PARCE QU’IL FAUT REBONDIR !

à la UnePARCE QU’IL FAUT REBONDIR !

[La réflexion ci-dessous est le fruit d’un questionnement du rôle, de la place, de la responsabilité de l’auteur dans « le destin commun du Congo ». L’auteur y a posé la dernière main au matin du 24 octobre 2019. Alors qu’il réfléchissait encore à ce qu’il ferait de cet appel à l’éveil des consciences, des remous sociaux dans l’Est de la République Démocratique du Congo ont poussé la population à s’en prendre à des édifices publics ainsi qu’à la Mission d’Observation des Nations Unies au Congo (Monusco) au cours de la semaine du 25 novembre 2019.

Il était donc temps pour que ce texte soit publié : un rappel à notre responsabilité partagée de porter haut notre destin commun. Ceci n’est pas un texte subversif mais une réflexion d’un congolais qui s’interroge…

Ci-bas, la version courte.]


Amers constats … interrogations sur nos responsabilités individuelles

Citoyennes et citoyens, face à la roue de l’histoire, nous avons deux choix : soit nous plaindre et trouver rapidement des mécanismes de sortie de crise, soit nous complaire et continuer à renforcer notre résilience jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’autres options que l’embrasement. Dans l’un ou l’autre cas, il nous faut nous poser les bonnes questions. A défaut de nous interroger sur le « pourquoi », questionnons le « pourquoi pas » parce qu’en fin de compte, s’agit-il de faire, défaire ou refaire notre histoire ? Sommes-nous les artisans de ce qui nous arrive ? Devons-nous continuer à croire et nous enfermer dans la théorie du complot ? Que faisons-nous pour en sortir ? Que faisons-nous pour nous reconstruire ?

Oui, la Nation est malade : ses fondamentaux ont disparu, taillardés par une classe politique qui, comme dans un pacte avec le diable, a choisi de conduire le peuple dans une impasse plus grande encore qu’il y a quelques mois. Mais quel donc est le regard de ceux qui, comme moi, ont eu pour seul mérite avoir des parents X et étudier dans des conditions Y ? Hélas, certains abdiquent et reprennent la route de l’exode des cerveaux vers l’Occident, le Nord, le Sud, et maintenant l’Orient…

Certains pensent que le silence des kalachnikovs en décembre 2018 est un franc succès ; je suis d’avis contraire. La marmite congolaise bouillonne, encore et encore, au grand dam des moins privilégiés.

Notre humanité a besoin de se réinventer ! Notre pays a besoin d’EXISTER ! Quel Homme congolais voulons-nous être dans 10, 15, 20 ans ? C’est bien de cela dont il s’agit et rien d’autre. Et la réponse est en chacun de nous ! Si nous ne pouvons pas changer les décisions que nous avons prises, nous pouvons changer celles que nous allons prendre.

L’homme congolais a perdu sa route ; il a même perdu sa langue : il titube, il balbutie. En 60 ans, il n’a vécu que sur les marges de son brouillon. Ses tentatives de quitter la marge et embrasser la page sont restées vaines. A plus forte raison, combien plus difficile serait-ce de s’installer sur une copie propre et écrire Son histoire ? Celle d’un peuple épris de paix, de bonheur, d’épanouissement de tous ses citoyens ? Celle d’un rêve unique et singulier, celui partagé par tous et chacun, celui d’un Congo plus beau qu’avant, par tous, pour tous, avec tous ? Prendre en mains ce destin, façonner ensemble ce rêve et jouir de ses fruits, ENSEMBLE !

Certes, cela prendra du temps ! Certes, nous sommes fatigués ! Mais seuls nos efforts viendront à bout de cette impatience, à défaut d’en réduire la longueur ! Et cette fatigue, diantre, est-elle plus forte que notre volonté farouche d’en finir avec « la nation des slogans et du culte de la personnalité » ? Non ! 

Nous sommes l’aujourd’hui, nous sommes le demain, nous sommes l’après-demain de notre mère-patrie, celle que nous lèguerons à nos enfants, à notre postérité pour toujours !

Je sais que le défi est grand, si grand qu’il nous fait peur. Mais « quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur », disait un écrivain (Pierre Augustin Caron de Beaumarchais). A tous, aujourd’hui je demande : N’est-il pas mieux de vivre de remords que de regrets ? N’est-il pas mieux d’additionner nos peurs de l’inconnu pour en faire la force motrice de notre marche vers l’avenir, NOTRE avenir ? 

Nous semblons ne pas voir le bout du tunnel et nos craintes se justifient. Nous doutons de notre potentiel, de notre force à déplacer des montagnes, à défier monts et vaux pour nous imposer comme seuls maitres de notre destin ! Nous avons parfois peur de quitter notre zone de confort dans le cycle tortueux pour nous lancer vers une inconnue qui vaut le détour : celle d’un cercle vertueux.

Combien de temps encore allons-nous nous prélasser dans ces barrières multidimensionnelles cycliques que sont des accords politiques fragiles, contribuant à des schémas classiques de violence institutionnelle et à la faible capacité d’un Etat miné par la corruption tout azimut ?

