LA DESOBEISSANCE CIVILE ET L’INSURRECTION POPULAIRE COMME ACTES FONDATEURS D’UN NOUVEL ORDRE EN RDC ?

LA DESOBEISSANCE CIVILE ET L’INSURRECTION POPULAIRE COMME ACTES FONDATEURS D’UN NOUVEL ORDRE EN RDC ?

La frustration du peuple congolais face aux injustices de ceux qui le gouverne a toujours été le moteur des révoltes qui sont survenues dans l’histoire de notre Nation comme des soubresauts inattendus. Des jeunes sont montés aux fronts, défiant les pouvoirs tyranniques du colonisateur et de la dictature. Ils ont payé de leur vie pour que la Nation aspire un jour à la liberté, à la dignité et au bonheur. Loin de penser qu’ils sont morts en vain, j’ai l’intime conviction que le sacrifice de ces héros connus ou anonymes nous donne aujourd’hui la force de poursuivre la lutte contre l’oppression et l’assujettissement de notre peuple, un peuple devenu la risée du monde. Le sang versé de nos frères et sœurs coule à travers ces lignes. Ce sang nous crie de ne plus nous taire, de vaincre la peur et de nous tenir debout.


INTRODUCTION

Face aux crises récurrentes, les dialogues sont désormais inadéquats tant la perpétuelle trahison de l’élite au pouvoir est violence contre ce peuple appelé à survivre au quotidien. Un groupuscule tout puissant jouit seule de tous les privilèges et de tous les droits. A l’instar des autres peuples du monde, le peuple congolais, est appelé à désobéir à cette minorité tyrannique au pouvoir et de se soulever contre elle pour se réapproprier sa souveraineté.

D’après Ch. Di Cintio, la « désobéissance civile » est une « infraction volontaire, intentionnelle et publique d’une loi ou d’un règlement, destinée à alerter les autres citoyens sur le déficit de sens, l’aveuglement au Bien public, d’une loi ou d’une mesure politique. Elle signifie que l’on a porté atteinte, non aux convictions privées des individus, mais aux valeurs légitimant le pacte social et/ou la citoyenneté. »[1]

D’après Larousse, l’« insurrection populaire » est « le soulèvement du peuple contre un pouvoir établi ou une autorité pour le renverser ». A l’inverse de la désobéissance civile qui est essentiellement non violente, l’insurrection peut être violente ou non.


LA RDC : DE CRISES EN CRISES, D’ACCORDS EN ACCORDS.

Notre pays traverse depuis plusieurs décennies une crise multiforme caractérisée par une crise sociale grave, par une instabilité économique et politique et par une crise intellectuelle et morale sans précédent. La récurrence de ces crises traduit l’immense détresse que vit notre peuple parce que son aspiration à la liberté, à la dignité, à paix et à la justice reste inassouvie.

Pour briser ce cycle sans fin, la RDC va aller de dialogues en dialogues et d’accords en accords tel qu’illustré dans les lignes suivantes :

  • 07 août 1991 : Ouverture de la Conférence Nationale Souveraine[2]
  • 10 juillet 1999 : Signature de l’Accord de Paix de Lusaka (Zambie). Un cessez-le-feu entre les six pays impliqués dans la guerre en RDC.
  • 30 novembre 1999 : La résolution 1279 du Conseil de sécurité de l’ONU autorise la création de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC). 
  • 15 octobre 2001 : Ouverture officielle du dialogue intercongolais à Addis-Abeba, en Ethiopie. Il doit régler le volet politique de l’accord de Lusaka
  • 25 février 2002 : Ouverture des négociations à Sun City (Afrique du Sud) pour élaborer un accord sur le régime de transition à mettre en place avant les élections. Un accord partiel de partage du pouvoir est conclu.
  • 30 juillet 2002  : Accord entre la RDC et le Rwanda signé à Pretoria (Afrique du Sud).  
  • 6 septembre 2002  : Accord entre la RDC et l’Ouganda signé à Luanda (Angola)
  • 2 avril 2003 : Clôture et signature de l’ « accord global et inclusif» du dialogue intercongolais à Sun City (Afrique du Sud) qui débouche sur le partage du pouvoir pendant une période de transition de deux ans entre Joseph Kabila et quatre vice-présidents issus du gouvernement, des deux principaux mouvements rebelles (MLC et RCD-Goma), de l’opposition non armée et de la société civile.
  • 4 avril 2003 : Promulgation de la Constitution de transition.  
  • 18 février 2006 : Promulgation de la Constitution de la 3è République
  • 25 février 2013 : Signature de l’Accord-cadre sur la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et les pays de la région, aussi appelés Accords d’Addis Abeba[3]
  • 07/09/2013 : Ouverture des travaux des Concertations Nationales à l’initiative de Joseph Kabila pour consolider la cohésion nationale.

