LE MANIFESTE DU CITOYEN CONGOLAIS : Un élan patriotique à soutenir ?

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Du 15 au 17 août 2017 se sont tenues à Paris trois journées de réflexion sur la crise politique que traverse la République Démocratique du Congo, une crise aux conséquences imprévisibles, aggravée par l’instabilité politique et la non organisation des élections conformément à la Constitution.

Initiée par l’Institut pour la Démocratie, la Gouvernance, la Paix et le Développement en Afrique[1] (IDGPA), cette rencontre a permis à des membres de la société civile congolaise de discuter, loin des contraintes politiques et sécuritaires de Kinshasa, en toute sérénité, de la nécessité impérative du retour à l’ordre constitutionnel.

A l’issue de ces assises auxquelles ont pris part des représentants des mouvements citoyens (LUCHA[2], FILIMBI[3], LES CONGOLAIS DEBOUT[4]), des journalistes, des juristes et des défenseurs des droits de l’homme, tous membres de la société civile congolaise, un manifeste[5] a été rédigé et signé par les participants. Depuis la signature, le Manifeste du Citoyen Congolais[6] est diffusé largement avec un appel d’adhésion.

Cela suscite un engouement pour les uns mais également une certaine frilosité pour les autres. Dans le camp des « frileux », curieusement, nombreux sont ceux qui pourtant voudraient voir la démocratie triompher en RDC et qui constatent que les actions initiées à ce jour n’ont eu qu’un impact relatif. Quant à la Majorité présidentielle, inutile d’évoquer certaines déclarations qui considèrent naturellement ce manifeste comme un document subversif.

Pourquoi cette initiative à priori citoyenne et fédératrice suscite tant de réactions divergentes ? Est-ce le Manifeste en soi qui pose problème ou ses initiateurs ? A l’heure où tout le monde s’accorde pour créer un front commun permettant le retour à l’ordre constitutionnel, pourquoi cette méfiance ? Voilà quelques questions qui ont guidé ma réflexion que je vous partage ci-après.

Qu’est-ce qu’un manifeste ?

Pour faire simple dans le cas qui nous concerne, un manifeste est un écrit public qui rend compte d’un point de vue sur un problème politique[7]. C’est une proclamation destinée à attirer l’attention du public, à l’alerter sur quelque chose[8].

Partant de cette définition, nous pouvons d’ores et déjà constater que le manifeste ESILI[9] comporte bel et bien les caractéristiques minimales requises pour être appelé manifeste : il a été rendu public, il présente un point de vue et veut attirer l’attention des congolais sur la situation politique et sociale de la RDC.

Le Manifeste du Citoyen Congolais n’est donc pas un document secret et encore moins un document fomentant un complot !

Du contenu du « Manifeste du Citoyen Congolais »

Le Manifeste du Citoyen Congolais, paru le 18/08/2017 à Paris, interpelle les citoyens congolais sur toutes les situations inacceptables et injustes longtemps tolérées ou acceptées alors qu’ils sont en droit de les dénoncer et de les refuser au nom de la dignité humaine, conformément à la constitution congolaise et au nom des principes universels des Droits de l’Homme.

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Voici en dix points les situations inacceptables selon le Manifeste :

  1. la faillite généralisée de l’Etat et la grave détérioration des conditions de vie de notre peuple ;
  2. la mauvaise gouvernance par un groupe d’individus qui a volontairement refusé d’organiser les élections dans les délais constitutionnels ;
  3. la signature de l’Accord politique du 31/12/2016 en lieu et place de l’organisation des élections ;
  4. le non-respect dudit Accord par le Président sortant et la Majorité Présidentielle défiant par conséquent le peuple congolais ;
  5. l’incapacité avouée de la Commission Electorale d’organiser les élections en 2016 et 2017 ;
  6. la multiplication de zones d’insécurité pour justifier la non organisation des élections prévues par la Constitution et par l’Accord du 31/12/2017 ;
  7. l’usage de la terreur et de la répression systématique contre le peuple congolais qui revendique ses droits ;
  8. les enlèvements, les massacres, les meurtres et assassinats souvent ciblés ;
  9. la restriction de l’accès aux médias et aux réseaux sociaux ;
  10. la corruption généralisée et le développement des réseaux clientélistes.

 Que propose le Manifeste du Citoyen Congolais ?

Partant de ce constat où illégitimité, terreur et injustice s’entremêlent jusqu’à provoquer et à entretenir une misère sociale que notre peuple ne peut plus endurer, le Manifeste propose un retour urgent à l’ordre constitutionnel comme voie de sortie de crise. A cet effet, le Manifeste propose :

  1. La mise à l’échec, par des moyens pacifiques et non violents, de la tentative de Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir.
  2. Le départ de Joseph KABILA au 31 décembre 2017 et l’organisation d’une transition citoyenne avec pour mission principale d’organiser des élections crédibles, transparentes, ouvertes et libres.
  3. L’impérieuse nécessité de remettre les intérêts du congolais au centre de tout projet politique.
  4. La libération des prisonniers politiques et d’opinion.

A qui s’adresse le Manifeste du Citoyen Congolais ?

Ce manifeste se veut être l’expression des frustrations et des aspirations du peuple congolais. Ainsi, il invite les différents groupes de la société congolaise à y adhérer massivement. Il cite, de manière non exhaustive, les « confessions religieuses, les étudiants, les jeunes, les femmes, les mouvements citoyens, les syndicalistes, les médecins, les enseignants, les professeurs, les fonctionnaires, les artistes, les partis politiques ainsi que les congolais de la diaspora …, nos compatriotes de la police, de l’armée et des services de sécurité ».Capture d_écran 2017-09-02 à 21.17.44

Ainsi, le manifeste invite les citoyens congolais à participer de manière active aux actions pacifiques et non violentes qui doivent mener au retour à l’ordre constitutionnel en République Démocratique du Congo.


QUELLES SONT LES DIFFERENTES REACTIONS A CE MANIFESTE ?

Pour un certain nombre de congolais, ce manifeste porté par la société civile et les mouvements citoyens tombe à point nommé. Il suscite un engouement et un enthousiasme. En effet, dans un contexte de crise de confiance profonde dans la classe politique, ce document fédérateur permet de transcender les divergences afin de concentrer toutes les énergies militantes autour de l’essentiel : le retour urgent à l’ordre constitutionnel. Par ailleurs, l’absence de personnalité politique charismatique laisse peu à peu le champ libre à de nouveaux acteurs de la société civile politiquement « vierges ou ayant les mains propres» comme alternative. C’est le cas notamment de Monsieur Sindika Dokolo dont l’engagement pour la démocratie en RDC redonne espoir à ceux qui refusent de se résigner. Beaucoup voient déjà en lui un candidat potentiel à la présidence de la RDC et place en sa personne des attentes qui dépassent le cadre du Manifeste.

A côté des enthousiastes, il y a ceux qui se méfient de l’apparition de ce Manifeste. En effet, beaucoup doutent de la sincérité de certains acteurs de la société civile, initiateurs de ce manifeste et s’interrogent sur sa capacité de réellement mobiliser la population et d’atteindre son objectif par des moyens pacifiques. Ces interrogations portent également sur les forces de l’ombre qui seraient derrière ce projet  ainsi que sur ses sources de financement.

Enfin, il y a les « indifférents », ces congolais las et résignés. Ceux-là, ne croient plus en une relève possible après avoir été tant déçus par le passé.

EST-CE LE MANIFESTE EN SOI QUI DÉRANGE OU SES INITIATEURS ?

Au vu de ce qui a été dit précédemment, il apparaît finalement que ce n’est pas tant le contenu du manifeste qui dérange car la détresse sociale et la crise multiforme que traverse la RDC sont des réalités palpables aux conséquences tragiques pour les populations. De même, l’impératif du retour à l’ordre constitutionnel après une période de transition sans Joseph Kabila, en évitant la violence, est une nécessité sur laquelle la majorité des congolais semble s’accorder. Enfin, l’appel du Manifeste est un appel lancé aux congolais par des congolais pour sauver le Congo !

Le problème ne serait donc pas à chercher dans l’esprit fédérateur du Manifeste. Il faudrait regarder ailleurs, certainement dans la personnalité de ses initiateurs, dans le doute sur la capacité du Manifeste à atteindre les objectifs assignés (le départ de Joseph Kabila et le retour à l’ordre constitutionnel par des moyens pacifiques) et enfin, dans une moindre mesure, dans le flou autour des sources de financement de ce projet de transition.

Rappelons que le peuple congolais a vecu depuis plusieurs décennies un double traumatisme dont il continue encore aujourd’hui à en subir gravement les conséquences. Le premier traumatisme est consécutif aux multiples trahisons des hommes politiques et des acteurs de la société civile qui ont souvent rendus inapplicables, partiellement ou totalement, des accords signés dans l’intérêt supérieur de la nation et des citoyens congolais. Très souvent, ces signataires ont eux-même foulé aux pieds les textes dont ils ont été les initiateurs. La récurrence de ces trahisons ont fini par ôter tout espoir à certains de nos compatriotes. Le second traumatisme est lié à la guerre dite de « libération », menée par le Rwanda et l’Ouganda en 1996, sous couvert de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila, un homme « providentiel ». En effet, plus de vingt ans après, ce sont toutes les institutions du pays ainsi que les forces de sécurité qui ont été infiltrées. L’exploitation des matières premières du Congo par les pays voisins et par les multinationales occidentales et chinoises est effective, illégale et rien ne profite réellement aux congolais. L’impunité a été érigée en règle au nom d’une certaine paix, rendant intouchables des bourreaux et privant de justice les victimes : des millions d’enfants, de femmes et d’hommes. Depuis lors, les congolais s’interrogent sur les différents acteurs nationaux comme internationaux qui proposent des solutions pour sortir la RD Congo de son enlisement.

C’est donc sur un terrain sensible que ce manifeste tombe et que l’un des porteurs de celui-ci, Monsieur Sindika Dokolo, attire l’attention. Pourquoi lui et pas les autres signataires ?

Capture d_écran 2017-09-02 à 20.44.04Monsieur Dokolo n’est pas n’importe quel citoyen congolais. Il est le gendre du dictateur angolais Edouardo Dos Santos et donc époux de sa fille Isabelle, la richissime héritière du père. En tant que congolais et ayant des intérêts au Congo, il est tout à fait légitime qu’il s’engage en faveur d’une amélioration de la situation sociale et politique en RDC. De même, il est tout aussi légitime que les congolais s’interrogent sur cet engagement très fervent pour la RDC alors que la situation en Angola n’est guerre plus reluisante, tant sur le plan des libertés, de la démocratie, de la corruption ou de la situation socio économique. Pour rappel, malgré son budget annuel de 48 milliards de dollars en 2016, très loin devant les 8 à 9 milliards de la RDC, l’Angola reste classée 147è sur 182 sur l’IDH, peu avant la RDC classée elle 175è sur 186[10].


CONCLUSIONS

Le Manifeste du Citoyen Congolais me paraît être un document dont l’esprit incarne la détresse du peuple congolais mais surtout son aspiration profonde au retour à l’ordre constitutionnel pour ne pas dire à une situation tout simplement normale. Notre peuple a soif de liberté, de dignité, de bonheur. Il souhaite simplement vivre.

A l’instar de notre hymne nationale, le Manifeste du Citoyen Congolais nous appelle, nous peuple[11] congolais, filles et fils de ce pays, à nous mettre debout par des moyens d’action pacifiques et non violents pour reprendre en main notre destinée confisquée par un groupe d’individus.

Soutenir ce document ne nous empêche pour autant pas à rester vigilants à l’égard de ses initiateurs. Bien au contraire, c’est notre devoir citoyen.

Ce Manifeste ne peut atteindre ses objectifs que si l’adhésion y est massive. Pour ce faire, la société civile, les mouvements des jeunes et la CENCO qui y ont déjà adhéré, ont la responsabilité d’expliquer aux populations congolaises l’objectif visé et ce, dans les 4 langues nationales afin de solliciter leur adhésion en toute connaissance de cause sans oublier les milieux urbains et ruraux dans l’arrière-pays. Y adhérer c’est se l’approprier !

Pour être crédibles, les initiateurs du Manifeste devraient dès à présent publier les profils des personnes susceptibles de conduire cette transition à partir du 01 janvier 2018, fixer les priorités du gouvernement de transition et la manière dont elle sera conduite avec un chronogramme clair.

Je ne peux que formuler le vœu de voir les évêques de la CENCO soutenir davantage cette démarche qui s’inscrit à la suite de leur appel au peuple congolais. Le Manifeste devrait être lu et expliqué dans les églises.

J’ose espérer que les acteurs politiques de la Majorité comme de l’opposition acceptent l’idée de laisser à la société civile le soin de conduire une transition limitée à la durée nécessaire pour organiser des élections libres, démocratiques et transparentes.

Le Dr Denis Mukwege ne disait-il pas : « Nous pouvons changer notre histoire. Nous pouvons changer la perception que le monde a de nous. Nous pouvons surprendre ceux qui ont déjà parié sur notre disparition en tant que peuple. Nous pouvons désorienter le pronostic. La seule chose qu’il nous faut, c’est croire en nous-même et choisir de bons alliés dans la refondation de notre état. »

Alors osons croire en nous, osons nous lever, osons le changement !

 

Dr Didier KAMIDI OFIT

 

Texte intégral du Manifeste du Citoyen Congolais ici ! 

