RDC – Perspectives politiques 2016 : Des clés pour comprendre.

RDC – Perspectives politiques 2016 :     Des  clés pour comprendre.

A mesure que les jours avancent, la situation de mon pays, la République Démocratique du Congo, reste très incertaine et la tension de plus en plus palpable.

L’année 2016, année électorale, devait pourtant être, on le pensait, une année de fête. En effet, pour la première fois dans notre histoire post coloniale, la transition démocratique à la tête du pays aurait pu être pacifique et crédible.  C’est le cas dans tous ces pays qui ont fait le choix de tourner définitivement le dos à la dictature, au pouvoir d’un seul homme ou d’un groupe d’hommes, pour accepter les vertus du respect de la Constitution, seule garante de paix et de stabilité au long terme.

Pour ceux qui ne suivent pas de près -ou qui ne suivent plus- la saga politique congolaise car désespérés ou épuisés, je vais tenter à travers ces lignes de brosser un tableau assez succinct de la situation.

La lecture que je vous propose modestement se penchera sur différents points qui serviront de repères afin d’essayer de comprendre le difficile chemin que notre peuple traverse pour son émancipation.

Après un bref aperçu des manifestations qui ont secoué la vie politique congolaise depuis 2012, je me risquerai à un résumé de la situation politique actuelle, avant de dire un mot de l’opposition politique, des dates importantes à venir, du dialogue national, de la jeunesse en rupture avec la classe politique et enfin des issues possibles pour Joseph Kabila. 

De manière volontaire, et pour ne pas alourdir la lecture, je n’aborderai ni les questions et enjeux sécuritaires, ni le volet économico-financier de la RDC.

C’est parti ! 

Capture d’écran 2016-07-28 à 00.20.44


BREF APERCU DES MANIFESTATIONS ORGANISEES depuis 2012 par l’opposition et la société civile congolaise

 

  • 16 février 2012 : commémoration du 20è anniversaire de la « Marche des chrétiens » qui avait été réprimée dans le sang par Mobutu en 1992. Dispersion violente par la police à coup de gaz lacrymogène face à une population qui dénonce des résultats électoraux de 2011 non conformes à la vérité des urnes.
  • 16 février 2013 : commémoration du 21è anniversaire de  la « Marche des chrétiens » de 1992. Population dispersée violemment par la police.
  • 13 août 2013 : journée ville morte à Goma, organisée par la société civile pour faire pression sur les FARDC, le gouvernement et la MONUSCO pour que des actions soient menées contre le M23 et autres groupes armés qui sévissent dans les Kivus.
  • 04 août 2014 : mobilisation de la population par l’opposition à la place Ste Thérèse de Ndjili contre la révision de la Constitution qui pourrait permettre à Kabila de se présenter pour un 3è mandat.
  • 27 septembre 2014 : marche de l’opposition à Kinshasa contre la modification de la Constitution. Mobilisation moyenne.
  • Janvier 2015 : Manifestations dans plusieurs villes de la RDC contre un projet de loi portant révision de la Constitution. Répression sanglante et tire à balles réelles par la police. Bilan officiel très lourd :  42 morts au-moins !
  • 24 avril 2015 : répression violente d’une marche pacifique de l’UDPS organisée à Kinshasa et à Mbuji-Mayi.
  • 15 septembre 2015 : Meeting de l’opposition, place Ste Thérèse de Ndjili pour sensibiliser la population au respect de la Constitution.
  • 16 février 2016 : Journée ville morte en commémoration au « Massacre des chrétiens » de 1992 à l’appel de la société civile. L’occasion de dire NON à un retour à la dictature en RDC. Succès incontestable.
  • 25 avril 2016 : Manifestation organisée par l’opposition dans plusieurs villes pour la tenue des élections en 2016 et l’alternance politique. A Lubumbashi, la police fait usage des gaz lacrymogènes sur les manifestations.
  • 26 mai 2016 : Marche organisée par l’opposition politique contre le régime Kabila. Répression policière violence. Bilan : un mort, plusieurs blessés et nombreuses arrestations.

 


SITUATION POLITIQUE ACTUELLE :

D’où vient-on et où va-t-on ?

 

 Pour dire les choses simplement, la situation politique n’a cessé de se dégrader depuis la fin du règne de Mobutu. Dès cette période, la classe politique congolaise a poursuivi sa longue marche vers tout ce qu’il y a de pervers et d’égoïste en politique : la course à l’intérêt personnel, la lutte pour le pouvoir à tout prix au mépris du bien-être des populations des villes et des campagnes, le mensonge, le vol, le clientélisme, …

Après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, Joseph Kabila sera catapulté en 2001 à la tête du pays, à la surprise générale des congolais et sous la bénédiction de la Communauté Internationale. Motif : éviter le chaos !

En 2006, le pays se dote d’une nouvelle Constitution qui vient mettre un terme à des années de conflits. Dans cette Constitution seront inscrites, clairement, sans détour et de manière consensuelle, les lois devant conduire la Nation congolaise vers la stabilité, la paix et la démocratie.

L’année 2006 est l’année des premières élections dites « libres et démocratiques » en RDC. La crédibilité des résultats sera néanmoins remise en question et des violences meurtrières éclateront à Kinshasa entre les forces loyales à Jean Pierre Bemba et celles loyales à Joseph Kabila. La suite est connue : Kabila au pouvoir, Bemba en prison à La Haye.

En 2011, après une subtile modification de la Constitution par le régime Kabila, le processus électoral sera unanimement qualifié de chaotique et débouchera sur des résultats non crédibles en ce qui concerne la présidentielle et les législatives. Par ailleurs, ce processus ne s’est jamais achevé car les élections sénatoriales, provinciales et locales ne seront, à ce jour, jamais organisées.

2012 est l’année donne un prélude du blocage politique qui va courir durant toute la nouvelle législature. Les résultats non crédibles de la présidentielle ont fini d’enlever à Joseph Kabila le peu de légitimité gagné lors des élections de 20016. On parle à ce moment d’un président « mal réélu ». Kabila se retrouve dans une position très inconfortable avec l’UDPS, premier parti d’opposition, rejetant sa victoire. Etienne Tshisekedi, son leader historique, s’auto proclame « président élu ».