Paix et sécurité sont des thèmes récurrents de ces accords. Ils sont des préalables indispensables à tout développement et à l’amélioration du bien-être de nos populations.   Or, nous assistons à une trahison systématique de ces accords par ses signataires, ceux-là même supposés les faire respecter et qui nous gouvernent. Cette trahison est à la base d’une frustration qui couve et qui s’exprime aujourd’hui par un ras-le-bol généralisé.

 

 

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Un peuple sous le joug de la tyrannie.

Un tyran est un individu disposant d’un pouvoir absolu. C’est un homme qui s’empare illégalement ou illégitimement du pouvoir, le conserve au mépris des lois et règne par la terreur.

Un régime tyrannique est un régime qui ne respecte donc pas les libertés individuelles et sur lequel le peuple n’a aucun contrôle[4]. Or, le régime actuel au pouvoir en RDC viole quotidiennement les droits humains en toute impunité. De nombreux rapports nationaux et internationaux existent sur des cas d’assassinat ou de répression violente de nos populations. Notre peuple sans conteste vit sous le joug de la tyrannie !

Cette minorité tyrannique qui soumet notre peuple par la violence porte un nom : la Majorité Présidentielle. Elle s’est accaparé le contrôle de toutes les institutions du pays et concentre dans ses mains tous les moyens répressifs de la République. Pire encore, elle ne recule devant aucune loi. Elle la contourne, la modifie ou passe en force sous l’œil complaisant de la Cour Constitutionnelle. Elle s’est placée au-dessus de notre pacte sociale commun : la Constitution. Désormais, elle ne se soumet plus à ses lois. Au contraire, c’est désormais la  Constitution qui s’adapte aux désirs de la Majorité Présidentielle.

Ainsi, lorsqu’un groupe de citoyens se place au-dessus de la Constitution, non seulement il nie intrinsèquement le principe d’égalité entre tous les citoyens mais surtout il rompt le pacte social. Il devient dangereux car n’a plus de pouvoir opposable à celui que lui détient. Il crée la loi, modifie la loi, exécute la loi et sanctionne ! Il devient un ennemi de la nation.

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La violence de ce régime et de tous ceux qui l’ont précédé est avant tout une violence structurelle en ce sens qu’elle est engendrée par les structures politiques, économiques et sociales, qui créent des situations d’oppression, d’exploitation et/ou d’aliénation[5]. Les rapports internationaux ne cessent de démontrer la situation dramatique qui caractérise notre pays : les objectifs du millénaires pour le développement n’ont pas été atteints[6], la RDC est en queue de peloton dans le classement de l’index de développement humain[7], en terme de corruption, la RDC occupe la 154è place sur 174 en 2015.[8] !

Plus sournoise, cette violence structurelle omniprésente en RDC tue plus que toutes les violences directes et opprime nos populations tout au long de leurs vies.

Face à une telle violence structurelle ou directe, la plus cruelle des injustices ne serait-elle pas de ne pas reconnaître à notre peuple le droit de se soulever contre elle et contre ceux qui  la génèrent ? Comme le disait M. Robespierre : « Jusqu’à quand la fureur des despotes sera-t-elle appelée justice, et la justice du peuple, barbarie ou rébellion ? »[9]

Voies préconisées par la « communauté internationale ».

Quel que soit le conflit auquel doit faire face le peuple congolais, quelle que soit l’ampleur des crimes contre l’humanité commis sur notre population, quelle que soit l’oppression du régime sur nos citoyens et quelles que soient les violations des droits et libertés individuelles, l’Occident et l’ONU préconisent invariablement aux congolais la voie du dialogue comme moyen de résolution des crises.

Et pourtant, force est de constater que dans un certain nombre de pays, la « communauté internationale » recourt à des moyens radicaux lorsqu’il s’agit d’assurer ou de protéger ses intérêts. Le cas de l’intervention contre le régime Kadhafi, pour ne citer que celui-là est éloquent. Autorisée par la résolution 1973 de l’ONU pour « protéger les populations civiles », le bilan se dresse à 8000 raids aériens, 30.000 bombes larguées, 60.000 morts côté libyen, aucun mort côté OTAN[10] et un pays en ruine. Comme en Lybie, dans la plus part des pays où est intervenue la communauté internationale, c’est le chaos qui s’en est suit. Un dialogue n’eût-il été préférable pour épargner les civiles innocents ?

En nous proposant invariablement des solutions que sa propre population n’aurait certainement jamais acceptées chez elle, la « communauté internationale » ne considère pas à sa juste valeur ni les aspirations de notre peuple, ni la détresse qu’il endure au quotidien.  En nous demandant de dialoguer ou de signer des accords avec des personnes rendues coupables de graves violations du droit et de crimes de masse, n’est-ce pas l’amnistie des bourreaux et le dénie de justice aux victimes que l’on promeut ? Comment sortir d’un cycle de violence récurrent lorsque la justice n’est pas rendue aux victimes ?

Outre les résolutions des Nations Unies, la « communauté internationale » propose à notre peuple de recourir aux « voies légales » internes pour résoudre les crises. Dans la mesure où les institutions sont inféodées au pouvoir tyrannique, et que le système judiciaire est déficient, que pouvons-nous attendre d’une telle recommandation ? Puisque ces voies légales de recours sont verrouillées, le peuple congolais a-t-il un autre choix que celui de se soulever ?