Combien de temps allons-nous encore tolérer, pis, valser avec cette pauvreté multifasciée, portant dans sa gibecière la faim, que dis-je, la misère la plus exécrable et le manque d’accès aux services sociaux de base ?A cette allure, combien d’entre nous peuvent espérer côtoyer l’ère nouvelle où la croissance économique de notre nation pourra profiter à ceux qui sont le plus dans le besoin, les laissés-pour-compte ? 

Pourquoi ne pouvons-nous pas passer du cycle tortueux à un cercle vertueux ayant pour fondements des changements stratégiques ? Une meilleure connaissance des enjeux de développement devrait alimenter notre vision et se nourrir de la multiplicité complexe de nos connaissances. Une plus grande maitrise des politiques d’exclusion permettrait enfin d’atteindre et vivre ce rêve d’un Congo où le pauvre côtoie le riche sans complexe ni crainte irrationnelle. Se focaliser sur les causes sous-jacentes de notre mal-être afin d’apporter des réponses adaptées et soutenues par des évidences vérifiables nous lancerait sur la voie du succès, pour peu que cela soit associé à la participation citoyenne et à la redevabilité. Et la liste n’est pas exhaustive !

Se relever : un défi impossible ?

Les spécialistes du développement pourraient arguer que nous avons déjà le document stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (le DSCRP), des plans multisectoriels d’urgence, des stratégies d’interventions ciblées, des politiques sectorielles, etc. Combien les connaissent ? combien les comprennent ? quelle génération en consommera les fruits ? Autant de questions que l’on pourrait se poser de bon aloi, de bon droit.

Oui, des initiatives existent déjà. Mais alors, pourquoi en sommes-nous toujours là, à tournoyer comme si notre destin commun eût été décidé des décades avant que nous ne fussions et à notre insu, un destin muselé dans l’enfer d’un tourbillon incessant et si accablant ? Hélas, oui hélas, notre égoïsme nous transforme en « ventriotes pathétiques » prêts à tout, pourvu que les nôtres s’en sortent.

De mon point de vue, il nous faut anticiper, innover et coopérer pour aller de l’avant. Ce, pour peu que nous utilisions la méthodologie des 3 C : connaitre nos problèmes, les comprendre afin de les combattre

Mon adresse de ce jour ne concerne pas ces documents techniques pour lesquelles on pourrait penser que des ressources auraient été plus mobilisées pour leur conception que pour leur application. Rien ne change ou presque. Ce qui me pousse à deux questions supplémentaires :

  • Primo : a-t-on pris en compte les nouvelles dimensions sociologiques, philosophiques, anthropologiques, économiques qui frappent à notre porte ? Je veux dire : la démocratie et les droits humains, la croissance économique et les conditions d’investissements, le changement climatique, l’éradication d’une pauvreté constamment mutante selon les provinces et les contextes, les récentes contraintes qu’imposent la consolidation de la paix et de la sécurité, la migration et la mobilité incessantes des communautés ? Je ne lance point un pavé dans la marre, je nous interroge, tout simplement.
  • Secundo : quel est le socle sur lequel nous comptons poser les fondamentaux de notre renaissance ?

Fort de ces préalables, quelle est notre capacité à anticiper, innover et coopérer pour trouver des solutions durables, intégrales et intégrantes, cohésives et constructives, qui ne portent point préjudice aux droits constitutionnels des uns ou des autres ? Sommes-nous plus solidaires dans le mal ou dans le bien ? Sommes-nous prêts à accepter la différence des uns et des autres ?

Préférons-nous être des disciples du moindre effort, des vuvuzelas de nos « icônes » politiques, incapables d’exercer notre sens critique et limités dans notre approche de la diversité idéologique, idéaliste, intellectuelle, communautaire ? Quel est notre vision commune de notre « demain » ?

Je sais que l’histoire de chacun est différente et celle-ci dicte nos agirs et nos dires. Cette histoire dicte même votre perception de mes mots ; c’est parfaitement normal. Et je n’en voudrais pour rien au monde à celles et ceux qui pourraient me prêter des intentions quelconques de moralisateur ou autre. Je n’en suis point ! Je me veux être ce jour cette voix qui vous interpelle et vous rappelle les fondamentaux de notre existence, celle qui vous dit : qui êtes-vous vraiment ?

Je sais que nombreux pourraient penser que je vous plonge dans le débat philosophique de l’existentialisme face au déterminisme. Loin s’en faut ! Mais rien ne vous empêche d’approfondir la question à un autre moment, au gré des vagues : l’essence précède-t-elle l’existence ? L’existence précède-t-elle l’essence ? Mais ça, c’est un autre débat et chacun de nous a une approche particulière en fonction de son histoire. Aujourd’hui, je ne vous parle pas de chacun ; aujourd’hui, je vous parle du « NOUS » !

Le « NOUS » en tant que famille ! Le « NOUS » en tant que voisins ! Le « NOUS » en tant que condisciples et/ou collègues ! Le « NOUS » du quartier, de la commune, de la province. Et enfin le « NOUS » de la mère-patrie ! Mais quelle mère-patrie ?