La société se polarise davantage entre les anti et pro Kabila. La législature est plombée par cette crise politique qui rend impossible la réalisation de véritables projets sociaux. Pour tenir face à la contestation, le régime opte pour le contrôle de tout l’appareil étatique : la Majorité Présidentielle prendra le contrôle du Parlement, le gouvernement est piloté par un ténor du parti présidentiel, la Cour Constitutionnelle se verra confiée à des magistrats dont les jugements ne manquent de poser la question de l’impartialité de la justice, l’armée et la police seront entre les mains des fidèles de Joseph Kabila. Les médias ne sont pas en reste : l’information est contrôlée, filtrée voire déformée. La désinformation permanente s’érige en principe médiatique.

Capture d’écran 2016-07-28 à 00.15.13

En 2013, pour sortir de cette crise post électorale, seront organisées les Concertations nationales en vue de « renforcer la cohésion nationale ». Malheureusement, la mise en œuvre de ses recommandations restera largement incomplète et inachevée à ce jour.

En 2014, Etienne Tshisekedi est évacué à Bruxelles pour des soins médicaux. Son état de santé fragile laisse planer le doute sur sa survie ou mieux sur ses capacités à demeurer le leader de l’UDPS. Son parti se déchire dans une lutte d’influence qui entachera sérieusement sa crédibilité et sa popularité.

L’année 2015 marquera l’entrée en zone de turbulences pré électorales pour 2016 !

Janvier 2015, la population descend dans la rue pendant près d’une semaine dans plusieurs villes pour s’opposer à projet de loi pouvant ouvrir la voie à une modification de la Constitution. Elle est essentiellement jeune. La police tirera à balles réelles sur la population. Bilan officiel selon des organismes de Droit de l’Homme : 42 morts ! Le pouvoir recule, le projet sera rejeté dans sa forme litigieuse.

Février 2015, mise sous pression, la commission électorale rendra publique le calendrier électoral. Ce dernier sera rejeté par l’opposition qui le jugera non consensuel, irréaliste, coûteux (environ 1,145 milliards de dollars) et pouvant ouvrir la voie à un probable « glissement » du processus électoral au-delà des délais constitutionnels. En lieu et place, l’opposition demande  la réalisation d’un calendrier plus consensuel, réaliste et conforme aux délais constitutionnels.

Novembre 2015, Kabila convoque un dialogue politique national. Nous y reviendrons.

Remarque : A côté de ces agitations politiques, la situation sociale des populations reste catastrophique. Autrefois épargnés, même les quartiers huppés de la Gombe ou de Ngaliema sont touchées par les coupures intempestives d’eau courantes ou d’électricité. La situation dans les quartiers populaires et dans les provinces est tout simplement dramatique, dans tous les domaines. La population est lasse et  épuisée. Elle n’en peut plus. A l’Est du pays, l’armée peine à rétablir la paix et à désarmer les combattants armés : les massacres des populations civiles se poursuivent, de même que les viols de masse. 


L’OPPOSITION POLITIQUE CONGOLAISE :

Fait-elle encore rêver ?

 

 Difficile de répondre à cette question.

Le moins que l’on puisse dire est que cette opposition n’est pas nécessairement et globalement une opposition idéologique au régime actuel. Elle semble plutôt réactive à la personne ou aux intentions -avouées ou soupçonnées- de Kabila. De ce point de vue, elle pourrait être qualifiée de contextuelle. A quelques rares exceptions près, la plupart des opposants sont d’anciens alliés de Joseph Kabila. Ils lui ont permis de remporter certaines circonscriptions électorales en 2006 et 2011, ont fait allégeance à sa famille politique, ont soutenu les résultats peu crédibles voire non crédibles des scrutins de 2006 et 2011 ayant conduit à sa désignation comme président de la République du Congo avant de le quitter pour « divergence de vue », à mesure que le navire sombrait. Ils ont participé, activement ou passivement, au recul démocratique dans notre pays, à ériger Kabila en autocrate et à la mauvaise gouvernance qui a conduit à l’aggravation des conditions de vie de nos populations.

Décembre 2010 : Vital Kamerhe, co-fondateur et ancien secrétaire général du PPRD (parti de Kabila), ancien président de l’Assemblée Nationale,  quitte le parti présidentiel et crée l’UNC, parti d’opposition.

Septembre 2015 : les présidents de 7 partis de la Majorité Présidentielle quitte le navire et créent le G7, une plate-forme politique opposée à « toute tentative de prolongement du deuxième et dernier mandat constitutionnel » de Joseph Kabila. Il s’agit de : Charles Mwando Simba, Kyungu Wa Kumwanza, Pierre Lumbi, Christophe Lutundula, Olivier Kamitatu, José Edundu et Dany Banza. Bien que cette prise de position soit courageuse, nous pouvons néanmoins nous interroger sur sa motivation qui ne remet pas en question la gestion déplorable de la Nation par la Majorité Présidentielle mais uniquement la volonté de Kabila de s’accrocher au pouvoir.

Septembre 2015 : le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, quitte le parti présidentiel, le PPRD. Quelques jours plus tard, il rejoindra le G7 qui le présentera comme « son » candidat pour les présidentielles 2016.

Capture d’écran 2016-07-28 à 08.14.46

De son côté, l’UDPS aura brillé depuis 2014 par son incapacité à s’élever au-dessus de guerres de succession liées à la maladie d’E. Tshisekedi. Le parti a offert un affligeant spectacle d’absence de ligne de conduite, de contradictions dans ses décisions politiques et de flagrant déficit de stratégie. Les errements de l’UDPS ont eu un impact négatif sur la crise de ces dernières années.

Le dénominateur commun entre les principaux partis politiques d’opposition en RDC étant le départ de Joseph Kabila au terme de son second et dernier mandat en décembre 2016, ces  partis et la société civile vont désormais tenter d’unir leurs forces pour un objectif unique : l’alternance politique en 2016. Plusieurs rencontres vont avoir lieu. Parmi les plus importantes médiatisées d’entre elles, il y a la rencontre de Gorée au Sénégal entre la société civile congolaise et les partis d’opposition en décembre 2015 et le conclave de Genval réunissant une large part de l’opposition congolaise en juin 2016 en Belgique.