Pour soutenir le Manifeste du Citoyen Congolais ici !


[1] L’Institut pour la Démocratie, la Gouvernance, la Paix et le Développement en Afrique (IDGPA) est une institution indépendante de recherche sur la démocratie, la gouvernance, la paix et le développement en Afrique avec un regard particulier sur les pays de l’Afrique centrale et de l’Afrique australe.
Il constitue un cadre qui permet aux intellectuels et aux chercheurs africains de réfléchir sur la promotion et la consolidation de la démocratie, de la bonne gouvernance, de la paix et du développement en Afrique.

[2] La LUCHA (Lutte pour le changement) est un mouvement citoyen de jeunes congolais qui militent pour un Congo uni, paisible, démocratique, prospère et véritablement indépendant

[3] FILIMBI (« sifflet » en swahili) est un mouvement citoyen dont l’objectif principal d’accroître la participation citoyenne des jeunes congolais et d’encourager le dialogue ces derniers et les acteurs sociaux et politiques pour améliorer leurs vies.

[4] Mouvement citoyen créé par Sindika Dokolo dont l’objectif vise à conscientiser la population pour le respect de la constitution par une lutte pacifique.

[5] https://fr.scribd.com/document/356620979/Manifeste-du-citoyen-congolais

[6] Ce manifeste est appelé « Manifeste du Citoyen Congolais » ou « Manifeste Esili ».

[7] Larousse

[8] Larousse

[9] Esili est un mot lingala qui veut dire « c’est fini ! »

[10] https://fr.actualitix.com/pays/wld/indice-de-developpement-humain.php

[11] Il a été très subtil de préférer le mot « peuple » au mot « population » car avec le mot « peuple » ce manifeste défend à raison l’idée que les maux de notre société touchent indistinctement tous les congolais quelle que soit l’appartenance ethnique ou la province dans laquelle ils vivent.

 

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Texte intégral du Manifeste du citoyen Congolais – Manifeste ESILI

à la UneTexte intégral du Manifeste du citoyen Congolais – Manifeste ESILI

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NOUS, citoyens Congolais, représentants des organisations de la société civile, des mouvements citoyens et personnalités indépendantes épris de paix :

  • Réunis du 15 au 17 août 2017 à Paris, France, et faisant suite à la déclaration « Le Pays va très mal. Debout, Congolais ! Décembre 2017 approche », du 23 juin 2017, de nos Evêques, qui nous interpelle au sursaut patriotique ;
  • Constatant la faillite généralisée de l’Etat et la grave détérioration des conditions de vie de notre peuple, résultant de la mauvaise gouvernance d’un groupe d’individus, ayant volontairement refusé d’organiser les élections ;
  • Rappelant que sous l’égide de la CENCO, et afin d’éviter de plonger le pays dans un chaos certain, les forces politiques et sociales ont conclu, le 31 décembre 2016, un Accord politique Global et Inclusif ;
  • Dès lors que le peuple exigeait l’alternance dans les délais constitutionnels, et malgré son refus de tout autre arrangement contraire à son droit légitime, l’Accord du 31 décembre 2016 a été toléré pour autant qu’un nouveau Président soit élu avant le 31 décembre 2017 ;
  • En dépit du prolongement de mandat issu de l’arrangement politique, le Président sortant a foulé aux pieds cet Accord, défié le peuple congolais et renié le serment fait devant Dieu et la Nation de respecter la Constitution ;
  • La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), instrumentalisée à son service, a surpris le peuple en affirmant publiquement son incapacité d’organiser les élections en 2017 contrairement à l’Accord et au cadre constitutionnel ;
  • Ainsi, sont créées des zones d’insécurité et suscitées des tragédies meurtrières à travers le pays, notamment dans les provinces des Kivu, du Kongo central, des Kasaï, Ituri et Ville-province de Kinshasa dans le but de décréter indûment l’état d’urgence et retarder l’organisation des élections prévues par la Constitution ;
  • Sous le régime en place, la terreur est devenue un mode de gouvernance qui empêche le peuple congolais de revendiquer ses droits ; les cours et tribunaux sont soumis et instrumentalisés ; les exécutions extra-judiciaires se multiplient ; les fosses communes se remplissent à travers le pays ; l’accès aux médias et aux réseaux sociaux est restreint ; et la nouvelle économie numérique est mise en danger ;
  • Il s’en suit une répression systématique et violente de toute expression des libertés et droits fondamentaux à l’encontre des activistes des droits humains, des journalistes, des membres des mouvements citoyens, et des membres des partis politiques de l’opposition ;
  • Il en résulte que monsieur Joseph Kabila s’impose à la tête de l’Etat par la violence des armes et la corruption financière dans le but d’asseoir durablement son régime de prédation, de paupérisation et de pillage des ressources du pays à son bénéfice personnel, celui de sa famille, de ses courtisans et de ses alliés étrangers tant en Afrique qu’à travers le monde.

 

En conséquence, NOUS, citoyens Congolais :

Nous fondant sur le quatrième paragraphe du préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) qui dispose que : « Il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression ».

  1. Déclarons que le Président Joseph Kabila, dont le dernier mandat constitutionnel a expiré le 19 décembre 2016, exerce le pouvoir en violation manifeste de la Constitution de la République Démocratique du Congo, et est passible de l’infraction de haute trahison conformément à son article 165 alinéa premier ;
  2. Appelons le peuple congolais à user de son devoir sacré de faire échec, avec des moyens pacifiques et non-violents, à la tentative du Président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 31 décembre 2017 en application de l’article 64 de la Constitution ;
  3. Exigeons le départ de Monsieur Joseph KABILA KABANGE et une transition citoyenne dont les animateurs seront désignés à la suite d’une concertation nationale ayant mission principale d’organiser des élections crédibles, transparentes, ouvertes et libres et qui n’en seront pas candidats ;
  4. Cette transition sera propice à doter la RD Congo, notre pays, d’un nouveau système de gouvernance, basé sur une justice indépendante, des services de sécurité protégeant les citoyens, assurant l’exercice effectif des libertés constitutionnelles, garantissant une gestion transparente et équitable de toutes les ressources nationales, des institutions fortes et démocratiques mettant les intérêts des citoyens Congolais au centre de tout projet politique ;
  5. Exigeons la libération immédiate et sans condition des prisonniers politiques et d’opinion ainsi que la réouverture des médias fermées ;
  6. Interpellons nos compatriotes de la police, de l’armée et des services de sécurité à respecter leurs missions républicaines de protection des citoyens et de la nation, au lieu de servir d’instrument de répression ;
  7. Appelons tous les Congolais, confessions religieuses, étudiants, jeunes, femmes, mouvements citoyens, syndicalistes, médecins, enseignants, professeurs, fonctionnaires, artistes, partis politiques ainsi que les congolais de la diaspora à adhérer massivement au présent Manifeste ;
  8. Engageons toute Congolaise, tout Congolais à prendre part active à la grande campagne d’actions pacifiques et non violentes devant mener au retour de l’ordre démocratique constitutionnel ;
  9. Appelons la Communauté Internationale à accompagner le peuple congolais dans sa quête légitime de la liberté et de la démocratie.

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Débout Congolais, Levons-Nous et Marchons, Esili !

Fait à Paris, le 18 août 2017

Pour adhérer ou pour en savoir plus, cliquez ici ! 

30 juin 2017 – Discours « présidentiel » du Dr Denis MUKWEGE au peuple congolais

30 juin 2017 – Discours « présidentiel » du Dr Denis MUKWEGE au peuple congolais

Ce 30 juin 2017, à l’occasion de la fête commémorant l’indépendance de la République Démocratique du Congo, le Dr Denis Mukwege a adressé à la nation congolaise, plus particulièrement à sa jeunesse,  une vibrante et patriotique allocution. Cette dernière est un véritable appel  lancé à  la jeunesse congolaise pour qu’elle reconquiert sa liberté, sa souveraineté et sa dignité afin de construire un Congo plus fort et plus beau, ce Congo dont rêvait les Pères de l’indépendance.

Ce discours mérite d’être lu par tous  car il replace l’humain au centre des préoccupations actuelles et au coeur des solutions à trouver. Le Dr Mukwege y brosse de manière brillante les maux qui rongent notre société tout en offrant des pistes de solution, en toute humilité. 

Pour rendre aisé la lecture de ce discours, j’ai volontairement découpé  le texte intégral en chapitres thématiques. 

A mes yeux, ce discours fait partie de meilleurs discours écrits à l’occasion de la fête d’indépendance de notre pays et devrait inspirer, autant dans la forme que dans le fond, les futurs discours des présidents de la République Démocratique du Congo. Cela explique le titre que je lui ai donné : Discours « présidentiel » du Dr Denis Mukwege.

Enfin, ne perdons pas de vue que Joseph Kabila n’a plus aucune légitimité depuis décembre 2016. Il exerce depuis son pouvoir de manière illégale, défiant le peuple congolais, ses institutions et la Constitution qu’il a violée. Par conséquent, Joseph Kabila ne pouvait prétendre s’adresser à la Nation en tant que Président de la République ou garant de la Nation. Et l’absence d’un discours de sa part ce 30 juin aura eu le mérite de nous rappeler son illégalité, son illégitimité et ainsi d’éviter de salir davantage  la mémoire des Pères de notre indépendance et de tous les martyrs qui ont versé leur sang pour la liberté, la souveraineté et la démocratie.

Dr Didier Kamidi


 

« Chers compatriotes,

(…) Je vous souhaite donc à tous une bonne fête de l’indépendance. Même si cette indépendance est encore à conquérir, nous devons la commémorer. L’indépendance, comme la liberté, se conquièrent tous les jours. Nous devons être prêts à la défendre. C’est notre liberté. C’est la dignité d’un peuple : être libre à jamais.

La jeunesse congolaise a besoin de se mobiliser, de prendre son destin en main, d’arracher sa liberté et de se tracer un nouvel itinéraire. Bref, s’assurer qu’elle ne commet pas les erreurs des générations passées. Erreurs dont le pays souffre gravement aujourd’hui.

 


S’approprier son histoire.

Pour se faire, la jeunesse congolaise a besoin de s’approprier de son histoire, de faire un travail de mémoire, de savoir d’où elle vient, de savoir quelles ont été les erreurs du passé afin de corriger l’itinéraire et prendre définitivement la bonne direction pour construire un avenir meilleur. Notre hymne national « Debout Congolais » est la charnière des deux époques qui caractérisent notre histoire et explique notre présent.

En effet, l’ancêtre de la République Démocratique du Congo fut l’Etat Indépendant du Congo, qui fut créé par la fusion de plusieurs royaumes, plusieurs tribus qui habitaient l’actuelle limite de la République Démocratique du Congo, et par la volonté d’une personne. Autant ces royaumes furent unis par un hasard et par le sort, autant l’artisan de cette vision avait un autre objectif qui ne visait pas à fusionner les ethnies mais plutôt à posséder l’espace qu’elles habitaient à cause de ses richesses naturelles. Autant tous les autres pays africains étaient des colonies appartenant au pays colonisateur, autant l’Etat Indépendant du Congo appartenait à une personne comme une propriété privée. Mais il faut savoir que dans l’esprit de grandes puissances, à l’époque le Congo devait être une zone de libre échange où toutes les puissances pouvaient faire des affaires librement. C’était la condition pour créer et céder un si grand territoire de 2 345 000 Km2 à une personne : le roi belge Léopold II qui a cependant le mérite de négocier les frontières du Congo actuel. Il s’était présenté comme une force contre l’esclave, un souffle civilisateur des indigènes congolais, mais il va succomber à la tentation de l’exploitation inhumaine des ressources naturelles du Congo. Cette attitude va choquer la conscience de l’humanité. Et ainsi le Congo va être cédé au Royaume de la Belgique jusqu’en 1960. Malheureusement pour nous, après l’indépendance, nos différents présidents ont toujours géré le pays comme leur propriété privée, s’intéressant aux ressources naturelles et à l’enrichissement personnel et non au peuple. Aujourd’hui, cent ans plus tard, le coltan a remplacé le caoutchouc mais le système d’exploitation est resté le même. Dans les deux cas, les congolais ont été massacrés par millions et aujourd’hui ces massacres continuent malheureusement. L’histoire dramatique du Congo se répète par manque du travail de mémoire.

 


Identité nationale, mixage de notre société et diversité culturelle : remparts contre la balkanisation.

Nous avons donc été unis par le sort et cette unité doit être considérée aujourd’hui comme une opportunité et non comme une menace. Nous pouvons constater que tous les ennemis du peuple congolais essaient depuis l’indépendance de nous démanteler, de balkaniser le Congo car ils savent que unis, nous sommes invincibles, unis nous sommes plus que vainqueurs !

En 1960, nous étions moins mixés entre régions et malgré cela la sécession katangaise avait échoué. Aujourd’hui, toute tentative de balkanisation est vouée à l’échec car nous sommes plus mixés et nous sommes entrain de construire une identité nationale congolaise très solide. Grâce à la politique de Mobutu qui prônait une gestion de l’administration publique par des personnes des autres régions du pays, le mixage des congolais de différentes régions s’était accéléré au point qu’aujourd’hui nous avons tous dans une même famille un oncle muluba, une tante mukongo, un neveu muswahili, une belle-sœur mungala. C’est ça la véritable famille congolaise. Nous sommes un peuple avec tout ce que ce concept implique à l’instar des américains et des canadiens, des français et j’en passe.

