qui rend impossible la réalisation de véritables projets sociaux. Pour tenir face à la contestation, le régime opte pour le contrôle de tout l’appareil étatique : la Majorité Présidentielle prendra le contrôle du Parlement, le gouvernement est piloté par un ténor du parti présidentiel, la Cour Constitutionnelle se verra confiée à des magistrats dont les jugements ne manquent de poser la question de l’impartialité de la justice, l’armée et la police seront entre les mains des fidèles de Joseph Kabila. Les médias ne sont pas en reste : l’information est contrôlée, filtrée voire déformée. La désinformation permanente s’érige en principe médiatique.

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En 2013, pour sortir de cette crise post électorale, seront organisées les Concertations nationales en vue de « renforcer la cohésion nationale ». Malheureusement, la mise en œuvre de ses recommandations restera largement incomplète et inachevée à ce jour.

En 2014, Etienne Tshisekedi est évacué à Bruxelles pour des soins médicaux. Son état de santé fragile laisse planer le doute sur sa survie ou mieux sur ses capacités à demeurer le leader de l’UDPS. Son parti se déchire dans une lutte d’influence qui entachera sérieusement sa crédibilité et sa popularité.

L’année 2015 marquera l’entrée en zone de turbulences pré électorales pour 2016 !

Janvier 2015, la population descend dans la rue pendant près d’une semaine dans plusieurs villes pour s’opposer à projet de loi pouvant ouvrir la voie à une modification de la Constitution. Elle est essentiellement jeune. La police tirera à balles réelles sur la population. Bilan officiel selon des organismes de Droit de l’Homme : 42 morts ! Le pouvoir recule, le projet sera rejeté dans sa forme litigieuse.

Février 2015, mise sous pression, la commission électorale rendra publique le calendrier électoral. Ce dernier sera rejeté par l’opposition qui le jugera non consensuel, irréaliste, coûteux (environ 1,145 milliards de dollars) et pouvant ouvrir la voie à un probable « glissement » du processus électoral au-delà des délais constitutionnels. En lieu et place, l’opposition demande  la réalisation d’un calendrier plus consensuel, réaliste et conforme aux délais constitutionnels.

Novembre 2015, Kabila convoque un dialogue politique national. Nous y reviendrons.

Remarque : A côté de ces agitations politiques, la situation sociale des populations reste catastrophique. Autrefois épargnés, même les quartiers huppés de la Gombe ou de Ngaliema sont touchées par les coupures intempestives d’eau courantes ou d’électricité. La situation dans les quartiers populaires et dans les provinces est tout simplement dramatique, dans tous les domaines. La population est lasse et  épuisée. Elle n’en peut plus. A l’Est du pays, l’armée peine à rétablir la paix et à désarmer les combattants armés : les massacres des populations civiles se poursuivent, de même que les viols de masse. 


L’OPPOSITION POLITIQUE CONGOLAISE :

Fait-elle encore rêver ?

 

 Difficile de répondre à cette question.

Le moins que l’on puisse dire est que cette opposition n’est pas nécessairement et globalement une opposition idéologique au régime actuel. Elle semble plutôt réactive à la personne ou aux intentions -avouées ou soupçonnées- de Kabila. De ce point de vue, elle pourrait être qualifiée de contextuelle. A quelques rares exceptions près, la plupart des opposants sont d’anciens alliés de Joseph Kabila. Ils lui ont permis de remporter certaines circonscriptions électorales en 2006 et 2011, ont fait allégeance à sa famille politique, ont soutenu les résultats peu crédibles voire non crédibles des scrutins de 2006 et 2011 ayant conduit à sa désignation comme président de la République du Congo avant de le quitter pour « divergence de vue », à mesure que le navire sombrait. Ils ont participé, activement ou passivement, au recul démocratique dans notre pays, à ériger Kabila en autocrate et à la mauvaise gouvernance qui a conduit à l’aggravation des conditions de vie de nos populations.

Décembre 2010 : Vital Kamerhe, co-fondateur et ancien secrétaire général du PPRD (parti de Kabila), ancien président de l’Assemblée Nationale,  quitte le parti présidentiel et crée l’UNC, parti d’opposition.