Si il est légitime de douter à ce stade que la motivation véritable de ces acteurs politiques de l’opposition congolaise est le bien-être des populations, l’amélioration des conditions de vie et la bonne gouvernance, je reconnais néanmoins que leurs prises de position contre un troisième mandat de Kabila, en dépit des dangers encourus, est très courageuse. Si l’alternance se confirme fin 2016-début 2017, le revirement contextuel de ces hommes aura d’une certaine manière participé à consolider notre fragile démocratie qui se construit sur la Constitution de 2006.


DATES IMPORTANTES A VENIR

 

  • 31 juillet 2016 : Meetings de l’opposition dans plusieurs villes du pays. La particularité de ces meetings est à trouver dans l’unité de l’opposition, un fait rare depuis l’époque Mobutu. Souvenez-vous de l’Union Sacrée de l’Opposition et Alliés (USORAL).
  • 19 septembre 2016 : Convocation par la CENI de l’élection présidentielle conformément aux prescrits constitutionnels. Date jugée incontournable par la société civile et les parties d’opposition.
  • 20 décembre 2016 : Fin du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila, conformément aux prescrits constitutionnels.

LE DIALOGUE NATIONAL :

Gagne temps ou porte de sortie de crise ?

 

Novembre 2015, Kabila convoque un dialogue politique national, sous la co-modération majorité-opposition, et dont les travaux auront pour objectif l’organisation d’un processus électoral apaisé, complet, inclusif, crédible et conforme aux standards internationaux et sur toutes les questions connexes au processus électoral. Cette convocation qui n’évoque ni la fin du mandat de J. Kabila ni le respect des délais constitutionnels ne rencontrera pas l’assentiment d’une bonne partie de l’opposition. Suspicieuse à l’égard des intentions réels de Kabila, l’opposition rejette en bloc cette invitation.

Capture d’écran 2016-07-28 à 00.22.18

En 2016, les lignes vont pourtant bouger.

En effet, l’opposition sera tiraillée entre le « non » intransigeant de l’UNC et du MLC et le « oui mais » de l’UDPS, favorable à un dialogue conforme à l’esprit de la  résolution 2277 de l’ONU qui insiste sur l’organisation des élections présidentielle et législatives dans un processus libre et crédible,  respectant la Constitution. C’est dès ce moment que l’opposition sera mise sous pression par la rue et la société civile pour  faire front face à ce nouveau casse-tête : faut-il aller au dialogue ou pas ? Si oui, n’est-ce pas  prendre le risque que Kabila ne prolonge son mandat au-delà de décembre 2016 ? Si non, la pression de la rue suffira-t-elle à provoquer l’alternance ? Il faudra attendre plusieurs mois avant que l’opposition n’harmonise sa position et la scelle lors du Conclave de Genval de juin 2016. L’unité des forces acquises au changement politique et à l’alternance en RDC est retrouvée : cap sur le dialogue tel que proposé par l’UDPS !

Interrogeons-nous à présent sur le rapprochement spectaculaire entre  le G7 conduit par M. Katumbi et l’UDPS de Tshisekedi.

Depuis le Conclave de Genval, il règne une entente presque parfaite entre ces deux groupes politiques. Il y a certainement dû avoir des négociations et accords bilatéraux. Mais lesquels ?  Mon hypothèse (très spéculatif) est la possibilité d’un deal dans lequel les deux leaders se soutiennent mutuellement : Katumbi soutenant la présidence de Tshisekedi (père ou fils) pour une transition après le 20 décembre 2016 et l’UDPS soutenant la candidature de Katumbi comme successeur de Kabila à la tête de l’Etat, peut-être avec Félix Tshisekedi héritant d’un gros porte feuille du futur gouvernement. Wait and see…

Par ailleurs, qu’en est-il de la solidité des alliances de Genval ? Elles sont par principe avant tout circonstancielles et souffrent de facto de fragilité intrinsèque. Les partis politiques d’opposition auront-ils la maturité suffisante pour placer l’intérêt suprême de la Nation en priorité lorsqu’apparaîtront les premières tensions ? A quand la fragmentation ? 


LA JEUNESSE CONGOLAISE

Sans perspectives, elle choisit  de se prendre en charge

 

A partir de l’année 2010, il souffle du Nord de l’Afrique vers le Sud un vent révolutionnaire. De plus en plus de jeunes, qui ont perdu confiance en la classe politique et à qui les pouvoirs en place ne proposent plus aucune perspective d’avenir, vont oser braver les dictatures. C’est le cas de la Tunisie, de l’Egypte ou du Yémen.

En janvier 2011 est créé au Sénégal le mouvement citoyen « Y en a marre » qui empêchera le président A. Wade de s’accrocher au pouvoir en se présentant pour un troisième mandat.

Au Burkina-Faso, le collectif « Balai citoyen » est créé en 2013 et réussira, avec les partis d’opposition, à mener un soulèvement populaire qui chassera le dictateur B. Compaoré, 27 ans au pouvoir.

Capture d’écran 2016-07-28 à 08.20.59

En RDC, dès 2013 deux collectifs de jeunes ont également décidé d’éveiller les consciences populaires à réclamer ses droits et à dénoncer son ras-le-bol face à cette crise qui dure des décennies et qui n’offre aucune perspective . Il s’agit du mouvement FILIMBI (sifflet en swahili) et LUCHA (lutte pour le changement). Très tôt, les autorités politiques entreprendront de briser ces mouvements. A cet effet, le 15/03/2015, la présentation officielle du mouvement FILIMBI sera brutalement interrompue par l’intervention de la police. A ce jour, plusieurs jeunes activistes sont en prison parmi lesquels Fred Bauma et Yves Makwambala,  inculpés et accusés d’appartenance à une association formée dans le but d’attenter aux personnes et aux biens ; d’avoir comploté contre la vie ou contre la personne du Chef de l’Etat ; et d’avoir tenté de détruire ou de changer le régime constitutionnel, ou d’avoir incité des personnes à s’armer contre l’autorité de l’Etat. Une commission parlementaire avait pourtant récusé le caractère  terroriste de l’action de leur action.