Comment alors casser ces liens qui se sont établis sur une superficie de 2 345 000 Km2, entre 80 millions d’habitants et ceci pendant un siècle sans faire des dégâts énormes ? Celui qui essaie de balkaniser le Congo sur la base ethnique pour ses intérêts mercantiles, sa place est devant les cours et tribunaux car les pertes humaines seraient incalculables. Nous sommes unis par le sort et notre diversité dans l’unité est une richesse immense.

 


Unité, égalité et effort collectif : valeurs indispensables pour l’indépendance économique.

Notre salut tout comme notre force pour construire un avenir meilleur est dans l’unité. Mais la construction du Congo et la consolidation de notre indépendance passe par l’effort de tous. Il est utopique de penser qu’une classe des congolais doit continuer à vivre dans l’extravagance des jets privés, des villas sur la Côte d’Azur alors que d’autres doivent travailler péniblement et manger par alternance, sans éducation, sans eau, sans électricité, sans abris ? C’est une forme d’esclavage moderne que nous ne pouvons plus continuer à accepter. Nous devons être unis dans l’effort pour mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme, à l’assujettissement du congolais par un autre congolais. Nous sommes nés égaux et nous devons l’être devant la loi. Il est inconcevable que nous ayons une légion de diplômés universitaires qui ne soit pas associée à l’effort pour l’indépendance économique de notre pays.

 


Redonner aux jeunes leur dignité par la lutte contre le chômage.

Comment pouvons-nous dresser nos fronts longtemps courbés lorsque notre jeunesse vit un chômage endémique. Ne dit-on pas que le travail anoblit l’homme ? Comment pouvons-nous être dignes quand nous vivons jusqu’à 40 ans sous le toit de nos parents par manque de revenu minimum garanti ? 57 ans après l’indépendance, nos fronts sont toujours courbés. Nous devons les dresser. C’est par la création d’emploi que notre jeunesse peut travailler dans un climat de paix, un climat favorable aux affaires attirant les investisseurs, encourageant les start up. Ainsi nous pouvons prendre le plus bel élan et pour de bon dans la conquête de notre indépendance effective. Pour y arriver, ce n’est pas l’ardeur qui manque au peuple congolais.

J’ai eu la grâce de visiter plusieurs pays au monde et de faire des conférences dans beaucoup d’universités. Quelle n’a pas été ma surprise en constatant que partout nous avons des congolais universitaires, ou tout simplement des congolais hautement qualifiés qui font leur travail avec ardeur et enthousiasme à la satisfaction de leurs employeurs. Et que dire de la femme congolaise qui porte sa famille et le poids économique du pays sur ses épaules avec des moyens dérisoires ? Il n’y a aucun doute : nous sommes un peuple ardant et nous sommes capables de bâtir un Congo plus beau qu’avant par le labeur.

Aujourd’hui, notre labeur malheureusement profite plus aux autres qu’à notre pays. Nous avons besoin d’un sursaut patriotique pour que nos travaux pénibles à l’intérieur du pays comme dans notre diaspora ne puissent continuer à servir les intérêts égoïstes de certains groupes ou de certaines classes sociales, mais plutôt à ce qu’elles servent les intérêts des générations à venir. Ainsi, nous pourrons bâtir notre pays et le faire plus beau qu’avant dans la paix.

 


Solidarité et éveil patriotique pour redonner au Congo sa dignité.

C’est dans la solidarité, aussi bien transversale que verticale, que nous devons travailler. Le revenu universel garanti et la couverture sanitaire universelle sont des notions acquises chèrement à l’Occident depuis quelques décennies seulement. Mais ces notions de solidarité sont inscrites dans nos gênes. Elles sont transcrites dans nos traditions. Ce sont des notions de solidarité qui ont toujours fait la fierté de l’Afrique. Abandonner la solidarité, c’est abandonner son identité africaine. Mais comment alors expliquer cet égoïsme croissant au Congo qui fait de nous un pays riche avec une population parmi les plus pauvres de la planète et des dirigeants qui vivent dans une opulence outrancière ? Le contraste social est tout simplement révoltant ! Nous sommes devenus la risée du monde entier. Notre fierté d’être congolais a été entamée. Mais tout n’est pas perdu chers compatriotes car notre capacité de sursaut et d’éveil patriotique peut faire la différence et nous restituer la dignité perdue.

 


Souveraineté nationale et respect des droits humains.

Depuis 20 ans, notre souveraineté est constamment bafouée. Nous vivons chez nous comme des étrangers. Les choix que nous avons, c’est la résignation, l’exil, la prison ou la mort. Ce n’est même pas un choix, c’est une contrainte, c’est une situation qui nous est imposée.

Dans ces conditions, peut-on vraiment parler de la souveraineté d’un peuple ? Absolument pas ! Nous sommes un peuple humilié par nos voisins qui n’ont aucune considération à notre égard, surtout lorsque nous devons aller chaque matins faire nos courses courantes hors de nos frontières puisque le congolais ne peut tout simplement plus faire des affaires dans son pays suite aux multiples taxes et tracasseries administratives qui paralysent les femmes commerçantes. Les jeunes hommes d’affaire congolais ne savent plus comment tenir leurs affaires ainsi que toute initiative locale, laissant la place à la bande mafieuse qui vend tous les produits de consommation courante, exporte nos ressources naturelles. Nous sommes réduits à être des consommateurs et les autres doivent importer et exporter pour nous. Ils font leur business sur le dos du pauvre congolais.

Lorsque l’on évoque une enquête internationale sur les crimes commis sur nos frères du Kasaï ou quand il y a des sanctions des responsables qui ont abusé des droits humains, c’est la seule fois, malheureusement la seule fois, que notre gouvernement évoque le principe de souveraineté de l’Etat congolais. Dans d’autres circonstances, cette souveraineté n’est pas du tout évoquée. Nos gouvernements oublient que la souveraineté doit respecter la définition de l’Etat, ce que nous avons cessé d’être depuis 1996. Qu’on ne se leurre pas. Si un Etat est une personnalité morale de droit public, contrôlant un territoire bien identifié par des frontières, organisant un ordre social, juridique et politique pour un groupement humain relativement homogène, mais attaché à un vouloir vivre collectif et représenté par une autorité politique à qui a été confiée le pouvoir de contrainte, qu’en est-il au Congo ? Depuis 1996, nos frontières sont perméables : les Etats, les groupes armés étrangers, les bandes mafieuses, les contrebandes et les éleveurs entrent et sortent à leur gré. Ils tuent, ils violent sans se gêner, brulent nos villages sans que le pouvoir s’en émeuve. Cette personnalité morale devrait également organiser un ordre social. Mais au Congo, les gouvernements détruisent la cohésion sociale par les injustices, la corruption et toute forme d’anti valeurs qui sont entrain de miner notre société. C’est une véritable autophagie !


Le retour à l’ordre constitutionnel : une exigence et une urgence

L’ordre juridique est remplacé par des arrangements à l’amiable à cause de graves dysfonctionnements de notre système judiciaire. Nous avons de bonnes lois mais leur mise en œuvre fait cruellement défaut. L’impunité règne dans tous les domaines. Toutes nos institutions sont illégales et illégitimes. Elles fonctionnent sans tenir compte de la volonté du souverain primaire exprimée dans la Constitution votée par référendum. La loi fondamentale a été mise entre parenthèses. Nous réclamons haut et fort le retour à l’ordre constitutionnel.

 


Une opposition politique qui doit se ressaisir.

L’opposition politique qui devait faire vivre la démocratie s’est fait roulé dans la farine par le pouvoir avant de la pulvériser par des manœuvres politiciennes. L’ordre politique n’existe plus. Les partis politiques de l’opposition doivent se ressaisir. Ils doivent se recomposer et définir une nouvelle stratégie pour assurer l’alternance démocratique. De ce qui précède, qu’est-ce qui reste de la définition d’un Etat au Congo ? Pas grand chose hélas. Il est visible à l’œil nu que notre cher Etat congolais est la cible systématique des ennemis du Congo, tant ceux de l’intérieur du pays que ceux de l’extérieur. Pourtant, une nation forte, nous le sommes par notre histoire commune passée, notre volonté de vivre ensemble aujourd’hui et de rester unis demain. Les congolais sont liés à leur nation et résistent à toute tentative de désintégration.

 


Le Congo, un don béni.

Avec toutes les bénédictions que Dieu nous a donné, le Congo est un véritable don béni avec ses eaux et fleuves, ses rivières, ses terres arables, sa forêt, son sous-sol, ses ressources humaines. Nous pouvons changer notre histoire. Nous pouvons changer la perception que le monde a de nous. Nous pouvons surprendre ceux qui ont déjà parié sur notre disparition en tant que peuple. Nous pouvons désorienter le pronostic. La seule chose qu’il nous faut, c’est croire en nous-même et choisir de bons alliés dans la refondation de notre état. Nos aïeux et les pères fondateurs de notre nation se retourneraient dans leur tombe si on leur passait le film de ce qu’est devenu le Congo qu’ils nous ont légué après 57 ans de gestion chaotique. Nous trahissons tout simplement Kimbangu, Lumumba, Kasa-Vubu, Bolikangu et les autres. 

 


Pauvreté, démographie et environnement.

Où est la moindre expression d’amour pour notre Congo ? Nous agissons comme si nous étions des prédateurs de notre propre héritage, le Congo.

Nous avons tenu une seule promesse, celle de peupler ton sol, Oh Congo ! De 14 millions d’habitants à l’indépendance, aujourd’hui nous sommes 80 millions d’habitants. Pari tenu puisque tout simplement la natalité est corrélée à la pauvreté. Quel triste pari gagné. Oh notre cher Congo, nous avons manqué à l’obligation d’assurer ta grandeur par la bassesse de nos actes inciviques.

Le 30 juin, nous le fêtions sous un doux soleil. Mais aujourd’hui, avec la déforestation, la destruction de notre environnement, le 30 juin est fêté sous un soleil voilé par la poussière. Un climat sulfureux.

 


Désacralisation de la fête de l’indépendance.

Nous avons désacralisé un jour immortel. Alors que les compatriotes Frank Diongo, Muyambo et nos jeunes artistes récemment arrêtés pour avoir dénoncé les massacres de Béni et du Kasaï, et tous les autres qui croupissent injustement en prison, le serment de la liberté que nous devrions léguer à notre postérité subit une grave entorse.


Debout congolais !

Debout congolais, la liberté se gagne tous les jours.

Et malgré toute ta souffrance, ta réserve d’énergie peut encore te permettre de te battre pour ta liberté comme se sont battus les pères de l’indépendance.

Debout congolais, il n’est jamais tard pour bien faire. Ta liberté et ton destin sont entre tes mains.

Debout congolais ! »

 

Dr Denis MUKWEGE

Allocution à la nation congolaise du 30 juin 2017

– CRISE POLITIQUE EN RDC – Résistance et mobilisation populaire, moyens à privilégier pour faire échec à une nouvelle dictature.

– CRISE POLITIQUE EN RDC –                       Résistance et mobilisation populaire, moyens à privilégier pour faire échec à une nouvelle dictature.

« Lorsque les enjeux sont fondamentaux, qu’ils affectent des principes religieux, des libertés humaines ou le développement futur de toute la société, les négociations ne peuvent pas trouver une solution acceptable. Sur des questions fondamentales, il n’y a pas de compromis possible. Seul un changement radical des relations de pouvoir en faveur des démocrates peut assurer la sauvegarde des enjeux fondamentaux. Un tel changement s’obtiendra par la lutte et non pas par des négociations. Cela ne signifie pas que la négociation ne doive jamais être utilisée mais plutôt qu’elle n’est pas un moyen réaliste pour renverser une puissante dictature quand une forte opposition démocratique fait défaut.

C’est la résistance et non pas la négociation qui compte dans les conflits dont les enjeux sont fondamentaux. Dans presque tous les cas, la résistance doit continuer pour chasser les dictateurs du pouvoir. Le succès est le plus souvent déterminé non pas par un accord, mais par l’usage des moyens de résistance les plus appropriés et les plus puissants disponibles.»  

 Gene SHARP, De la dictature à la démocratie


Depuis le 20 décembre 2016, Joseph Kabila a épuisé le nombre de mandats présidentiels auquel lui donnait droit la Constitution de la République Démocratique du Congo. La ruse a pour l’instant permis à sa famille politique de retarder au  maximum le processus électoral.

Parmi les moyens utilisés, le piège des négociations a à nouveau fonctionné. Et pourtant, l’histoire politique de ce pays a démontré que dans la plupart des cas, les négociations n’ont jamais réussi à rompre la récurrence des crises de légitimité et d’instabilité mais au contraire l’entretiennent.

Face au camp présidentiel, l’opposition politique semble péniblement tenir le cap de ses révendications et des promesses faites à la population, notamment celle de l’alternance dès le 20 décembre 2016. Qui plus est, au fil des jours, des semaines et des mois qui s’écoulent, l’opposition a fait de nombreuses concessions inacceptables aux yeux d’une population qui aspire dans sa grande majorité au respect de sa Constitution.

Ce qui est en jeu derrière cette crise, au-delà  du rejet de tout le système Kabila, c’est fondamentalement la question du renforcement de la démocratie en RDC et de celle d’une gouvernance responsable soucieuse de l’amélioration des conditions de vie des populations.