Les chemins préconisés par la « communauté internationale » semblent finalement n’être que des chemins de traverse conduisant à l’enlisement et non à la résolution durable des crises. Alors, pourquoi persévère-t-elle dans ces voies ?


VERS LA DESOBEISSANCE CIVILE ET L’INSURRECTION POPULAIRE ?

« La violence est un ultime recours. Si les représentants du peuple et les lois qu’ils édictent sont illégitimes, si les bases de la souveraineté sont faussées et que l’Etat crée le trouble, la question du recours à la violence peut se poser. » Hervé Ott.

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En RDC, la minorité au pouvoir, composée des membres du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, a le contrôle de toutes les institutions de la République. Aucune loi édictée ne va à l’encontre de sa volonté et de celle de son « autorité morale », Joseph Kabila. Et même lorsque certaines lois mettent en péril la stabilité du pays et  la cohésion nationale, elles sont adoptées en dépit du bon sens. Ainsi, il n’est pas rare que certaines lois posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. C’est le cas par exemple de la loi portant sur le découpage territoire et le passage à 26 provinces administratives[11]. Elle fut adopté sans que les préalables indispensables au fonctionnement et à la viabilité de ces nouvelles provinces aient été mis en place. Une aberration.

Par ailleurs, la modification de la Constitution en touchant à ses articles verrouillés est désormais en fait accompli. Avec la complicité de la Cour Constitutionnelle acquise à sa cause, cette minorité tyrannique poursuit dans son élan. La violation de la Constitution est aujourd’hui avérée avec le report des élections au-delà de l’année 2016 et le maintien en place de Joseph Kabila malgré la fin de son deuxième et dernier mandat. Clairement, la souveraineté a été confisquée au peuple.

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Enfin, cette minorité au pouvoir n’est pas du tout inquiétée quels que soient par les abus de droits récurrents dont ses membres se rendent coupables : arrestations extra judiciaires, détentions illégales, détournement des deniers publics, corruption. Ils sont intouchables. Ils violent eux-mêmes, en toute impunité, les lois qu’ils sont supposés faire respecter. Ceci plonge le pays dans une insécurité juridique très grave.

Lorsque l’on est face à un tel régime, complètement verrouillé, ne devant sa survie qu’à la violence et à la répression (en hausse[12]) qu’elle exerce sur  la population, le recours à la violence pour s’en défaire est non seulement légitime mais devient une question de responsabilité. Comme le dit si bien Muller : « celui qui se soumet à une loi injuste porte une part de la responsabilité de cette injustice[13]. »

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1793 indique que : « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs[14] ». Ne sommes-nous pas arrivés à un moment de notre Histoire où la question de la survie de notre nation ou de sa refondation se pose avec acuité ?

Le peuple congolais a aujourd’hui et plus que jamais le devoir de désobéir à la tyrannie d’un groupuscule au pouvoir. C’est d’autant plus vrai que le système est verrouillé, que les moyens pacifiques de contestation deviennent anachroniques et que la répression violente des droits et libertés ne s’impose plus aucune limite.

Le peuple congolais a la responsabilité de protéger sa liberté, sa souveraineté et ses droits de la folie d’une minorité violente et tyrannique.

Le peuple congolais est à la croisée des chemins entre un ordre ancien vicié et un ordre nouveau à inventer pour son bonheur et pour celui des générations futures.

A propos de cet ordre nouveau, M. Robespierre disait ceci :  « Nous voulons substituer, dans notre pays : la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, les charmes du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant et heureux à un peuple aimable, frivole et misérable. »

Didier  KAMIDI  OFIT

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[1] Petit traité de désobéissance civile, Chloé Di Cintio, p.10

[2] http://www.congonline.com/Forum1/Forum01/Kabambi01.htm

[3] http://www.globalr2p.org/media/files/au-peace-and-security-drc.pdf

[4] Larousse

[5] Galtung, J. (1969). « Violence, peace and peace research ». Journal of Peace Research

[6] http://alohanews.be/politique/les-omd-en-rdc-quels-progres-lapproche-2015

[7] http://hdr.undp.org/fr/countries/profiles/COD

[8]http://afrique360.com/2015/06/09/classement-2015-des-pays-les-plus-corrompus_60484.html

[9] Robespierre, la probité révoltante. C. Obligi, p. 108

[10] http://www.legrandsoir.info/30-000-bombes-60-000-morts-une-sacree-mission-humanitaire-counterpunch.html

[11] http://www.voicesofyouth.org/fr/posts/r-d–congo—la-loi-sur-les-26-provinces-r-jouit-et-divise—
[12] http://cd.one.un.org/content/unct/rdc/fr/home/actualites/CPTestX211.html

[13] Muller (J-M), Stratégie de l’Action non-violente, op. cit., p.64

[14] Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793, art. 35

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