Une telle jeunesse, livrée à elle, en rupture avec les autorités politiques et en désespérance peut malheureusement faire basculer le pays tout entier dans une instabilité et dans une violence sans précédent. Il est plus que temps que des réponses soient apportées à ses attentes légitimes et à ses droits fondamentaux : manger, étudier, travailler, fonder une famille, s’épanouir, se soigner …


AVENIR DE KABILA :

Par quelle porte entrer dans l’Histoire ?

 

A mesure que l’on approche de la date fatidique du 20 décembre 2016, la situation devient des plus intenables pour Joseph Kabila qui reste extrêmement silencieux sur ses intentions de quitter ou non son poste présidentiel à la fin du mandat constitutionnel. Par ailleurs, les déclarations des ténors de sa famille politique, la réduction de l’espace médiatique, les répressions policières violentes sur les manifestants depuis 2012, les intimidations des journalistes, les arrestations des activistes de la société civile et des opposants politiques, la prise de contrôle de l’appareil judiciaire comme instrument de contrainte font craindre à nombre d’observateurs un durcissement du régime, tendant ne pas lâcher le pouvoir.

Il y a quelque mois encore, lorsque l’opposition était moins soudée, Kabila aurait pu choisir de préparer les élections dans un processus respectant les délais constitutionnels et préparer un dauphin à sa suite. Ce scénario aurait probablement permis à la Majorité Présidentielle de conserver le pouvoir dans un processus apaisé, respectant la Constitution  et porteur d’un minimum légitimité. Dans un tel cas de figure, le pouvoir actuel aurait épargné à la nation une crise politique d’une telle ampleur. La suite est connue, ce scénario n’a pas été privilégiée et la Majorité Présidentielle a perdu au fil du temps des poids lourds de sa famille politique : M. Katumbi, les  leaders du G7, etc.

En interne, la rue et l’opposition grondent. Face à une situation de crise sociale dont on ne voit plus l’issue, la population n’en peut plus. Kabila n’a pas réussi à améliorer les conditions de vie. L’accès à l’eau (26% de la population), à l’électricité (15% de la population) et aux soins de santé restent extrêmement difficiles. Le chômage des jeunes explosent (65% de la population), et l’Etat n’offre aucune perspective : c’est la déprime. Ces jeunes  qui s’informent sur les réseaux sociaux n’attendent qu’une étincelle pour que l’expression de leur ras-le-bol ne se traduise par des violences sociales sanglantes dont on ne saurait prévoir l’ampleur. Et toutes les provinces du pays sont concernées.

Au niveau sécuritaire, la situation à l’Est reste fragile. Les massacres  se poursuivent, notamment autour de la ville de Béni où plus de 500 personnes ont été tuées depuis 2014. Plusieurs dizaines de groupes armés sévissent toujours dans la région. On le voit, ça grogne dans l’opposition et dans la rue, à l’image des slogans évoqués lors des manifestations pour le respect de la Constitution et pour l’alternance.

Capture d’écran 2016-07-24 à 15.26.42

En externe, l’Union Africaine a fait le choix de vouloir régler la question congolaise « entre africains ». Lorsque l’on observe la gestion de la crise burundaise, le passage en force de Denis Sassou Nguesso, les élections en Ouganda et la modification constitutionnelle au Rwanda, les congolais dans leur majorité n’ont plus grande confiance en cette institution : l’Union Africaine.

La « communauté internationale » (Etats-Unis, la Belgique, la France et l’ONU), à intensité diverse, fait « officiellement » pression  sur Kabila pour qu’il y ait enfin une alternance démocratique en RDC, conforme à la résolution 2277 de l’ONU. Il est certain que sa prise de position cherche à atteindre les objectifs suivants : la sauvegarde de ses intérêts en RDC par rapport notamment la Chine, l’accès aux matières premières, la stabilité régionale et pourquoi pas continuer à exercer un contrôle permanent sur la politique interne de la RDC. « Déposer » Kabila et investir Katumbi paraît à mes yeux une manière d’atteindre les objectifs ci-haut cités tout en atténuant la pression sociale en interne, c’est-à-dire en offrant aux RD Congolais une situation « alternative-like ».

Quelles issues pour Joseph Kabila à ce stade selon mon analyse ?

  • le « glissement » sans le dialogue politique incluant opposition et société civile. Ce qui s’apparenterait à un coup de force. Mais difficilement tenable à court et moyen terme.
  • le « glissement » avec le dialogue politique incluant opposition et société civile. Dans ce cas de figure, en échange d’un processus électoral crédible et apaisé, l’opposition et la société civile acceptent une transition avec Kabila pour une durée déterminée. Mais difficile d’en convaincre la population qui n’a qu’un mot à la bouche : ALTERNANCE !
  • l’insurrection populaire généralisée avant ou au-delà du 20 décembre. Imprévisible mais pas impossible. 
  • le coup d’état. Toujours possible dans un pays où l’armée, instrumentalisée, pèse lourd dans le jeu politique interne.
  • l’assassinat du « président ».

Dans un récent rapport de l’IFRI (think tanks français traitant de grandes questions internationales),  Kris Berwouts imagine trois scénarios possibles pour la RDC.

Le moins que l’on puisse, c’est que la fin 2016 et le début 2017 seront des plus incertains en ce qui concerne la consolidation de la démocratie en RDC et la stabilité politique du pays.

Didier Kamidi Ofit

Capture d’écran 2016-07-28 à 00.04.15

(photo du volcan Nyiragongo, Est de la RDC)

RD CONGO : La Majorité Présidentielle a-t-elle pris en otage le processus électoral congolais ?

RD CONGO : La Majorité Présidentielle a-t-elle pris en otage le processus électoral congolais ?