Dans les lignes qui suivent, j’aimerais d’une part montrer combien les évêques catholiques et l’opposition congolaise sont responsables, avec la Majorité Présidentielle, de cette nouvelle crise politique qui se prolonge en République Démocratique du Congo. D’autre part, au regard du peu de crédit qu’offre encore toute la classe politique congolaise et de l’exaspération du peuple, j’ai la conviction que la résistance et la mobilisation populaire sont les moyens à privilégier pour parvenir à l’effondrement rapide de cette nouvelle dictature et au retour à l’ordre constitutionnel. 


CONSERVER LE POUVOIR : L’ASSURANCE (SUR)-VIE DU  REGIME KABILA

La famille politique de Joseph Kabila –la Majorité Présidentielle– est un patchwork de partis politiques ayant fait allégeance à Joseph Kabila. Une allégeance obtenue en contrepartie de faveurs mercantiles, de protection judiciaire, de nominations à des postes de pouvoir, etc. Autrement dit, la Majorité Présidentiel ressemble à un club de citoyens devenus riches, puissants et intouchables au milieu d’une population pauvre.

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Le rapport qu’elle entretient avec l’exercice du pouvoir est très constant : le conserver. Et pour y parvenir, plusieurs voies sont utilisées simultanément :

  1. Avoir le contrôle de toutes les institutions du pays (Parlement, justice, police, …)
  2. Entretenir la misère du peuple pour que les questions de survie soit une préoccupation permanente qui occulte le développement d’un esprit critique.
  3. Désinformer systématiquement la population pour éviter une prise de conscience.
  4.  Alimenter un sentiment de peur, d’impuissance et de résignation dans le peuple.
  5. Affaiblir et décrédibiliser l’opposition aux yeux de la population.
  6. Etouffer tout mouvement de jeunes appelant à un changement de système.
  7. Rendre effective l’impossibilité d’organiser les élections.
  8. Sortir du cadre constitutionnel pour limiter les contraintes des lois.
  9. Provoquer ou entretenir des conflits armés aux frontières ou à l’intérieur du pays pour détourner l’attention de l’opinion nationale.
  10. Présenter Joseph Kabila comme LE garant de la paix et le rempart contre le chaos.

Tout concourt ainsi à affaiblir toute résistance à l’intérieur du pays, capable de provoquer la chute d’un régime agonisant devenu autocratique et méprisé. Là où la résistance est faible, la dictature prospère dit-on.


JEU TROUBLE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU CONGO : DE LA TRAHISON ET A L’IMPASSE.

Présente sur toute l’étendue du territoire national de la RDC, l’église catholique est une institution puissante, respectée et très active dans l’éducation, les soins de santé et l’assistance aux plus vulnérables. Près de 60 % de la population congolaise est de confession catholique.

Capture d_écran 2017-03-27 à 17.21.21En fin d’année 2016, l’implication des évêques catholiques dans la crise politique a rendu possible un accord qui a permis à Joseph Kabila de se maintenir en place en échange d’un partage du pouvoir avec l’Opposition, de la libération des prisonniers politiques, de la réouverture des médias de l’opposition et surtout de promesse d’organiser l’élection présidentielle en décembre 2017. Aux yeux de certains observateurs, cet accord aurait évité un embrasement du pays vers une situation incontrôlable. Cependant, ce même accord a étouffé la mobilisation de la rue en faveur du respect de la Constitution. Trois mois après sa signature, il n’y a eu aucune mise en oeuvre sérieuse des engagements pris par le pouvoir :  l’impasse est totale !

Connaissant la sournoiserie de la Majorité Présidentielle, la démarche de ces évêques qui avaient souhaité, quel qu’en soit le prix, un accord pose problème. En effet, malgré les milliers de vies humaines perdues pour combattre la dictature de Mobutu et malgré la mort des jeunes martyrs de la démocratie en janvier 2015 ou en septembre 2016, adopter une position trop conciliante à l’égard de ceux qui sont volontairement responsables de la crise qui prolonge la souffrance de notre peuple s’apparente à mes yeux à une trahison de ces évêques.

Trahison de l’esprit de la Constitution de 2006 parce qu’en acceptant que Joseph Kabila se maintienne au pouvoir au-delà de son mandat, l’accord parrainé par les évêques a craché sur la volonté de notre Constitution de rompre avec la récurrence des crises de légitimité et d’ouvrir la voie à l’alternance de l’exercice du pouvoir.

Trahison de l’aspiration du peuple à l’amélioration de ses conditions de vie et à une gouvernance responsable. Car en effet, en permettant à un groupe de citoyens de se placer au-dessus de la Constitution, au mépris de l’intérêt supérieur de notre nation, les « bons offices » des évêques ont tout simplement débouché sur un accord qui assassine le principe d’égalité de tous les congolais devant la Loi. Par conséquence, la souveraineté du peuple se retrouve aujourd’hui prisonnière d’un groupe d’individus au pouvoir.

Trahison de la mémoire de tous les martyrs de la démocratie fauchés parce qu’ils réclamaient le multipartisme, la démocratie, le respect de la Constitution ou encore parce qu’ils exerçaient leur liberté d’expression et d’opinion. L’irresponsabilité de ceux qui ont usé de la violence contre le peuple n’a pas été sanctionnée. Pire encore, c’est en toute impunité qu’ils conservent aujourd’hui les rênes du pouvoir. Que dire à l’orphelin, à la veuve  ou à toutes ces familles qui ont perdu un être cher ?

Aussi, interrogeons-nous sur cette paix que les évêques ont voulu à tout prix sauvegarder. Qu’est-ce donc la paix ? Se réduit-elle à une absence de guerre ou de crépitements de balles ? Si c’est cela, la RDC est globalement en paix.

Cependant, lorsque l’immense majorité de la population porte les chaines de la faim, de la misère, de l’injustice, de la peur permanente, peut-on encore parler de paix ? Ne s’agit-il plutôt d’une illusion de paix étant donné les répressions, l’absence de progrès social et l’injustice qui sont autant d’atteintes à l’intégrité des congolais ?

Pour avoir parrainé un accord qui ne repose ni sur le respect de la Constitution ni sur les valeurs de justice et d’égalité, les évêques catholiques se sont compromis. Ils ont capitulé face à ceux qui oppriment notre peuple : ils ont trahi le peuple congolais.


L’OPPOSITION CONGOLAISE  EGALEMENT RESPONSABLE DU CHAOS ACTUEL

Lutter contre une dictature est une entreprise longue et difficile. Les pièges tendus par le pouvoir sont nombreux et visent la dissolution de toute résistance. C’est la raison pour laquelle la résistance à la dictature doit être constante et permanente. C’est elle qui doit dicter la ligne de conduite de l’opposition. Dans le même ordre d’idées, « conciliation », « compromis » et « négociation » apparaissent comme autant de pièges utilisés par une dictature en face d’une opposition faible.

Depuis qu’elle a accepté de s’asseoir à la table des négociations, l’opposition congolaise a deçu et continue de decevoir de nombreux jeunes. La symbolique du carton rouge incarnait la rupture entre ces derniers et un système de gouvernance miné par l’incompétence, le clientélisme et les abus en tout genre.

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Le peuple congolais a pourtant fait part à l’opposition des lignes rouges à ne pas franchir  :

  1. Le respect de la Constitution est non négociable.
  2. Le respect de la durée et du nombre de mandat présidentiel est non négociable.
  3. La tenue des élections dans les délais constitutionnels est non négociable.

En signant, le 31 décembre 2016, un accord qui concédait toutes ces exigences légitimes, l’opposition s’est discréditée et a, comme les évêques catholiques, affaibli la pression populaire qui grandissait. Pour ne pas avoir eu le courage de rester ferme, son choix du compromis politique a rajouté du chaos au chaos. Elle qui avait appelé à manifester pour le respect de la Constitution quelques mois plus tôt, elle qui avait promis de ne pas reconnaître Kabila au-delà du 19 décembre 2016, elle s’est couchée sous la pression de la communauté internationale et du pouvoir de Kinshasa.

Comme le disait G. Sharp à propos des dictateurs, «Quoiqu’ils promettent, il ne faut pas oublier qu’ils sont capables de promettre n’importe quoi afin de soumettre leurs opposants démocrates, pour ensuite violer effrontément tous leurs engagements. »[1]


 

A QUAND LE SURSAUT PATRIOTIQUE DES OFFICIERS CONGOLAIS ?

« Y a-t-il encore des hommes dans ce pays ? », tel fut le cri d’une mère face à la persistance des violences dont sont victimes les populations congolaises, surtout celles de l’Est du pays.

Beaucoup de vérités ont déjà été dites sur l’armée congolaise : armée en déliquescence, armée infiltrée à différents niveaux de sa hiérarchie, armée fortement ethnicisée, … N’y revenons pas.

Cependant, bien que l’armée soit une institution apolitique, les officiers congolais ont prêté le serment de protéger les citoyens congolais, de sauvegarder les intérêts de la nation et de la protéger contre toute menace intérieure ou extérieure. La menace pour les citoyens congolais est aujourd’hui aussi à l’intérieur du pays : Arrestations arbitraires, intimidations, exécutions sommaires, détournements des biens publics et des salaires des militaires, etc. Alors, jusqu’à quand les officiers congolais resteront-ils impassibles à la détresse de nos mères et de nos enfants ?  Le courage et l’audace sont-ils devenus de mots vide de sens ?

Il ne s’agit nullement ici de faire l’apologie d’un quelconque coup d’Etat qui installerait de facto une nouvelle dictature. Il est question ici d’un appel à la responsabilité de protéger nos concitoyens et à la conscience patriotique de nos policiers, de nos militaires et de nos officiers. Ces officiers qui ont peur doivent oser défendre la justice, la liberté et les droits des citoyens congolais. Ils doivent soutenir les aspirations démocratiques de la jeunesse car le processus est irréversible. Le temps des dictatures est révolu, tournons la page.


CONCLUSIONS

Les victoires de Kabila.

Grâce aux négociations de « sortie de crise » –expression assez cinique vu le contexte– entamées depuis plusieurs mois, Joseph Kabila semble pour l’instant contenir  la contestation populaire. La stratégie adoptée a été payante :

  • Une Opposition congolaise globalement divisée
  • Un « Rassemblement » des forces acquises au changement affaibli
  • Une population qui ne croit plus à l’intégrité de sa classe politique
  • Des mouvements de jeunes  se méfiant désormais de l’opposition

Ainsi, la résistance interne effondrée, la dictature de Kinshasa peut à nouveau profiter d’un temps de répis pour affiner ses stratégies de maintien en place.

Arrêter les négociations.

Comme vu précédement, la faiblesse et l’inconstance de l’opposition actuelle font de la négociation un moyen inefficace et inadéquat pour un dénouement réel de cette nouvelle crise politique. Tant que le régime ne sera pas réellement mis sous pression, entendons par là qu’il se sente menacé par l’imminence de son effondrement, les négociations ne seront que leurre. Il faut donc le plus rapidement possible arrêter les négociations et remobiliser toutes les dynamiques internes de résistance citoyenne.

Miser sur la résistance interne et sur la mobilisation populaire.

La sensibilisation et la remobilisation de la population doivent être une priorité pour les partis d’opposition, la société civile et les mouvements des jeunes. Il faut à nouveau créer une pression populaire très forte, obligeant à un retour immédiat à l’ordre constitutionnel et à l’effondrement de cette jeune dictature. Cette mobilisation doit passer par les villages, les villes, les églises –la Cenco doit y jouer un rôle- les universités, les militants des partis politiques, les actions des mouvements des jeunes tels que LUCHA et FILIMBI. Ce point est capital car il permettra d’augmenter la résistance à l’intérieure du pays et la défiance nécessaire au changement vers plus de démocratie.

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Repenser nos rapports avec la Communauté internationale.

L’opposition congolaise, la société civile et les mouvements des jeunes doivent sérieusement modérer leurs attentes vis-à-vis de l’Europe ou des Etats-Unis. Plus important encore, ils doivent en permanence garder à l’esprit que le nationalisme africain fait peur et sera toujours combattu au nom des intérêts de l’Occident.  Musibono Eyul’anki pour sa part parle d’une « stratégie criminelle de la télégouvernance qui plonge tout un Etat dans une misère et une pauvreté absolues chroniques par la pseudo-démocratie imposée à partir de l’extérieur. Une mascarade qui consiste à propulser au sommet de l’Etat des dirigeants fabriqués par des racistes affairistes maffieux qui n’ont pour seul intérêt que l’accès rapide et facile aux richesses du pays. Des dirigeants sans vision claire ni projet de société autour desquels on crée des mythes où tout est fait pour montrer qu’ils travaillent bien  alors qu’ils sont incapables d’établir clairement aucun bilan à la fin de chaque exercice budgétaire[2] ».

Par ailleurs, dans un monde devenu multipolaire avec la montée en puissance de la  Russie et de la Chine, les  dictatures africaines ont compris que l’Europe et les Etats-Unis ne sont plus les seuls maîtres du jeu. Ils peuvent se permettre, dans une certaine mesure, de jouer au bras de fer avec l’un ou l’autre partenaire.

Enfin, à force d’appliquer systématiquement une politique de deux poids deux mesures guidée par ses intérêts à l’égard des pays africains, la communauté internationale s’est compromise et ne me semble plus être un interlocuteur sur qui reposer les espoirs des changements où l’Afrique profitera d’abord aux africains, politiquement et économiquement.