Septembre 2015 : les présidents de 7 partis de la Majorité Présidentielle quitte le navire et créent le G7, une plate-forme politique opposée à « toute tentative de prolongement du deuxième et dernier mandat constitutionnel » de Joseph Kabila. Il s’agit de : Charles Mwando Simba, Kyungu Wa Kumwanza, Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, Olivier Kamitatu, José Edundu et Dany Banza. Bien que cette prise de position soit courageuse, nous pouvons néanmoins nous interroger sur sa motivation qui ne remet pas en question la gestion déplorable de la Nation par la Majorité Présidentielle mais uniquement la volonté de Kabila de s’accrocher au pouvoir.

Septembre 2015 : le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, quitte le parti présidentiel, le PPRD. Quelques jours plus tard, il rejoindra le G7 qui le présentera comme « son » candidat pour les présidentielles 2016.

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De son côté, l’UDPS aura brillé depuis 2014 par son incapacité à s’élever au-dessus de guerres de succession liées à la maladie d’E. Tshisekedi. Le parti a offert un affligeant spectacle d’absence de ligne de conduite, de contradictions dans ses décisions politiques et de flagrant déficit de stratégie. Les errements de l’UDPS ont eu un impact négatif sur la crise de ces dernières années.

Le dénominateur commun entre les principaux partis politiques d’opposition en RDC étant le départ de Joseph Kabila au terme de son second et dernier mandat en décembre 2016, ces  partis et la société civile vont désormais tenter d’unir leurs forces pour un objectif unique : l’alternance politique en 2016. Plusieurs rencontres vont avoir lieu. Parmi les plus importantes médiatisées d’entre elles, il y a la rencontre de Gorée au Sénégal entre la société civile congolaise et les partis d’opposition en décembre 2015 et le conclave de Genval réunissant une large part de l’opposition congolaise en juin 2016 en Belgique.

Si il est légitime de douter à ce stade que la motivation véritable de ces acteurs politiques de l’opposition congolaise est le bien-être des populations, l’amélioration des conditions de vie et la bonne gouvernance, je reconnais néanmoins que leurs prises de position contre un troisième mandat de Kabila, en dépit des dangers encourus, est très courageuse. Si l’alternance se confirme fin 2016-début 2017, le revirement contextuel de ces hommes aura d’une certaine manière participé à consolider notre fragile démocratie qui se construit sur la Constitution de 2006.


DATES IMPORTANTES A VENIR

 

  • 31 juillet 2016 : Meetings de l’opposition dans plusieurs villes du pays. La particularité de ces meetings est à trouver dans l’unité de l’opposition, un fait rare depuis l’époque Mobutu. Souvenez-vous de l’Union Sacrée de l’Opposition et Alliés (USORAL).
  • 19 septembre 2016 : Convocation par la CENI de l’élection présidentielle conformément aux prescrits constitutionnels. Date jugée incontournable par la société civile et les parties d’opposition.
  • 20 décembre 2016 : Fin du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila, conformément aux prescrits constitutionnels.

LE DIALOGUE NATIONAL :

Gagne temps ou porte de sortie de crise ?

 

Novembre 2015, Kabila convoque un dialogue politique national, sous la co-modération majorité-opposition, et dont les travaux auront pour objectif l’organisation d’un processus électoral apaisé, complet, inclusif, crédible et conforme aux standards internationaux et sur toutes les questions connexes au processus électoral. Cette convocation qui n’évoque ni la fin du mandat de J. Kabila ni le respect des délais constitutionnels ne rencontrera pas l’assentiment d’une bonne partie de l’opposition. Suspicieuse à l’égard des intentions réels de Kabila, l’opposition rejette en bloc cette invitation.

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En 2016, les lignes vont pourtant bouger.

En effet, l’opposition sera tiraillée entre le « non » intransigeant de l’UNC et du MLC et le « oui mais » de l’UDPS, favorable à un dialogue conforme à l’esprit de la  résolution 2277 de l’ONU qui insiste sur l’organisation des élections présidentielle et législatives dans un processus libre et crédible,  respectant la Constitution. C’est dès ce moment que l’opposition sera mise sous pression par la rue et la société civile pour  faire front face à ce nouveau casse-tête : faut-il aller au dialogue ou pas ? Si oui, n’est-ce pas  prendre le risque que Kabila ne prolonge son mandat au-delà de décembre 2016 ? Si non, la pression de la rue suffira-t-elle à provoquer l’alternance ? Il faudra attendre plusieurs mois avant que l’opposition n’harmonise sa position et la scelle lors du Conclave de Genval de juin 2016. L’unité des forces acquises au changement politique et à l’alternance en RDC est retrouvée : cap sur le dialogue tel que proposé par l’UDPS !