« Si on confie le pouvoir à des hommes faibles ou ignorants, il s’en suivra comme une confusion générale car une telle exaltation les rend frivoles et orgueilleux et les prive du faible entendement qu’ils possédaient auparavant. » 

 « Les origines idéologiques de la  Révolution  américaine » de Bernard Bailyn


 

Introduction

Il est assez déconcertant de constater la légèreté avec laquelle les acteurs politiques au pouvoir en République Démocratique du Congo traitent les questions sensibles d’intérêt général dont dépendent pourtant la survie du Congo en tant que Nation : le respect de la Constitution, la sécurité nationale, l’intégrité territoriale, la souveraineté nationale, la protection des civiles, le respect des droits et libertés fondamentales,  etc.

Et pourtant, au-delà des mots, ces notions sont le fruit d’une histoire et d’un passé  de luttes et de sacrifices de plusieurs générations de fils et de filles de ce pays.

En effet, les congolais ont payé un lourd tribu pour arracher le droit de s’auto déterminer en tant que peuple : l’indépendance. Ces luttes ont commencé dès le lendemain de l’arrivée de ceux qu’on a appelé les « grands explorateurs » autour des années 1482. Elles se sont poursuivies pendant la traite négrière et ont traversé toute la période coloniale. A propos de cette période coloniale congolaise (1885-1960) dont les manuels scolaires congolais n’enseignent pas grand chose, il est important de faire remarquer que les congolais ne furent pas de dociles victimes du colonisateur belge. Plusieurs révoltes contre l’occupation belge ont émaillé cette période. La révolte des Pende en est une. Elle dura un peu plus de trois mois, soit de fin mai à la mi septembre 1931 et fit plusieurs centaines de morts.  Entre 1958-1960, le ras-le-bol congolais face aux colons est de plus en plus  marqué. Plusieurs manifestations, parfois violentes, accompagnées d’arrestations, vont conduire finalement à l’indépendance. Une indépendance très vite torpillée avec notamment l’assassinat de Patrice Lumumba et l’étouffement des aspirations nationalistes congolaises. A propos de cette terrible page de l’histoire congolaise,  Ludo De Witte écrit dans son livre intitulé « L’assassinat de Lumumba » que la rébellion nationaliste congolaise et sa répression a coûté la vie à près de 300 blancs et plus de 200.000 congolais. Tout porte à croire qu’il y a eu un plus grand nombre de vies humaines sacrifiées.

Après l’indépendance, ce fut l’époque Mobutu, le maréchal tout-puissant. Durant ces trente années de règne, les tortures, les enlèvements, les meurtres et assassinats, les répressions et les privations de liberté furent encore le lot des congolais. Cependant, la lutte interne pour la démocratie, concomitante à une conjoncture internationale nouvelle après la chute du mur de Berlin, conduira à la proclamation du multipartisme et à la fin du parti unique, parti Etat.

Depuis l’époque des Kabila, la nation congolaise fait ses premiers pas dans l’ère de la légitimation du pouvoir en conformité avec le droit. C’est ainsi que furent organisées en 2011 les dernières élections présidentielles et législatives de la RDC, dans un processus électoral par ailleurs inachevé à ce jour.


Vers le fait accompli  ?

La crise autour du processus électoral actuel semble lentement nous mener vers deux terribles constats, à savoir :

  • L’impossibilité de conduire à son terme le processus électoral complet dans les délais imposés par la Constitution de la République ;
  • L’impossibilité de conduire à terme un processus électoral partiel, portant sur les élections présidentielles et législatives, si celui n’est pas effectivement lancé avant le délai minimal au-delà duquel son organisation deviendrait tout simplement impossible pour le mois de Novembre 2016.

Au lendemain des élections chaotiques de novembre 2011 et face à la crise de légitimité qui s’en est suivie, des voies de sortie de crise avaient été proposées et adoptées dans l’espoir de faire de  2016 l’année de la continuité sur le long chemin de la démocratisation et de la pacification de la RDC. Il fallait à tout prix éviter au pays une nouvelle crise qui polariserait davantage la société congolaise, bloquerait le bon fonctionnement des institutions, mettrait à mal la réalisation des réformes sociales d’envergure et polluerait   la vie politique durant près de 5 ans.

Malheureusement, malgré les recommandations des acteurs politiques, sociaux et ecclésiastiques de la RDC, et malgré les appels des partenaires étrangers, l’inconscience ou l’irresponsabilité -ou les deux à la fois- de ceux qui nous gouvernent semblent nous conduire tout droit vers un échec prévisible aux conséquences incalculables pour la Nation. En mettant en oeuvre toute sorte de manoeuvres distractives, ces personnes semblent nous mener vers le fait accompli : pas d’élections en 2016 !

Cette Constitution que d’aucuns semblent déterminés à violer d’une manière ou d’une autre, légalement ou illégalement,  est pourtant un formidable outil à notre disposition, fruit de discussions et de consensus,  pour sortir le pays du cycle des crises à répétition qui l’enlisent depuis des décennies et pour nous aider à bâtir une véritable Nation. Son esprit, sa raison d’être et son essence se résument dans ses premières lignes :

« Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la République Démocratique du Congo est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des Institutions et de leurs animateurs.

Cette contestation a pris un relief particulier avec les guerres qui ont déchiré le pays de 1996 à 2003.

En vue de mettre fin à cette crise chronique de légitimité et de donner au pays toutes les chances de se reconstruire, les délégués de la classe politique et de la Société civile, forces vives de la Nation, réunis en Dialogue intercongolais, ont convenu, dans l’Accord Global et Inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002, de mettre en place un nouvel ordre politique, fondé sur une nouvelle Constitution démocratique sur base de laquelle le peuple congolais puisse choisir souverainement ses dirigeants, au terme des élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles. »

La Majorité Présidentielle a juré de garder le pouvoir.

La Majorité Présidentielle est un groupement politique constitué d’une constellation de partis politiques gravitant autour de Joseph Kabila et de son parti : le PPRD. C’est une sorte d’alliance hétéroclite et opportuniste dans laquelle les intérêts politiques côtoient les intérêts purement pécuniaires. La Majorité Présidentielle contrôle, infiltre ou soudoie toutes les institutions du pays. La justice n’est pas en reste. Son « indépendance » peut par moment laisser songeur.