Comme le dit si bien G. Sharp : « La libération des dictatures dépend finalement de la capacité des peuples à se libérer eux-mêmes[3]. »

Les congolais n’ont donc pas d’autres choix que de résister, de se mobiliser et de défier cette nouvelle dictature pour espérer un retour rapide à l’ordre constitutionnel nécessaire à une vraie démocratie : le pouvoir du peuple, par le peule et pour le peuple !

Dr Didier KAMIDI OFIT


[1] Gene Sharp, De la dictature à la démocratie, p.36

[2] Jean Jacques Wondo, Les armées au Congo-Kinshasa : radioscopie de la force publique aux FARDC, p.42

[3] Gene Sharp, De la dictature à la démocratie, p.30

 

LA DESOBEISSANCE CIVILE ET L’INSURRECTION POPULAIRE COMME ACTES FONDATEURS D’UN NOUVEL ORDRE EN RDC ?

LA DESOBEISSANCE CIVILE ET L’INSURRECTION POPULAIRE COMME ACTES FONDATEURS D’UN NOUVEL ORDRE EN RDC ?

La frustration du peuple congolais face aux injustices de ceux qui le gouverne a toujours été le moteur des révoltes qui sont survenues dans l’histoire de notre Nation comme des soubresauts inattendus. Des jeunes sont montés aux fronts, défiant les pouvoirs tyranniques du colonisateur et de la dictature. Ils ont payé de leur vie pour que la Nation aspire un jour à la liberté, à la dignité et au bonheur. Loin de penser qu’ils sont morts en vain, j’ai l’intime conviction que le sacrifice de ces héros connus ou anonymes nous donne aujourd’hui la force de poursuivre la lutte contre l’oppression et l’assujettissement de notre peuple, un peuple devenu la risée du monde. Le sang versé de nos frères et sœurs coule à travers ces lignes. Ce sang nous crie de ne plus nous taire, de vaincre la peur et de nous tenir debout.


INTRODUCTION

Face aux crises récurrentes, les dialogues sont désormais inadéquats tant la perpétuelle trahison de l’élite au pouvoir est violence contre ce peuple appelé à survivre au quotidien. Un groupuscule tout puissant jouit seule de tous les privilèges et de tous les droits. A l’instar des autres peuples du monde, le peuple congolais, est appelé à désobéir à cette minorité tyrannique au pouvoir et de se soulever contre elle pour se réapproprier sa souveraineté.

D’après Ch. Di Cintio, la « désobéissance civile » est une « infraction volontaire, intentionnelle et publique d’une loi ou d’un règlement, destinée à alerter les autres citoyens sur le déficit de sens, l’aveuglement au Bien public, d’une loi ou d’une mesure politique. Elle signifie que l’on a porté atteinte, non aux convictions privées des individus, mais aux valeurs légitimant le pacte social et/ou la citoyenneté. »[1]

D’après Larousse, l’« insurrection populaire » est « le soulèvement du peuple contre un pouvoir établi ou une autorité pour le renverser ». A l’inverse de la désobéissance civile qui est essentiellement non violente, l’insurrection peut être violente ou non.


LA RDC : DE CRISES EN CRISES, D’ACCORDS EN ACCORDS.

Notre pays traverse depuis plusieurs décennies une crise multiforme caractérisée par une crise sociale grave, par une instabilité économique et politique et par une crise intellectuelle et morale sans précédent. La récurrence de ces crises traduit l’immense détresse que vit notre peuple parce que son aspiration à la liberté, à la dignité, à paix et à la justice reste inassouvie.

Pour briser ce cycle sans fin, la RDC va aller de dialogues en dialogues et d’accords en accords tel qu’illustré dans les lignes suivantes :

  • 07 août 1991 : Ouverture de la Conférence Nationale Souveraine[2]
  • 10 juillet 1999 : Signature de l’Accord de Paix de Lusaka (Zambie). Un cessez-le-feu entre les six pays impliqués dans la guerre en RDC.
  • 30 novembre 1999 : La résolution 1279 du Conseil de sécurité de l’ONU autorise la création de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC). 
  • 15 octobre 2001 : Ouverture officielle du dialogue intercongolais à Addis-Abeba, en Ethiopie. Il doit régler le volet politique de l’accord de Lusaka
  • 25 février 2002 : Ouverture des négociations à Sun City (Afrique du Sud) pour élaborer un accord sur le régime de transition à mettre en place avant les élections. Un accord partiel de partage du pouvoir est conclu.
  • 30 juillet 2002  : Accord entre la RDC et le Rwanda signé à Pretoria (Afrique du Sud).  
  • 6 septembre 2002  : Accord entre la RDC et l’Ouganda signé à Luanda (Angola)
  • 2 avril 2003 : Clôture et signature de l’ « accord global et inclusif» du dialogue intercongolais à Sun City (Afrique du Sud) qui débouche sur le partage du pouvoir pendant une période de transition de deux ans entre Joseph Kabila et quatre vice-présidents issus du gouvernement, des deux principaux mouvements rebelles (MLC et RCD-Goma), de l’opposition non armée et de la société civile.
  • 4 avril 2003 : Promulgation de la Constitution de transition.  
  • 18 février 2006 : Promulgation de la Constitution de la 3è République
  • 25 février 2013 : Signature de l’Accord-cadre sur la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et les pays de la région, aussi appelés Accords d’Addis Abeba[3]
  • 07/09/2013 : Ouverture des travaux des Concertations Nationales à l’initiative de Joseph Kabila pour consolider la cohésion nationale.

Paix et sécurité sont des thèmes récurrents de ces accords. Ils sont des préalables indispensables à tout développement et à l’amélioration du bien-être de nos populations.   Or, nous assistons à une trahison systématique de ces accords par ses signataires, ceux-là même supposés les faire respecter et qui nous gouvernent. Cette trahison est à la base d’une frustration qui couve et qui s’exprime aujourd’hui par un ras-le-bol généralisé.

 

 

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Un peuple sous le joug de la tyrannie.

Un tyran est un individu disposant d’un pouvoir absolu. C’est un homme qui s’empare illégalement ou illégitimement du pouvoir, le conserve au mépris des lois et règne par la terreur.

Un régime tyrannique est un régime qui ne respecte donc pas les libertés individuelles et sur lequel le peuple n’a aucun contrôle[4]. Or, le régime actuel au pouvoir en RDC viole quotidiennement les droits humains en toute impunité. De nombreux rapports nationaux et internationaux existent sur des cas d’assassinat ou de répression violente de nos populations. Notre peuple sans conteste vit sous le joug de la tyrannie !

Cette minorité tyrannique qui soumet notre peuple par la violence porte un nom : la Majorité Présidentielle. Elle s’est accaparé le contrôle de toutes les institutions du pays et concentre dans ses mains tous les moyens répressifs de la République. Pire encore, elle ne recule devant aucune loi. Elle la contourne, la modifie ou passe en force sous l’œil complaisant de la Cour Constitutionnelle. Elle s’est placée au-dessus de notre pacte sociale commun : la Constitution. Désormais, elle ne se soumet plus à ses lois. Au contraire, c’est désormais la  Constitution qui s’adapte aux désirs de la Majorité Présidentielle.

Ainsi, lorsqu’un groupe de citoyens se place au-dessus de la Constitution, non seulement il nie intrinsèquement le principe d’égalité entre tous les citoyens mais surtout il rompt le pacte social. Il devient dangereux car n’a plus de pouvoir opposable à celui que lui détient. Il crée la loi, modifie la loi, exécute la loi et sanctionne ! Il devient un ennemi de la nation.

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La violence de ce régime et de tous ceux qui l’ont précédé est avant tout une violence structurelle en ce sens qu’elle est engendrée par les structures politiques, économiques et sociales, qui créent des situations d’oppression, d’exploitation et/ou d’aliénation[5]. Les rapports internationaux ne cessent de démontrer la situation dramatique qui caractérise notre pays : les objectifs du millénaires pour le développement n’ont pas été atteints[6], la RDC est en queue de peloton dans le classement de l’index de développement humain[7], en terme de corruption, la RDC occupe la 154è place sur 174 en 2015.[8] !

Plus sournoise, cette violence structurelle omniprésente en RDC tue plus que toutes les violences directes et opprime nos populations tout au long de leurs vies.

Face à une telle violence structurelle ou directe, la plus cruelle des injustices ne serait-elle pas de ne pas reconnaître à notre peuple le droit de se soulever contre elle et contre ceux qui  la génèrent ? Comme le disait M. Robespierre : « Jusqu’à quand la fureur des despotes sera-t-elle appelée justice, et la justice du peuple, barbarie ou rébellion ? »[9]

Voies préconisées par la « communauté internationale ».

Quel que soit le conflit auquel doit faire face le peuple congolais, quelle que soit l’ampleur des crimes contre l’humanité commis sur notre population, quelle que soit l’oppression du régime sur nos citoyens et quelles que soient les violations des droits et libertés individuelles, l’Occident et l’ONU préconisent invariablement aux congolais la voie du dialogue comme moyen de résolution des crises.

Et pourtant, force est de constater que dans un certain nombre de pays, la « communauté internationale » recourt à des moyens radicaux lorsqu’il s’agit d’assurer ou de protéger ses intérêts. Le cas de l’intervention contre le régime Kadhafi, pour ne citer que celui-là est éloquent. Autorisée par la résolution 1973 de l’ONU pour « protéger les populations civiles », le bilan se dresse à 8000 raids aériens, 30.000 bombes larguées, 60.000 morts côté libyen, aucun mort côté OTAN[10] et un pays en ruine. Comme en Lybie, dans la plus part des pays où est intervenue la communauté internationale, c’est le chaos qui s’en est suit. Un dialogue n’eût-il été préférable pour épargner les civiles innocents ?

En nous proposant invariablement des solutions que sa propre population n’aurait certainement jamais acceptées chez elle, la « communauté internationale » ne considère pas à sa juste valeur ni les aspirations de notre peuple, ni la détresse qu’il endure au quotidien.  En nous demandant de dialoguer ou de signer des accords avec des personnes rendues coupables de graves violations du droit et de crimes de masse, n’est-ce pas l’amnistie des bourreaux et le dénie de justice aux victimes que l’on promeut ? Comment sortir d’un cycle de violence récurrent lorsque la justice n’est pas rendue aux victimes ?

Outre les résolutions des Nations Unies, la « communauté internationale » propose à notre peuple de recourir aux « voies légales » internes pour résoudre les crises. Dans la mesure où les institutions sont inféodées au pouvoir tyrannique, et que le système judiciaire est déficient, que pouvons-nous attendre d’une telle recommandation ? Puisque ces voies légales de recours sont verrouillées, le peuple congolais a-t-il un autre choix que celui de se soulever ?

Les chemins préconisés par la « communauté internationale » semblent finalement n’être que des chemins de traverse conduisant à l’enlisement et non à la résolution durable des crises. Alors, pourquoi persévère-t-elle dans ces voies ?


VERS LA DESOBEISSANCE CIVILE ET L’INSURRECTION POPULAIRE ?

« La violence est un ultime recours. Si les représentants du peuple et les lois qu’ils édictent sont illégitimes, si les bases de la souveraineté sont faussées et que l’Etat crée le trouble, la question du recours à la violence peut se poser. » Hervé Ott.

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En RDC, la minorité au pouvoir, composée des membres du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, a le contrôle de toutes les institutions de la République. Aucune loi édictée ne va à l’encontre de sa volonté et de celle de son « autorité morale », Joseph Kabila. Et même lorsque certaines lois mettent en péril la stabilité du pays et  la cohésion nationale, elles sont adoptées en dépit du bon sens. Ainsi, il n’est pas rare que certaines lois posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. C’est le cas par exemple de la loi portant sur le découpage territoire et le passage à 26 provinces administratives[11]. Elle fut adopté sans que les préalables indispensables au fonctionnement et à la viabilité de ces nouvelles provinces aient été mis en place. Une aberration.

Par ailleurs, la modification de la Constitution en touchant à ses articles verrouillés est désormais en fait accompli. Avec la complicité de la Cour Constitutionnelle acquise à sa cause, cette minorité tyrannique poursuit dans son élan. La violation de la Constitution est aujourd’hui avérée avec le report des élections au-delà de l’année 2016 et le maintien en place de Joseph Kabila malgré la fin de son deuxième et dernier mandat. Clairement, la souveraineté a été confisquée au peuple.

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Enfin, cette minorité au pouvoir n’est pas du tout inquiétée quels que soient par les abus de droits récurrents dont ses membres se rendent coupables : arrestations extra judiciaires, détentions illégales, détournement des deniers publics, corruption. Ils sont intouchables. Ils violent eux-mêmes, en toute impunité, les lois qu’ils sont supposés faire respecter. Ceci plonge le pays dans une insécurité juridique très grave.

Lorsque l’on est face à un tel régime, complètement verrouillé, ne devant sa survie qu’à la violence et à la répression (en hausse[12]) qu’elle exerce sur  la population, le recours à la violence pour s’en défaire est non seulement légitime mais devient une question de responsabilité. Comme le dit si bien Muller : « celui qui se soumet à une loi injuste porte une part de la responsabilité de cette injustice[13]. »

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1793 indique que : « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs[14] ». Ne sommes-nous pas arrivés à un moment de notre Histoire où la question de la survie de notre nation ou de sa refondation se pose avec acuité ?