Interrogeons-nous à présent sur le rapprochement spectaculaire entre  le G7 conduit par M. Katumbi et l’UDPS de Tshisekedi.

Depuis le Conclave de Genval, il règne une entente presque parfaite entre ces deux groupes politiques. Il y a certainement dû avoir des négociations et accords bilatéraux. Mais lesquels ?  Mon hypothèse (très spéculatif) est la possibilité d’un deal dans lequel les deux leaders se soutiennent mutuellement : Katumbi soutenant la présidence de Tshisekedi (père ou fils) pour une transition après le 20 décembre 2016 et l’UDPS soutenant la candidature de Katumbi comme successeur de Kabila à la tête de l’Etat, peut-être avec Félix Tshisekedi héritant d’un gros porte feuille du futur gouvernement. Wait and see…

Par ailleurs, qu’en est-il de la solidité des alliances de Genval ? Elles sont par principe avant tout circonstancielles et souffrent de facto de fragilité intrinsèque. Les partis politiques d’opposition auront-ils la maturité suffisante pour placer l’intérêt suprême de la Nation en priorité lorsqu’apparaîtront les premières tensions ? A quand la fragmentation ? 


LA JEUNESSE CONGOLAISE

Sans perspectives, elle choisit  de se prendre en charge

 

A partir de l’année 2010, il souffle du Nord de l’Afrique vers le Sud un vent révolutionnaire. De plus en plus de jeunes, qui ont perdu confiance en la classe politique et à qui les pouvoirs en place ne proposent plus aucune perspective d’avenir, vont oser braver les dictatures. C’est le cas de la Tunisie, de l’Egypte ou du Yémen.

En janvier 2011 est créé au Sénégal le mouvement citoyen « Y en a marre » qui empêchera le président A. Wade de s’accrocher au pouvoir en se présentant pour un troisième mandat.

Au Burkina-Faso, le collectif « Balai citoyen » est créé en 2013 et réussira, avec les partis d’opposition, à mener un soulèvement populaire qui chassera le dictateur B. Compaoré, 27 ans au pouvoir.

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En RDC, dès 2013 deux collectifs de jeunes ont également décidé d’éveiller les consciences populaires à réclamer ses droits et à dénoncer son ras-le-bol face à cette crise qui dure des décennies et qui n’offre aucune perspective . Il s’agit du mouvement FILIMBI (sifflet en swahili) et LUCHA (lutte pour le changement). Très tôt, les autorités politiques entreprendront de briser ces mouvements. A cet effet, le 15/03/2015, la présentation officielle du mouvement FILIMBI sera brutalement interrompue par l’intervention de la police. A ce jour, plusieurs jeunes activistes sont en prison parmi lesquels Fred Bauma et Yves Makwambala,  inculpés et accusés d’appartenance à une association formée dans le but d’attenter aux personnes et aux biens ; d’avoir comploté contre la vie ou contre la personne du Chef de l’Etat ; et d’avoir tenté de détruire ou de changer le régime constitutionnel, ou d’avoir incité des personnes à s’armer contre l’autorité de l’Etat. Une commission parlementaire avait pourtant récusé le caractère  terroriste de l’action de leur action.

Une telle jeunesse, livrée à elle, en rupture avec les autorités politiques et en désespérance peut malheureusement faire basculer le pays tout entier dans une instabilité et dans une violence sans précédent. Il est plus que temps que des réponses soient apportées à ses attentes légitimes et à ses droits fondamentaux : manger, étudier, travailler, fonder une famille, s’épanouir, se soigner …


AVENIR DE KABILA :

Par quelle porte entrer dans l’Histoire ?

 

A mesure que l’on approche de la date fatidique du 20 décembre 2016, la situation devient des plus intenables pour Joseph Kabila qui reste extrêmement silencieux sur ses intentions de quitter ou non son poste présidentiel à la fin du mandat constitutionnel. Par ailleurs, les déclarations des ténors de sa famille politique, la réduction de l’espace médiatique, les répressions policières violentes sur les manifestants depuis 2012, les intimidations des journalistes, les arrestations des activistes de la société civile et des opposants politiques, la prise de contrôle de l’appareil judiciaire comme instrument de contrainte font craindre à nombre d’observateurs un durcissement du régime, tendant ne pas lâcher le pouvoir.