En dépit des échecs de ses tentatives de modifier la Constitution du pays pour permettre à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat, acculée et pointée du doigt, la Majorité Présidentielle évoque aujourd’hui la nécessité d’un dialogue devant permettre une sortie de crise (créée de toute pièce par elle-même). Parallèlement à cette sollicitation à aller vers un dialogue national inclusif, elle continue cependant à envoyer des signaux qui ne rassurent guerre ni les partis d’opposition, ni la société civile.

La Majorité Présidentielle reste très fidèle à sa logique : conserver le pouvoir et si possible maintenir Kabila au pouvoir au-delà des termes prescrits par l’actuelle Constitution. Il y a fort à parier qu’elle ira jusqu’au bout de cette logique qui l’emprisonne tous les jours davantage et la rend détestable par la majorité des congolais des villes comme des campagnes. Elle devient ainsi un  danger pour la Nation en ce sens qu’elle met à mal tous les acquis des luttes congolaises contre l’occupation, la dictature, les guerres, etc.

 

Capture d’écran 2016-04-30 à 12.44.36       
Entre le 17 et le 21 janvier 2015, la population congolaise s’est levée pour faire barrage à la tentative du régime Kabila de modifier la Constitution. Les manifestations qui eurent lieu furent réprimés très violemment, faisant près de 42 morts et de centaines de blessés. Kinshasa, Goma et Bukavu furent concernés. Ce tweet du Président de l’Assemblée Nationale du Congo témoigne des limites que le régime peut transgresser.

 

Faire partie de la Majorité Présidentielle, c’est  s’aligner derrière le chef : Joseph Kabila. Au sein de la  famille politique, on se soutient mutuellement, on protège le bien le plus précieux que l’on ait acquis : le pouvoir ! Détournements, pots de vin, manipulations et enrichissements illicites font parties des pratiques courantes. Majoritaire au Parlement et au Sénat, elle le contrôle le pouvoir législatif. L’administration ainsi que les entreprises de l’Etat n’échapperaient pas non plus à son influence.

Après le chaos  de 2011 qui avaient entaché  la crédibilité de tout le processus électoral, l’Opposition exige désormais pour 2016 des élections libres, démocratiques, transparentes et crédibles.

Cependant, au fur et à mesure que le temps passe, elle est mise au pied du mur et forcée à reculer sur certaines exigences telles que l’organisation d’élections locales et provinciales,  le recensement général de la population ou la révision  du fichier électoral.

Cette opposition essaie de se faire entendre malgré des faiblesses qui la fragilisent et l’empêchent de mener des actions percutantes :

  • La multitude d’acteurs plus ou moins charismatiques ;
  • L’arrivée de nouveaux « opposants » circonstanciels (G7, Katumbi, …) sur la scène politique ;
  • La multitude d’alliances et de « fronts » qui se font et se défont au gré des intérêts ;
  • La discordance de positionnement parmi des partenaires d’une alliance commune. A titre d’exemple, à propos du dialogue, il y a dans ces « alliances » des partisans du non catégorique, du non mais et ceux du oui !
  • La crise de leadership au sein de l’UDPS et l’inconstance de son discours qui ont des répercussions sur toute l’opposition ;
  • L’absence d’une figure émergente et populaire capable de porter les aspirations de la population ;

Peut-on revenir à la raison ? 

Puisque la Constitution a été adoptée pour sortir le pays des crises politiques récurrentes, mettre fin à une cette crise chronique de légitimité et donner au pays toutes les chances de se reconstruire, il paraît raisonnable que toutes les énergies tendent à sauver cette Constitution. Nous devons apprendre à respecter les textes fondamentaux que nous avons nous même adopter librement.

Les acteurs politiques doivent aujourd’hui  s’atteler à sauver les processus électoral, notamment les élections présidentielle et législatives de 2016 d’une part et d’autre part veiller au respect de l’actuel Constitution.

Le régime montre trois faiblesses qui devraient être des points d’action pour les forces du changement : l’impopularité, l’opportunisme de ses cadres et la peur de perdre le pouvoir. La formidable force de changement que représente le peuple congolais n’est pas pour l’heure capitalisée par l’opposition. Les ingrédients d’un tsunami qui balayerait tout sur son passage sont pourtant là  : pauvreté, crise économique, malaise sociale, chômage des jeunes, lassitude et désespérance.

La Majorité Présidentielle ne négociera que si la panique s’installe dans ses rangs. Les  citoyens doivent oser braver le régime et réclamer leurs droits, continuer à mettre en avant les injustices du système actuel et enfin montrer que ce régime a perdu toute légitimité morale à les diriger. Il faut faire pression. Plus grande sera la conscience populaire aux idéaux de changement, plus importante sera la peur dans le chef de ceux qui nous gouvernent.

Vers quelle sortie de crise au-delà de décembre 2016 ?

Accepter l’idée du dialogue avant fin 2016, c’est légitimer le maintien en place du régime actuel au-delà des termes constitutionnels. Sans dialogue, le régime basculera dans une forme de gouvernance anti constitutionnelle et donc illégitime. L’instabilité politique qui en découlera sera un moyen de pression à faire valoir pour d’ultérieures négociations.

Le « glissement » devrait être considéré comme une déclaration de guerre d’une élite impopulaire au pouvoir  au peuple congolais tout entier. Dès  l’instant où il sera constaté, nous aurons franchi un nouveau palier vers les risques d’instabilité majeure. La Majorité Présidentielle doit être consciente de sa responsabilité engagée face à ce chaos.

Le peuple pourrait par conséquent appliquer l’article 64 de notre Constitution qui stipule que « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».

Si il faut négocier, il faut au préalable déterminer les points non négociables et les points négociables. Les préalables non négociables sont une base indispensable pour rétablir la confiance entre les différents acteurs politiques du pays et permettre une certaine sérénité dans les discussions futures. Pour ma part, en voici quelques idées  :

1. Premier préalable non négociable : une transition sans Kabila

Joseph Kabila n’est plus le Président de la République au delà de décembre 2016, le terme de son mandat étant défini par la Constitution, quoi qu’en pense la Majorité Présidentielle. En tant que garant du respect de la Constitution et des textes de la République, il ne peut ni se dédire, ni  violer la Constitution sous peine de haute trahison. Il a prêté serment devant la Nation.