Le peuple congolais a aujourd’hui et plus que jamais le devoir de désobéir à la tyrannie d’un groupuscule au pouvoir. C’est d’autant plus vrai que le système est verrouillé, que les moyens pacifiques de contestation deviennent anachroniques et que la répression violente des droits et libertés ne s’impose plus aucune limite.

Le peuple congolais a la responsabilité de protéger sa liberté, sa souveraineté et ses droits de la folie d’une minorité violente et tyrannique.

Le peuple congolais est à la croisée des chemins entre un ordre ancien vicié et un ordre nouveau à inventer pour son bonheur et pour celui des générations futures.

A propos de cet ordre nouveau, M. Robespierre disait ceci :  « Nous voulons substituer, dans notre pays : la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, les charmes du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant et heureux à un peuple aimable, frivole et misérable. »

Didier  KAMIDI  OFIT

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[1] Petit traité de désobéissance civile, Chloé Di Cintio, p.10

[2] http://www.congonline.com/Forum1/Forum01/Kabambi01.htm

[3] http://www.globalr2p.org/media/files/au-peace-and-security-drc.pdf

[4] Larousse

[5] Galtung, J. (1969). « Violence, peace and peace research ». Journal of Peace Research

[6] http://alohanews.be/politique/les-omd-en-rdc-quels-progres-lapproche-2015

[7] http://hdr.undp.org/fr/countries/profiles/COD

[8]http://afrique360.com/2015/06/09/classement-2015-des-pays-les-plus-corrompus_60484.html

[9] Robespierre, la probité révoltante. C. Obligi, p. 108

[10] http://www.legrandsoir.info/30-000-bombes-60-000-morts-une-sacree-mission-humanitaire-counterpunch.html

[11] http://www.voicesofyouth.org/fr/posts/r-d–congo—la-loi-sur-les-26-provinces-r-jouit-et-divise—
[12] http://cd.one.un.org/content/unct/rdc/fr/home/actualites/CPTestX211.html

[13] Muller (J-M), Stratégie de l’Action non-violente, op. cit., p.64

[14] Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793, art. 35

RDC – Perspectives politiques 2016 : Des clés pour comprendre.

RDC – Perspectives politiques 2016 :     Des  clés pour comprendre.

A mesure que les jours avancent, la situation de mon pays, la République Démocratique du Congo, reste très incertaine et la tension de plus en plus palpable.

L’année 2016, année électorale, devait pourtant être, on le pensait, une année de fête. En effet, pour la première fois dans notre histoire post coloniale, la transition démocratique à la tête du pays aurait pu être pacifique et crédible.  C’est le cas dans tous ces pays qui ont fait le choix de tourner définitivement le dos à la dictature, au pouvoir d’un seul homme ou d’un groupe d’hommes, pour accepter les vertus du respect de la Constitution, seule garante de paix et de stabilité au long terme.

Pour ceux qui ne suivent pas de près -ou qui ne suivent plus- la saga politique congolaise car désespérés ou épuisés, je vais tenter à travers ces lignes de brosser un tableau assez succinct de la situation.

La lecture que je vous propose modestement se penchera sur différents points qui serviront de repères afin d’essayer de comprendre le difficile chemin que notre peuple traverse pour son émancipation.

Après un bref aperçu des manifestations qui ont secoué la vie politique congolaise depuis 2012, je me risquerai à un résumé de la situation politique actuelle, avant de dire un mot de l’opposition politique, des dates importantes à venir, du dialogue national, de la jeunesse en rupture avec la classe politique et enfin des issues possibles pour Joseph Kabila. 

De manière volontaire, et pour ne pas alourdir la lecture, je n’aborderai ni les questions et enjeux sécuritaires, ni le volet économico-financier de la RDC.

C’est parti ! 

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BREF APERCU DES MANIFESTATIONS ORGANISEES depuis 2012 par l’opposition et la société civile congolaise

 

  • 16 février 2012 : commémoration du 20è anniversaire de la « Marche des chrétiens » qui avait été réprimée dans le sang par Mobutu en 1992. Dispersion violente par la police à coup de gaz lacrymogène face à une population qui dénonce des résultats électoraux de 2011 non conformes à la vérité des urnes.
  • 16 février 2013 : commémoration du 21è anniversaire de  la « Marche des chrétiens » de 1992. Population dispersée violemment par la police.
  • 13 août 2013 : journée ville morte à Goma, organisée par la société civile pour faire pression sur les FARDC, le gouvernement et la MONUSCO pour que des actions soient menées contre le M23 et autres groupes armés qui sévissent dans les Kivus.
  • 04 août 2014 : mobilisation de la population par l’opposition à la place Ste Thérèse de Ndjili contre la révision de la Constitution qui pourrait permettre à Kabila de se présenter pour un 3è mandat.
  • 27 septembre 2014 : marche de l’opposition à Kinshasa contre la modification de la Constitution. Mobilisation moyenne.
  • Janvier 2015 : Manifestations dans plusieurs villes de la RDC contre un projet de loi portant révision de la Constitution. Répression sanglante et tire à balles réelles par la police. Bilan officiel très lourd :  42 morts au-moins !
  • 24 avril 2015 : répression violente d’une marche pacifique de l’UDPS organisée à Kinshasa et à Mbuji-Mayi.
  • 15 septembre 2015 : Meeting de l’opposition, place Ste Thérèse de Ndjili pour sensibiliser la population au respect de la Constitution.
  • 16 février 2016 : Journée ville morte en commémoration au « Massacre des chrétiens » de 1992 à l’appel de la société civile. L’occasion de dire NON à un retour à la dictature en RDC. Succès incontestable.
  • 25 avril 2016 : Manifestation organisée par l’opposition dans plusieurs villes pour la tenue des élections en 2016 et l’alternance politique. A Lubumbashi, la police fait usage des gaz lacrymogènes sur les manifestations.
  • 26 mai 2016 : Marche organisée par l’opposition politique contre le régime Kabila. Répression policière violence. Bilan : un mort, plusieurs blessés et nombreuses arrestations.

 


SITUATION POLITIQUE ACTUELLE :

D’où vient-on et où va-t-on ?

 

 Pour dire les choses simplement, la situation politique n’a cessé de se dégrader depuis la fin du règne de Mobutu. Dès cette période, la classe politique congolaise a poursuivi sa longue marche vers tout ce qu’il y a de pervers et d’égoïste en politique : la course à l’intérêt personnel, la lutte pour le pouvoir à tout prix au mépris du bien-être des populations des villes et des campagnes, le mensonge, le vol, le clientélisme, …

Après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, Joseph Kabila sera catapulté en 2001 à la tête du pays, à la surprise générale des congolais et sous la bénédiction de la Communauté Internationale. Motif : éviter le chaos !

En 2006, le pays se dote d’une nouvelle Constitution qui vient mettre un terme à des années de conflits. Dans cette Constitution seront inscrites, clairement, sans détour et de manière consensuelle, les lois devant conduire la Nation congolaise vers la stabilité, la paix et la démocratie.

L’année 2006 est l’année des premières élections dites « libres et démocratiques » en RDC. La crédibilité des résultats sera néanmoins remise en question et des violences meurtrières éclateront à Kinshasa entre les forces loyales à Jean Pierre Bemba et celles loyales à Joseph Kabila. La suite est connue : Kabila au pouvoir, Bemba en prison à La Haye.

En 2011, après une subtile modification de la Constitution par le régime Kabila, le processus électoral sera unanimement qualifié de chaotique et débouchera sur des résultats non crédibles en ce qui concerne la présidentielle et les législatives. Par ailleurs, ce processus ne s’est jamais achevé car les élections sénatoriales, provinciales et locales ne seront, à ce jour, jamais organisées.

2012 est l’année donne un prélude du blocage politique qui va courir durant toute la nouvelle législature. Les résultats non crédibles de la présidentielle ont fini d’enlever à Joseph Kabila le peu de légitimité gagné lors des élections de 20016. On parle à ce moment d’un président « mal réélu ». Kabila se retrouve dans une position très inconfortable avec l’UDPS, premier parti d’opposition, rejetant sa victoire. Etienne Tshisekedi, son leader historique, s’auto proclame « président élu ».

La société se polarise davantage entre les anti et pro Kabila. La législature est plombée par cette crise politique qui rend impossible la réalisation de véritables projets sociaux. Pour tenir face à la contestation, le régime opte pour le contrôle de tout l’appareil étatique : la Majorité Présidentielle prendra le contrôle du Parlement, le gouvernement est piloté par un ténor du parti présidentiel, la Cour Constitutionnelle se verra confiée à des magistrats dont les jugements ne manquent de poser la question de l’impartialité de la justice, l’armée et la police seront entre les mains des fidèles de Joseph Kabila. Les médias ne sont pas en reste : l’information est contrôlée, filtrée voire déformée. La désinformation permanente s’érige en principe médiatique.

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En 2013, pour sortir de cette crise post électorale, seront organisées les Concertations nationales en vue de « renforcer la cohésion nationale ». Malheureusement, la mise en œuvre de ses recommandations restera largement incomplète et inachevée à ce jour.

En 2014, Etienne Tshisekedi est évacué à Bruxelles pour des soins médicaux. Son état de santé fragile laisse planer le doute sur sa survie ou mieux sur ses capacités à demeurer le leader de l’UDPS. Son parti se déchire dans une lutte d’influence qui entachera sérieusement sa crédibilité et sa popularité.

L’année 2015 marquera l’entrée en zone de turbulences pré électorales pour 2016 !

Janvier 2015, la population descend dans la rue pendant près d’une semaine dans plusieurs villes pour s’opposer à projet de loi pouvant ouvrir la voie à une modification de la Constitution. Elle est essentiellement jeune. La police tirera à balles réelles sur la population. Bilan officiel selon des organismes de Droit de l’Homme : 42 morts ! Le pouvoir recule, le projet sera rejeté dans sa forme litigieuse.

Février 2015, mise sous pression, la commission électorale rendra publique le calendrier électoral. Ce dernier sera rejeté par l’opposition qui le jugera non consensuel, irréaliste, coûteux (environ 1,145 milliards de dollars) et pouvant ouvrir la voie à un probable « glissement » du processus électoral au-delà des délais constitutionnels. En lieu et place, l’opposition demande  la réalisation d’un calendrier plus consensuel, réaliste et conforme aux délais constitutionnels.

Novembre 2015, Kabila convoque un dialogue politique national. Nous y reviendrons.

Remarque : A côté de ces agitations politiques, la situation sociale des populations reste catastrophique. Autrefois épargnés, même les quartiers huppés de la Gombe ou de Ngaliema sont touchées par les coupures intempestives d’eau courantes ou d’électricité. La situation dans les quartiers populaires et dans les provinces est tout simplement dramatique, dans tous les domaines. La population est lasse et  épuisée. Elle n’en peut plus. A l’Est du pays, l’armée peine à rétablir la paix et à désarmer les combattants armés : les massacres des populations civiles se poursuivent, de même que les viols de masse. 


L’OPPOSITION POLITIQUE CONGOLAISE :

Fait-elle encore rêver ?

 

 Difficile de répondre à cette question.

Le moins que l’on puisse dire est que cette opposition n’est pas nécessairement et globalement une opposition idéologique au régime actuel. Elle semble plutôt réactive à la personne ou aux intentions -avouées ou soupçonnées- de Kabila. De ce point de vue, elle pourrait être qualifiée de contextuelle. A quelques rares exceptions près, la plupart des opposants sont d’anciens alliés de Joseph Kabila. Ils lui ont permis de remporter certaines circonscriptions électorales en 2006 et 2011, ont fait allégeance à sa famille politique, ont soutenu les résultats peu crédibles voire non crédibles des scrutins de 2006 et 2011 ayant conduit à sa désignation comme président de la République du Congo avant de le quitter pour « divergence de vue », à mesure que le navire sombrait. Ils ont participé, activement ou passivement, au recul démocratique dans notre pays, à ériger Kabila en autocrate et à la mauvaise gouvernance qui a conduit à l’aggravation des conditions de vie de nos populations.

Décembre 2010 : Vital Kamerhe, co-fondateur et ancien secrétaire général du PPRD (parti de Kabila), ancien président de l’Assemblée Nationale,  quitte le parti présidentiel et crée l’UNC, parti d’opposition.

Septembre 2015 : les présidents de 7 partis de la Majorité Présidentielle quitte le navire et créent le G7, une plate-forme politique opposée à « toute tentative de prolongement du deuxième et dernier mandat constitutionnel » de Joseph Kabila. Il s’agit de : Charles Mwando Simba, Kyungu Wa Kumwanza, Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, Olivier Kamitatu, José Edundu et Dany Banza. Bien que cette prise de position soit courageuse, nous pouvons néanmoins nous interroger sur sa motivation qui ne remet pas en question la gestion déplorable de la Nation par la Majorité Présidentielle mais uniquement la volonté de Kabila de s’accrocher au pouvoir.

Septembre 2015 : le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, quitte le parti présidentiel, le PPRD. Quelques jours plus tard, il rejoindra le G7 qui le présentera comme « son » candidat pour les présidentielles 2016.

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De son côté, l’UDPS aura brillé depuis 2014 par son incapacité à s’élever au-dessus de guerres de succession liées à la maladie d’E. Tshisekedi. Le parti a offert un affligeant spectacle d’absence de ligne de conduite, de contradictions dans ses décisions politiques et de flagrant déficit de stratégie. Les errements de l’UDPS ont eu un impact négatif sur la crise de ces dernières années.