Croire que le meilleur reste à venir est une chose. Travailler pour cela en est une tout autre, et c’est une responsabilité commune. 

Aujourd’hui, tout le monde se dit important. Tout le monde se croit important. Vous attendez certainement mon avis sur la question. Eh bien, je vais vous répondre : oui, tout le monde a le droit de se dire, de se sentir, mieux de se réclamer important. 

Oui, c’est votre droit de le penser ! C’est mon droit de le penser. Mais important pour qui ? important pour quoi ? C’est là qu’il faut s’arrêter et faire une introspection objective de chacun de nous. Vous êtes tous importants et je le suis autant que vous ! Mais pour qui ? pour quoi ?

Ce qui vibre en nous : le CONGO !

Vous comprenez bien que avoir une réponse objective à une question si subjective n’est pas facile. Alors, que faire si ce n’est de se focaliser sur l’essentiel ? L’essentiel, me direz-vous, est aussi subjectif. Mais de cette subjectivité ressort un élément clé, LA CLE ! Ce qui nous unit, ce qui nous rassemble, ce qui fait de nous ce que nous sommes : le Congo ! Ce Congo, le vôtre, le mien, LE NOTRE !

Ce Congo nouveau que nous cherchons tous mais qui est pourtant là, en chacun de nous : c’est cette fibre du cœur qui nous fait frémir de joie à la moindre victoire des Léopards. C’est cette amertume qui nous plonge dans l’émoi et dans l’effroi lorsque le crépitement des balles et le concert des kalachnikovs remplacent le chant des oiseaux. C’est ce frisson qui nous glace le dos lorsque même la nature semble nous avertir d’un danger imminent…

N’avez-vous jamais constaté qu’au matin des journées dites « mortes », même le temps semble s’arrêter ? Pas de chants de coqs, pas de chiens errants, pas de fous en divagation ? A croire qu’ils se sont passés le mot et font tous la grève ! 

Non, mes amis ! Ces coqs, ces chiens, ces fous ne se sont pas donné le mot. Ils sont juste Congolais, comme vous, comme moi ! Ils ont la fibre du Congo en eux et aussi surprenant que cela paraisse, ils sont autant importants que vous et moi. Ceci pour vous dire que même les éléments de la nature ont leurs mots à dire.

Ceci n’a rien d’une mythologie ; ceci est loin d’être de la philosophie. C’est le constat amer de la réalité confrontée à la vérité : il faut savoir accepter la vérité dans sa triste et continuelle laideur. La vérité est laide, presque toujours, et belle, quelques fois au lever du jour. Qu’y-at-il de mieux entre un mensonge qui fait sourire et une vérité qui fait couler des larmes ? Préfèreriez-vous vivre de et dans la vérité ou vous résilier aujourd’hui plus qu’hier jusqu’à votre dernier soupir ? ». Que faire ?

Quel équilibre trouver entre l’amour de la loi et la loi de l’Amour ? Allons-nous continuer à nous cacher derrière des actes pour Dieu au lieu de nous investir dans des actes de Dieu ? Jusqu’à quand allons-nous être dans le service du peuple sans être au service de ce même peuple ? Comment limiter les effets néfastes du danger de la perception de la vérité ? Comme vous, je m’interroge, j’y pense… 

Non, je n’ai pas réponse à tout : tout Homme est limité, je suis limité. Et c’est bien pour cela, concitoyens, que nous devons être l’un pour l’autre l’élément complémentaire de l’épanouissement individuel, intégral et collectif du nouveau Congo ! Les intelligences sont là et l’expertise aussi. Même celle du plus simplet de nous est un apport certain pour tous. Alors, allons-nous laisser nos peurs nous guider ? Allons-nous laisser nos erreurs perdurer ? Allons-nous plutôt transformer frayeurs en ferveur et sortir de notre apitoiement pour vivre le rêve des martyrs de notre indépendance ? « Qu’est-ce qu’on laisse à nos gosses ? », chantait un artiste. Si la question se pose, une réponse s’impose : Nous sommes l’aujourd’hui ! Nous sommes le demain ! Nous sommes l’après-demain ! Que la lumière qui luit au fond de nous se révèle et nous relève ! 

Comme Saint Augustin d’Hippone, je choisis de « croire en l’Homme, toujours, partout, malgré tout ! ». Et je crois en vous ! Par ailleurs, puissè-je me permettre d’enchâsser une dernière citation du même Augustin : « si Dieu nous a créé sans nous, Il ne pourra pas nous sauver sans nous ! ». Ceci pour vous dire que la mère-patrie ne pourra pas se sauver sans nous ! 

Pour conclure, « Hier n’est plus. Demain n’est pas encore. Nous n’avons qu’aujourd’hui. Mettons-nous à l’œuvre ! », disait Mère Teresa de Calcutta.

Alors, n’ayons crainte : Debout, Congolais !

Maître Rino KAMIDI – Avocat au Barreau de Kinshasa-Matete, RD Congo