2. Deuxième préalable non négociable : la démission du gouvernement Matata

Le gouvernement aura échoué dans sa mission à permettre une transition dans le respect des délais constitutionnels et devra prendre ses responsabilités, constater son échec et démissionner.

3. Troisième préalable non négociable : Elections sans Kabila dans une courte échéance.

4. Quatrième préalable : une recomposition de la CENI

5.  Une transition courte dirigée par une personnalité congolaise neutre et reconnue qui ne sera pas candidat à l’élection présidentielle.


Conclusions

Respect de la Constitution, élections libres, nationalisme, intérêt général, dignité humaine et développement  deviennent pour le peuple congolais des idéaux pour lesquelles il est à nouveau  prêt à donner sa vie.

A la suite des révoltes de 1931 ou de celles des années 1960, à la suite du massacre des chrétiens de 1982, ou plus récemment encore à la suite des 42 morts de janvier de 2015 qui dénonçaient la tentative de modifier l’actuelle Constitution, la nation congolaise est résolument engagée dans une dynamique puissante, peut-être encore latente, de changement que nul ne peut arrêter.

Les ingrédients sont en place pour une violente explosion populaire qui emportera le régime actuel.  Personne ne sait ni quand ni comment cela arrivera.

Enfin, le rejet du régime actuel n’est peut-être que l’illustration de quelque chose de plus profond qui se passe dans la société congolaise : une rupture  idéologique qui met en place les éléments de la refondation de la Nation congolaise.


« Pour une nation ainsi abusée, se soulever unanimement et résister à son souverain, voire le détrôner, n’est pas un crime, mais une manière raisonnable de revendiquer ses libertés et ses droits légitimes ; c’est faire usage des moyens – des seuls moyens – que Dieu a mis en son pouvoir pour qu’elle se défende, elle et ses membres. Et il serait hautement criminel que ces derniers n’utilisent pas ces moyens. Ce serait le signe d’une docilité stupide et d’une folie inexplicable que des nations entières supportent qu’un seul homme déraisonnable, ambitieux et cruel se livre à la licence et à des orgies au prix de leur misère. Dans un tel cas, il serait plus raisonnable de supposer plutôt que ceux qui n’auraient pas résisté, et non ceux qui l’auraient fait, seront damnés. »

Discourse, Jonathan Mayhew,  1750

DKO

Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

Il y a quelques jours, l’ex gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, a été désigné comme candidat du G7 (groupe de 7 partis politiques ayant quitté la famille politique de Joseph Kabila : la Majorité Présidentielle) à la prochaine élection présidentielle en RDC. En effet, pour ceux qui suivent l’actualité politique congolaise de près, cette annonce était plutôt attendue […]

via Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ? — Les imparfaites analyses de Ofit

Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

Alternance politique en RDC : Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

Il y a quelques jours, l’ex gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, a été désigné comme candidat du G7 (groupe de 7 partis politiques ayant quitté la famille politique de Joseph Kabila : la Majorité Présidentielle) à la prochaine élection présidentielle en RDC. En effet,  pour ceux qui suivent l’actualité politique congolaise de près, cette annonce était plutôt attendue et logique. Aussi, elle a eu le mérite de provoquer quelques réflexions sur l’avenir politique de la République Démocratique du Congo.


Moïse Katumbi, fin stratège  ?

Moïse Katumbi a  des atouts incontestables. Sans prétendre tous les connaître, nous pouvons en citer quelques uns.

C’est avant tout un enfant du Katanga. Bien que démembrée, cette province  pèse lourd sur l’échiquier politique de la RDC, sur son économie  et sur son poids démographique notamment en terme d’électorat. Cette appartenance katangaise lui confère un avantage non négligeable. Il serait richissime, et aurait une solide expérience dans le monde des affaires. Gouverneur du Katanga pendant plusieurs années et ancien membre du PPRD (le parti de Joseph Kabila), son expérience est également politico-administrative. Enfin, il est jeune, dynamique et très populaire.

Cependant, de nombreuses faiblesses entourent sa personnalité politique.

Il a été un soutien indéfectible de Kabila lors des scrutins présidentiels de 2006 et 2011, qualifiés de chaotiques. Alors que les partis d’opposition criaient à la fraude, sa fidélité a en partie permis à Kabila de se maintenir au pouvoir malgré des irrégularités compromettant la crédibilité des deux derniers processus électoraux. On pourrait dire, comme pour de nombreux politiciens congolais, qu’il a « fait » Joseph Kabila.

A ce jour, on ne lui connaît aucun véritable programme politique, ni projet de société clair, planifié et réaliste répondant aux défis actuels de la RDC. Quelles sont les priorités, comment les atteindre et avec quels moyens ? C’est le floue, le silence.

Aussi, de nombreuses personnes s’interrogent sur sa probité dans la gestion des contrats financiers au Katanga. Si d’aucuns pensent que sa richesse est un rempart contre la tentation de l’enrichissement personnel, d’autres au contraire s’inquiètent d’avoir à la tête de l’Etat un homme qui serait tenté de s’enrichir davantage ou de soumettre davantage l’économie du pays aux intérêts capitalistes étrangers.

Enfin, sa désignation par le G7 ne semble pas indiquer qu’il y aura une véritable rupture avec le système actuel. Les membres du G7 appartiennent à cette catégorie de politiciens congolais qui ont soutenu Kabila en dépit de la grave crise de légitimité entourant sa ré élection depuis 2011 et en dépit de toute la violence de ce régime qui a vu une minorité s’enrichir ostentatoirement au détriment de l’immense majorité de la population qui vit dans des conditions infra humaines, voire animales.

Tenant compte de ce qui précède, on peut poser l’hypothèse que la stratégie actuelle de Moïse Katumbi comporte au-moins les deux aspects suivants :

-se présenter comme « l’alternative » la moins pire ou la plus crédible à Joseph Kabila. En effet, à l’instar du vieux Tshisekedi, Katumbi est un homme d’affaire jeune, dynamique et riche. Pour booster sa popularité, il manie très habilement  religion et  football (une « autre religion »). L’occupation de l’espace médiatique est parfaitement maîtrisée, en témoigne sa présente sur les réseaux sociaux et sur les plateaux de télévision.