Le dénominateur commun entre les principaux partis politiques d’opposition en RDC étant le départ de Joseph Kabila au terme de son second et dernier mandat en décembre 2016, ces  partis et la société civile vont désormais tenter d’unir leurs forces pour un objectif unique : l’alternance politique en 2016. Plusieurs rencontres vont avoir lieu. Parmi les plus importantes médiatisées d’entre elles, il y a la rencontre de Gorée au Sénégal entre la société civile congolaise et les partis d’opposition en décembre 2015 et le conclave de Genval réunissant une large part de l’opposition congolaise en juin 2016 en Belgique.

Si il est légitime de douter à ce stade que la motivation véritable de ces acteurs politiques de l’opposition congolaise est le bien-être des populations, l’amélioration des conditions de vie et la bonne gouvernance, je reconnais néanmoins que leurs prises de position contre un troisième mandat de Kabila, en dépit des dangers encourus, est très courageuse. Si l’alternance se confirme fin 2016-début 2017, le revirement contextuel de ces hommes aura d’une certaine manière participé à consolider notre fragile démocratie qui se construit sur la Constitution de 2006.


DATES IMPORTANTES A VENIR

 

  • 31 juillet 2016 : Meetings de l’opposition dans plusieurs villes du pays. La particularité de ces meetings est à trouver dans l’unité de l’opposition, un fait rare depuis l’époque Mobutu. Souvenez-vous de l’Union Sacrée de l’Opposition et Alliés (USORAL).
  • 19 septembre 2016 : Convocation par la CENI de l’élection présidentielle conformément aux prescrits constitutionnels. Date jugée incontournable par la société civile et les parties d’opposition.
  • 20 décembre 2016 : Fin du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila, conformément aux prescrits constitutionnels.

LE DIALOGUE NATIONAL :

Gagne temps ou porte de sortie de crise ?

 

Novembre 2015, Kabila convoque un dialogue politique national, sous la co-modération majorité-opposition, et dont les travaux auront pour objectif l’organisation d’un processus électoral apaisé, complet, inclusif, crédible et conforme aux standards internationaux et sur toutes les questions connexes au processus électoral. Cette convocation qui n’évoque ni la fin du mandat de J. Kabila ni le respect des délais constitutionnels ne rencontrera pas l’assentiment d’une bonne partie de l’opposition. Suspicieuse à l’égard des intentions réels de Kabila, l’opposition rejette en bloc cette invitation.

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En 2016, les lignes vont pourtant bouger.

En effet, l’opposition sera tiraillée entre le « non » intransigeant de l’UNC et du MLC et le « oui mais » de l’UDPS, favorable à un dialogue conforme à l’esprit de la  résolution 2277 de l’ONU qui insiste sur l’organisation des élections présidentielle et législatives dans un processus libre et crédible,  respectant la Constitution. C’est dès ce moment que l’opposition sera mise sous pression par la rue et la société civile pour  faire front face à ce nouveau casse-tête : faut-il aller au dialogue ou pas ? Si oui, n’est-ce pas  prendre le risque que Kabila ne prolonge son mandat au-delà de décembre 2016 ? Si non, la pression de la rue suffira-t-elle à provoquer l’alternance ? Il faudra attendre plusieurs mois avant que l’opposition n’harmonise sa position et la scelle lors du Conclave de Genval de juin 2016. L’unité des forces acquises au changement politique et à l’alternance en RDC est retrouvée : cap sur le dialogue tel que proposé par l’UDPS !

Interrogeons-nous à présent sur le rapprochement spectaculaire entre  le G7 conduit par M. Katumbi et l’UDPS de Tshisekedi.

Depuis le Conclave de Genval, il règne une entente presque parfaite entre ces deux groupes politiques. Il y a certainement dû avoir des négociations et accords bilatéraux. Mais lesquels ?  Mon hypothèse (très spéculatif) est la possibilité d’un deal dans lequel les deux leaders se soutiennent mutuellement : Katumbi soutenant la présidence de Tshisekedi (père ou fils) pour une transition après le 20 décembre 2016 et l’UDPS soutenant la candidature de Katumbi comme successeur de Kabila à la tête de l’Etat, peut-être avec Félix Tshisekedi héritant d’un gros porte feuille du futur gouvernement. Wait and see…

Par ailleurs, qu’en est-il de la solidité des alliances de Genval ? Elles sont par principe avant tout circonstancielles et souffrent de facto de fragilité intrinsèque. Les partis politiques d’opposition auront-ils la maturité suffisante pour placer l’intérêt suprême de la Nation en priorité lorsqu’apparaîtront les premières tensions ? A quand la fragmentation ? 


LA JEUNESSE CONGOLAISE

Sans perspectives, elle choisit  de se prendre en charge

 

A partir de l’année 2010, il souffle du Nord de l’Afrique vers le Sud un vent révolutionnaire. De plus en plus de jeunes, qui ont perdu confiance en la classe politique et à qui les pouvoirs en place ne proposent plus aucune perspective d’avenir, vont oser braver les dictatures. C’est le cas de la Tunisie, de l’Egypte ou du Yémen.

En janvier 2011 est créé au Sénégal le mouvement citoyen « Y en a marre » qui empêchera le président A. Wade de s’accrocher au pouvoir en se présentant pour un troisième mandat.

Au Burkina-Faso, le collectif « Balai citoyen » est créé en 2013 et réussira, avec les partis d’opposition, à mener un soulèvement populaire qui chassera le dictateur B. Compaoré, 27 ans au pouvoir.

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En RDC, dès 2013 deux collectifs de jeunes ont également décidé d’éveiller les consciences populaires à réclamer ses droits et à dénoncer son ras-le-bol face à cette crise qui dure des décennies et qui n’offre aucune perspective . Il s’agit du mouvement FILIMBI (sifflet en swahili) et LUCHA (lutte pour le changement). Très tôt, les autorités politiques entreprendront de briser ces mouvements. A cet effet, le 15/03/2015, la présentation officielle du mouvement FILIMBI sera brutalement interrompue par l’intervention de la police. A ce jour, plusieurs jeunes activistes sont en prison parmi lesquels Fred Bauma et Yves Makwambala,  inculpés et accusés d’appartenance à une association formée dans le but d’attenter aux personnes et aux biens ; d’avoir comploté contre la vie ou contre la personne du Chef de l’Etat ; et d’avoir tenté de détruire ou de changer le régime constitutionnel, ou d’avoir incité des personnes à s’armer contre l’autorité de l’Etat. Une commission parlementaire avait pourtant récusé le caractère  terroriste de l’action de leur action.

Une telle jeunesse, livrée à elle, en rupture avec les autorités politiques et en désespérance peut malheureusement faire basculer le pays tout entier dans une instabilité et dans une violence sans précédent. Il est plus que temps que des réponses soient apportées à ses attentes légitimes et à ses droits fondamentaux : manger, étudier, travailler, fonder une famille, s’épanouir, se soigner …


AVENIR DE KABILA :

Par quelle porte entrer dans l’Histoire ?

 

A mesure que l’on approche de la date fatidique du 20 décembre 2016, la situation devient des plus intenables pour Joseph Kabila qui reste extrêmement silencieux sur ses intentions de quitter ou non son poste présidentiel à la fin du mandat constitutionnel. Par ailleurs, les déclarations des ténors de sa famille politique, la réduction de l’espace médiatique, les répressions policières violentes sur les manifestants depuis 2012, les intimidations des journalistes, les arrestations des activistes de la société civile et des opposants politiques, la prise de contrôle de l’appareil judiciaire comme instrument de contrainte font craindre à nombre d’observateurs un durcissement du régime, tendant ne pas lâcher le pouvoir.

Il y a quelque mois encore, lorsque l’opposition était moins soudée, Kabila aurait pu choisir de préparer les élections dans un processus respectant les délais constitutionnels et préparer un dauphin à sa suite. Ce scénario aurait probablement permis à la Majorité Présidentielle de conserver le pouvoir dans un processus apaisé, respectant la Constitution  et porteur d’un minimum légitimité. Dans un tel cas de figure, le pouvoir actuel aurait épargné à la nation une crise politique d’une telle ampleur. La suite est connue, ce scénario n’a pas été privilégiée et la Majorité Présidentielle a perdu au fil du temps des poids lourds de sa famille politique : M. Katumbi, les  leaders du G7, etc.

En interne, la rue et l’opposition grondent. Face à une situation de crise sociale dont on ne voit plus l’issue, la population n’en peut plus. Kabila n’a pas réussi à améliorer les conditions de vie. L’accès à l’eau (26% de la population), à l’électricité (15% de la population) et aux soins de santé restent extrêmement difficiles. Le chômage des jeunes explosent (65% de la population), et l’Etat n’offre aucune perspective : c’est la déprime. Ces jeunes  qui s’informent sur les réseaux sociaux n’attendent qu’une étincelle pour que l’expression de leur ras-le-bol ne se traduise par des violences sociales sanglantes dont on ne saurait prévoir l’ampleur. Et toutes les provinces du pays sont concernées.

Au niveau sécuritaire, la situation à l’Est reste fragile. Les massacres  se poursuivent, notamment autour de la ville de Béni où plus de 500 personnes ont été tuées depuis 2014. Plusieurs dizaines de groupes armés sévissent toujours dans la région. On le voit, ça grogne dans l’opposition et dans la rue, à l’image des slogans évoqués lors des manifestations pour le respect de la Constitution et pour l’alternance.

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En externe, l’Union Africaine a fait le choix de vouloir régler la question congolaise « entre africains ». Lorsque l’on observe la gestion de la crise burundaise, le passage en force de Denis Sassou Nguesso, les élections en Ouganda et la modification constitutionnelle au Rwanda, les congolais dans leur majorité n’ont plus grande confiance en cette institution : l’Union Africaine.

La « communauté internationale » (Etats-Unis, la Belgique, la France et l’ONU), à intensité diverse, fait « officiellement » pression  sur Kabila pour qu’il y ait enfin une alternance démocratique en RDC, conforme à la résolution 2277 de l’ONU. Il est certain que sa prise de position cherche à atteindre les objectifs suivants : la sauvegarde de ses intérêts en RDC par rapport notamment la Chine, l’accès aux matières premières, la stabilité régionale et pourquoi pas continuer à exercer un contrôle permanent sur la politique interne de la RDC. « Déposer » Kabila et investir Katumbi paraît à mes yeux une manière d’atteindre les objectifs ci-haut cités tout en atténuant la pression sociale en interne, c’est-à-dire en offrant aux RD Congolais une situation « alternative-like ».

Quelles issues pour Joseph Kabila à ce stade selon mon analyse ?

  • le « glissement » sans le dialogue politique incluant opposition et société civile. Ce qui s’apparenterait à un coup de force. Mais difficilement tenable à court et moyen terme.
  • le « glissement » avec le dialogue politique incluant opposition et société civile. Dans ce cas de figure, en échange d’un processus électoral crédible et apaisé, l’opposition et la société civile acceptent une transition avec Kabila pour une durée déterminée. Mais difficile d’en convaincre la population qui n’a qu’un mot à la bouche : ALTERNANCE !
  • l’insurrection populaire généralisée avant ou au-delà du 20 décembre. Imprévisible mais pas impossible. 
  • le coup d’état. Toujours possible dans un pays où l’armée, instrumentalisée, pèse lourd dans le jeu politique interne.
  • l’assassinat du « président ».

Dans un récent rapport de l’IFRI (think tanks français traitant de grandes questions internationales),  Kris Berwouts imagine trois scénarios possibles pour la RDC.

Le moins que l’on puisse, c’est que la fin 2016 et le début 2017 seront des plus incertains en ce qui concerne la consolidation de la démocratie en RDC et la stabilité politique du pays.

Didier Kamidi Ofit

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(photo du volcan Nyiragongo, Est de la RDC)

RD CONGO : La Majorité Présidentielle a-t-elle pris en otage le processus électoral congolais ?

RD CONGO : La Majorité Présidentielle a-t-elle pris en otage le processus électoral congolais ?

« Si on confie le pouvoir à des hommes faibles ou ignorants, il s’en suivra comme une confusion générale car une telle exaltation les rend frivoles et orgueilleux et les prive du faible entendement qu’ils possédaient auparavant. » 

 « Les origines idéologiques de la  Révolution  américaine » de Bernard Bailyn


 

Introduction

Il est assez déconcertant de constater la légèreté avec laquelle les acteurs politiques au pouvoir en République Démocratique du Congo traitent les questions sensibles d’intérêt général dont dépendent pourtant la survie du Congo en tant que Nation : le respect de la Constitution, la sécurité nationale, l’intégrité territoriale, la souveraineté nationale, la protection des civiles, le respect des droits et libertés fondamentales,  etc.

Et pourtant, au-delà des mots, ces notions sont le fruit d’une histoire et d’un passé  de luttes et de sacrifices de plusieurs générations de fils et de filles de ce pays.