Il y a quelque mois encore, lorsque l’opposition était moins soudée, Kabila aurait pu choisir de préparer les élections dans un processus respectant les délais constitutionnels et préparer un dauphin à sa suite. Ce scénario aurait probablement permis à la Majorité Présidentielle de conserver le pouvoir dans un processus apaisé, respectant la Constitution  et porteur d’un minimum légitimité. Dans un tel cas de figure, le pouvoir actuel aurait épargné à la nation une crise politique d’une telle ampleur. La suite est connue, ce scénario n’a pas été privilégiée et la Majorité Présidentielle a perdu au fil du temps des poids lourds de sa famille politique : M. Katumbi, les  leaders du G7, etc.

En interne, la rue et l’opposition grondent. Face à une situation de crise sociale dont on ne voit plus l’issue, la population n’en peut plus. Kabila n’a pas réussi à améliorer les conditions de vie. L’accès à l’eau (26% de la population), à l’électricité (15% de la population) et aux soins de santé restent extrêmement difficiles. Le chômage des jeunes explosent (65% de la population), et l’Etat n’offre aucune perspective : c’est la déprime. Ces jeunes  qui s’informent sur les réseaux sociaux n’attendent qu’une étincelle pour que l’expression de leur ras-le-bol ne se traduise par des violences sociales sanglantes dont on ne saurait prévoir l’ampleur. Et toutes les provinces du pays sont concernées.

Au niveau sécuritaire, la situation à l’Est reste fragile. Les massacres  se poursuivent, notamment autour de la ville de Béni où plus de 500 personnes ont été tuées depuis 2014. Plusieurs dizaines de groupes armés sévissent toujours dans la région. On le voit, ça grogne dans l’opposition et dans la rue, à l’image des slogans évoqués lors des manifestations pour le respect de la Constitution et pour l’alternance.

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En externe, l’Union Africaine a fait le choix de vouloir régler la question congolaise « entre africains ». Lorsque l’on observe la gestion de la crise burundaise, le passage en force de Denis Sassou Nguesso, les élections en Ouganda et la modification constitutionnelle au Rwanda, les congolais dans leur majorité n’ont plus grande confiance en cette institution : l’Union Africaine.

La « communauté internationale » (Etats-Unis, la Belgique, la France et l’ONU), à intensité diverse, fait « officiellement » pression  sur Kabila pour qu’il y ait enfin une alternance démocratique en RDC, conforme à la résolution 2277 de l’ONU. Il est certain que sa prise de position cherche à atteindre les objectifs suivants : la sauvegarde de ses intérêts en RDC par rapport notamment la Chine, l’accès aux matières premières, la stabilité régionale et pourquoi pas continuer à exercer un contrôle permanent sur la politique interne de la RDC. « Déposer » Kabila et investir Katumbi paraît à mes yeux une manière d’atteindre les objectifs ci-haut cités tout en atténuant la pression sociale en interne, c’est-à-dire en offrant aux RD Congolais une situation « alternative-like ».

Quelles issues pour Joseph Kabila à ce stade selon mon analyse ?

  • le « glissement » sans le dialogue politique incluant opposition et société civile. Ce qui s’apparenterait à un coup de force. Mais difficilement tenable à court et moyen terme.
  • le « glissement » avec le dialogue politique incluant opposition et société civile. Dans ce cas de figure, en échange d’un processus électoral crédible et apaisé, l’opposition et la société civile acceptent une transition avec Kabila pour une durée déterminée. Mais difficile d’en convaincre la population qui n’a qu’un mot à la bouche : ALTERNANCE !
  • l’insurrection populaire généralisée avant ou au-delà du 20 décembre. Imprévisible mais pas impossible. 
  • le coup d’état. Toujours possible dans un pays où l’armée, instrumentalisée, pèse lourd dans le jeu politique interne.
  • l’assassinat du « président ».

Dans un récent rapport de l’IFRI (think tanks français traitant de grandes questions internationales),  Kris Berwouts imagine trois scénarios possibles pour la RDC.

Le moins que l’on puisse, c’est que la fin 2016 et le début 2017 seront des plus incertains en ce qui concerne la consolidation de la démocratie en RDC et la stabilité politique du pays.

Didier Kamidi Ofit

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(photo du volcan Nyiragongo, Est de la RDC)

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