En effet, les congolais ont payé un lourd tribu pour arracher le droit de s’auto déterminer en tant que peuple : l’indépendance. Ces luttes ont commencé dès le lendemain de l’arrivée de ceux qu’on a appelé les « grands explorateurs » autour des années 1482. Elles se sont poursuivies pendant la traite négrière et ont traversé toute la période coloniale. A propos de cette période coloniale congolaise (1885-1960) dont les manuels scolaires congolais n’enseignent pas grand chose, il est important de faire remarquer que les congolais ne furent pas de dociles victimes du colonisateur belge. Plusieurs révoltes contre l’occupation belge ont émaillé cette période. La révolte des Pende en est une. Elle dura un peu plus de trois mois, soit de fin mai à la mi septembre 1931 et fit plusieurs centaines de morts.  Entre 1958-1960, le ras-le-bol congolais face aux colons est de plus en plus  marqué. Plusieurs manifestations, parfois violentes, accompagnées d’arrestations, vont conduire finalement à l’indépendance. Une indépendance très vite torpillée avec notamment l’assassinat de Patrice Lumumba et l’étouffement des aspirations nationalistes congolaises. A propos de cette terrible page de l’histoire congolaise,  Ludo De Witte écrit dans son livre intitulé « L’assassinat de Lumumba » que la rébellion nationaliste congolaise et sa répression a coûté la vie à près de 300 blancs et plus de 200.000 congolais. Tout porte à croire qu’il y a eu un plus grand nombre de vies humaines sacrifiées.

Après l’indépendance, ce fut l’époque Mobutu, le maréchal tout-puissant. Durant ces trente années de règne, les tortures, les enlèvements, les meurtres et assassinats, les répressions et les privations de liberté furent encore le lot des congolais. Cependant, la lutte interne pour la démocratie, concomitante à une conjoncture internationale nouvelle après la chute du mur de Berlin, conduira à la proclamation du multipartisme et à la fin du parti unique, parti Etat.

Depuis l’époque des Kabila, la nation congolaise fait ses premiers pas dans l’ère de la légitimation du pouvoir en conformité avec le droit. C’est ainsi que furent organisées en 2011 les dernières élections présidentielles et législatives de la RDC, dans un processus électoral par ailleurs inachevé à ce jour.


Vers le fait accompli  ?

La crise autour du processus électoral actuel semble lentement nous mener vers deux terribles constats, à savoir :

  • L’impossibilité de conduire à son terme le processus électoral complet dans les délais imposés par la Constitution de la République ;
  • L’impossibilité de conduire à terme un processus électoral partiel, portant sur les élections présidentielles et législatives, si celui n’est pas effectivement lancé avant le délai minimal au-delà duquel son organisation deviendrait tout simplement impossible pour le mois de Novembre 2016.

Au lendemain des élections chaotiques de novembre 2011 et face à la crise de légitimité qui s’en est suivie, des voies de sortie de crise avaient été proposées et adoptées dans l’espoir de faire de  2016 l’année de la continuité sur le long chemin de la démocratisation et de la pacification de la RDC. Il fallait à tout prix éviter au pays une nouvelle crise qui polariserait davantage la société congolaise, bloquerait le bon fonctionnement des institutions, mettrait à mal la réalisation des réformes sociales d’envergure et polluerait   la vie politique durant près de 5 ans.

Malheureusement, malgré les recommandations des acteurs politiques, sociaux et ecclésiastiques de la RDC, et malgré les appels des partenaires étrangers, l’inconscience ou l’irresponsabilité -ou les deux à la fois- de ceux qui nous gouvernent semblent nous conduire tout droit vers un échec prévisible aux conséquences incalculables pour la Nation. En mettant en oeuvre toute sorte de manoeuvres distractives, ces personnes semblent nous mener vers le fait accompli : pas d’élections en 2016 !

Cette Constitution que d’aucuns semblent déterminés à violer d’une manière ou d’une autre, légalement ou illégalement,  est pourtant un formidable outil à notre disposition, fruit de discussions et de consensus,  pour sortir le pays du cycle des crises à répétition qui l’enlisent depuis des décennies et pour nous aider à bâtir une véritable Nation. Son esprit, sa raison d’être et son essence se résument dans ses premières lignes :

« Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la République Démocratique du Congo est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des Institutions et de leurs animateurs.

Cette contestation a pris un relief particulier avec les guerres qui ont déchiré le pays de 1996 à 2003.

En vue de mettre fin à cette crise chronique de légitimité et de donner au pays toutes les chances de se reconstruire, les délégués de la classe politique et de la Société civile, forces vives de la Nation, réunis en Dialogue intercongolais, ont convenu, dans l’Accord Global et Inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002, de mettre en place un nouvel ordre politique, fondé sur une nouvelle Constitution démocratique sur base de laquelle le peuple congolais puisse choisir souverainement ses dirigeants, au terme des élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles. »

La Majorité Présidentielle a juré de garder le pouvoir.

La Majorité Présidentielle est un groupement politique constitué d’une constellation de partis politiques gravitant autour de Joseph Kabila et de son parti : le PPRD. C’est une sorte d’alliance hétéroclite et opportuniste dans laquelle les intérêts politiques côtoient les intérêts purement pécuniaires. La Majorité Présidentielle contrôle, infiltre ou soudoie toutes les institutions du pays. La justice n’est pas en reste. Son « indépendance » peut par moment laisser songeur.

En dépit des échecs de ses tentatives de modifier la Constitution du pays pour permettre à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat, acculée et pointée du doigt, la Majorité Présidentielle évoque aujourd’hui la nécessité d’un dialogue devant permettre une sortie de crise (créée de toute pièce par elle-même). Parallèlement à cette sollicitation à aller vers un dialogue national inclusif, elle continue cependant à envoyer des signaux qui ne rassurent guerre ni les partis d’opposition, ni la société civile.

La Majorité Présidentielle reste très fidèle à sa logique : conserver le pouvoir et si possible maintenir Kabila au pouvoir au-delà des termes prescrits par l’actuelle Constitution. Il y a fort à parier qu’elle ira jusqu’au bout de cette logique qui l’emprisonne tous les jours davantage et la rend détestable par la majorité des congolais des villes comme des campagnes. Elle devient ainsi un  danger pour la Nation en ce sens qu’elle met à mal tous les acquis des luttes congolaises contre l’occupation, la dictature, les guerres, etc.

 

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Entre le 17 et le 21 janvier 2015, la population congolaise s’est levée pour faire barrage à la tentative du régime Kabila de modifier la Constitution. Les manifestations qui eurent lieu furent réprimés très violemment, faisant près de 42 morts et de centaines de blessés. Kinshasa, Goma et Bukavu furent concernés. Ce tweet du Président de l’Assemblée Nationale du Congo témoigne des limites que le régime peut transgresser.

 

Faire partie de la Majorité Présidentielle, c’est  s’aligner derrière le chef : Joseph Kabila. Au sein de la  famille politique, on se soutient mutuellement, on protège le bien le plus précieux que l’on ait acquis : le pouvoir ! Détournements, pots de vin, manipulations et enrichissements illicites font parties des pratiques courantes. Majoritaire au Parlement et au Sénat, elle le contrôle le pouvoir législatif. L’administration ainsi que les entreprises de l’Etat n’échapperaient pas non plus à son influence.

Après le chaos  de 2011 qui avaient entaché  la crédibilité de tout le processus électoral, l’Opposition exige désormais pour 2016 des élections libres, démocratiques, transparentes et crédibles.

Cependant, au fur et à mesure que le temps passe, elle est mise au pied du mur et forcée à reculer sur certaines exigences telles que l’organisation d’élections locales et provinciales,  le recensement général de la population ou la révision  du fichier électoral.

Cette opposition essaie de se faire entendre malgré des faiblesses qui la fragilisent et l’empêchent de mener des actions percutantes :

  • La multitude d’acteurs plus ou moins charismatiques ;
  • L’arrivée de nouveaux « opposants » circonstanciels (G7, Katumbi, …) sur la scène politique ;
  • La multitude d’alliances et de « fronts » qui se font et se défont au gré des intérêts ;
  • La discordance de positionnement parmi des partenaires d’une alliance commune. A titre d’exemple, à propos du dialogue, il y a dans ces « alliances » des partisans du non catégorique, du non mais et ceux du oui !
  • La crise de leadership au sein de l’UDPS et l’inconstance de son discours qui ont des répercussions sur toute l’opposition ;
  • L’absence d’une figure émergente et populaire capable de porter les aspirations de la population ;

Peut-on revenir à la raison ? 

Puisque la Constitution a été adoptée pour sortir le pays des crises politiques récurrentes, mettre fin à une cette crise chronique de légitimité et donner au pays toutes les chances de se reconstruire, il paraît raisonnable que toutes les énergies tendent à sauver cette Constitution. Nous devons apprendre à respecter les textes fondamentaux que nous avons nous même adopter librement.

Les acteurs politiques doivent aujourd’hui  s’atteler à sauver les processus électoral, notamment les élections présidentielle et législatives de 2016 d’une part et d’autre part veiller au respect de l’actuel Constitution.

Le régime montre trois faiblesses qui devraient être des points d’action pour les forces du changement : l’impopularité, l’opportunisme de ses cadres et la peur de perdre le pouvoir. La formidable force de changement que représente le peuple congolais n’est pas pour l’heure capitalisée par l’opposition. Les ingrédients d’un tsunami qui balayerait tout sur son passage sont pourtant là  : pauvreté, crise économique, malaise sociale, chômage des jeunes, lassitude et désespérance.

La Majorité Présidentielle ne négociera que si la panique s’installe dans ses rangs. Les  citoyens doivent oser braver le régime et réclamer leurs droits, continuer à mettre en avant les injustices du système actuel et enfin montrer que ce régime a perdu toute légitimité morale à les diriger. Il faut faire pression. Plus grande sera la conscience populaire aux idéaux de changement, plus importante sera la peur dans le chef de ceux qui nous gouvernent.

Vers quelle sortie de crise au-delà de décembre 2016 ?

Accepter l’idée du dialogue avant fin 2016, c’est légitimer le maintien en place du régime actuel au-delà des termes constitutionnels. Sans dialogue, le régime basculera dans une forme de gouvernance anti constitutionnelle et donc illégitime. L’instabilité politique qui en découlera sera un moyen de pression à faire valoir pour d’ultérieures négociations.

Le « glissement » devrait être considéré comme une déclaration de guerre d’une élite impopulaire au pouvoir  au peuple congolais tout entier. Dès  l’instant où il sera constaté, nous aurons franchi un nouveau palier vers les risques d’instabilité majeure. La Majorité Présidentielle doit être consciente de sa responsabilité engagée face à ce chaos.

Le peuple pourrait par conséquent appliquer l’article 64 de notre Constitution qui stipule que « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».

Si il faut négocier, il faut au préalable déterminer les points non négociables et les points négociables. Les préalables non négociables sont une base indispensable pour rétablir la confiance entre les différents acteurs politiques du pays et permettre une certaine sérénité dans les discussions futures. Pour ma part, en voici quelques idées  :

1. Premier préalable non négociable : une transition sans Kabila

Joseph Kabila n’est plus le Président de la République au delà de décembre 2016, le terme de son mandat étant défini par la Constitution, quoi qu’en pense la Majorité Présidentielle. En tant que garant du respect de la Constitution et des textes de la République, il ne peut ni se dédire, ni  violer la Constitution sous peine de haute trahison. Il a prêté serment devant la Nation.

2. Deuxième préalable non négociable : la démission du gouvernement Matata

Le gouvernement aura échoué dans sa mission à permettre une transition dans le respect des délais constitutionnels et devra prendre ses responsabilités, constater son échec et démissionner.

3. Troisième préalable non négociable : Elections sans Kabila dans une courte échéance.

4. Quatrième préalable : une recomposition de la CENI

5.  Une transition courte dirigée par une personnalité congolaise neutre et reconnue qui ne sera pas candidat à l’élection présidentielle.


Conclusions

Respect de la Constitution, élections libres, nationalisme, intérêt général, dignité humaine et développement  deviennent pour le peuple congolais des idéaux pour lesquelles il est à nouveau  prêt à donner sa vie.

A la suite des révoltes de 1931 ou de celles des années 1960, à la suite du massacre des chrétiens de 1982, ou plus récemment encore à la suite des 42 morts de janvier de 2015 qui dénonçaient la tentative de modifier l’actuelle Constitution, la nation congolaise est résolument engagée dans une dynamique puissante, peut-être encore latente, de changement que nul ne peut arrêter.

Les ingrédients sont en place pour une violente explosion populaire qui emportera le régime actuel.  Personne ne sait ni quand ni comment cela arrivera.

Enfin, le rejet du régime actuel n’est peut-être que l’illustration de quelque chose de plus profond qui se passe dans la société congolaise : une rupture  idéologique qui met en place les éléments de la refondation de la Nation congolaise.


« Pour une nation ainsi abusée, se soulever unanimement et résister à son souverain, voire le détrôner, n’est pas un crime, mais une manière raisonnable de revendiquer ses libertés et ses droits légitimes ; c’est faire usage des moyens – des seuls moyens – que Dieu a mis en son pouvoir pour qu’elle se défende, elle et ses membres. Et il serait hautement criminel que ces derniers n’utilisent pas ces moyens. Ce serait le signe d’une docilité stupide et d’une folie inexplicable que des nations entières supportent qu’un seul homme déraisonnable, ambitieux et cruel se livre à la licence et à des orgies au prix de leur misère. Dans un tel cas, il serait plus raisonnable de supposer plutôt que ceux qui n’auraient pas résisté, et non ceux qui l’auraient fait, seront damnés. »

Discourse, Jonathan Mayhew,  1750

DKO