-apparaître comme  le « rassembleur » de l’opposition congolaise. A cet effet, les différents contactes entrepris avec les dirigeants des partis d’opposition peuvent être de sérieux indices.

Si Moïse Katumbi réussit à revêtir ces deux costumes, ce sera un réel coup gagnant pour doper sa stature de présidentiable.

 L’opposition congolaise sous pression ?

L’entrée en scène de Moïse Katumbi a déstabilisé encore un peu plus une opposition congolaise en quête d’unité et en manque d’un véritable meneur !

Du côté de l’UDPS,  Etienne Tshisekedi, vieux et convalescent, peine à tenir les rênes de son parti, l’UDPS. Cacophonies, doutes, contradictions ou démissions témoignent d’une réelle crise de leadership au sein du parti. Tous les appels des cadres à un congrès national du parti pour des réformes efficaces et pour régler l’épineuse question de la succession de Tshisekedi sont restés lettre morte. Etienne Tshisekedi ne semble pas prêt à passer la main et pourtant, handicapé par l’âge et la maladie, il n’incarne plus cet homme capable de porter un combat politique d’envergure, fussent-ils ceux du respect de la Constitution, de l’alternance ou de la présidence de la République.

Nous rappelant les conséquences sur la politique nationale des choix tactiques de l’UDPS en 2006 (non participation aux scrutins législatifs et présidentiels) et en 2011 (participation en rejetant une candidature unique de l’opposition), on peut imaginer l’UDPS sous pression. Va-t-elle accepter l’idée d’une candidature unique pour toute l’opposition et dans quelles conditions ? L’UDPS est-elle capable de s’aligner derrière un candidat autre que Tshisekedi ?

Pour l’ensemble de l’opposition congolaise, la désignation de Katumbi comme candidat du G7 fait remonter en surface toute la méfiance,  toutes les suspicions et le souvenir de toutes les compromissions qui ont été à la base de l’incapacité de la classe politique congolaise d’apporter des changements significatifs dans la vie du peuple depuis 1990, année du multipartisme.

La désignation de Moïse Katumbi renvoie aujourd’hui toute cette classe politique congolaise à la question essentielle de sa maturité. Non qu’il faille s’allier avec n’importe qui pour battre un adversaire commun, mais plutôt sur sa capacité à travailler ensemble pour un intérêt commun suprême : celui de voir ce peuple enfin vivre pleinement et dignement.

Moïse Katumbi, un allié objectif de l’opposition ?

Le tout est avant tout de savoir ce que cache le mot « opposition ».

Pour une partie de la population congolaise, en ce compris de nombreux hommes politiques,  l’opposition se conçoit comme le rejet  de l’individu Kabila.  Kabila serait le noeud la cause de tous les maux du Congo. L’incarnation de l’échec d’une nation. Vu de cette manière,  Katumbi pourrait devenir  un allié objectif pour le remplacement de Kabila. On ne touche pas trop au système en place, ni à ceux qui gouvernent et on ne remplace que la tête. Les prescrits constitutionnels portant la limite à deux mandats présidentiels pour un président seraient respectés.

Pour une autre frange de la population,  s’opposer sous-entend l’idée du rejet absolu du  système politique actuel en tout ce qu’il a de mafieux, de cleptomane, de corrompu, d’injuste, de répressif, d’anti progrès et d’assujettissement aux dictats occidentaux.  Rompre avec ce système et le remplacer par un autre, plus social et plus juste, respectant les libertés fondamentales et répondant aux préoccupations légitimes de la population, cela devrait être l’essence même de toute opposition. Par conséquent, vu sous cet angle, il est difficile  de parier, à ce stade, que Moïse Katumbi soit le candidat idéal, ni par ailleurs Vital Kamerhe, Felix Tshisekedi, Martin Fayulu, Matungulu, etc. Seuls l’exercice de la fonction et la réalisation des projets de société pourraient donner des éléments de réponse à ces questions.

Vers une « bipolarisation » de l’espace politique congolais ?

Au vu du tableau actuel proposant un large regroupement des partis d’ « opposition », serions-nous aux prémisses d’un jeu politique congolais dans lequel la  coalition des partis d’opposition s’impose en solution pour « déboulonner » un autocrate ? Une sorte de  bipolarisation qui consisterait à mettre face à face les partisans d’un régime récalcitrant à ceux de l’alternance démocratique et constitutionnelle.

Cette bipolarisation de l’espace politique en période électorale soulèverait le défi pour l’opposition de pouvoir se rassembler autour d’un candidat unique, ce qui n’est pas sans apporter son lot de crises pré et post électorales.

Peut-on vraiment faire du neuf avec du vieux ?

Les tares de la société congolaise actuelle sont connues : corruption, injustice, détournement, répression, assassinat, enrichissement illicite, … Présentes depuis près de 50 ans, elles ne semblent pas reculer. Au contraire, elles touchent même les enfants dès leur plus jeune âge. Et même la plupart des musiciens en sont devenus de malheureux chantres.

Les acteurs politiques de ces dernières décennies n’ont pas été, dans leur grande majorité,  des exemples de probité morale pour le peuple. Quasi tous ont participé aux systèmes  « tarés » de Mobutu, puis de Kabila. Un exercice simple consiste à suivre, de manière individuelle, les parcours politiques de ceux qui paradent aujourd’hui au devant de la scène politique congolaise et à les analyser. On se rend très vite compte qu’ils reproduisent les mêmes maux et les mêmes vices, aidés par une sorte d’amnésie collective d’un peuple à la mémoire courte et toujours prompt à pardonner!

En conclusion, il semble difficile de croire à un renouveau du Congo avec la classe politique actuelle. La véritable rupture devra être avant tout idéologique puis sociale avant d’être politique. Et cette idéologie nouvelle devra prendre corps en chacun des membres de la nouvelle génération de dirigeants congolais. L’instruction et l’éducation restent sans conteste des moyens obligés pour y parvenir car elles permettent d’inculquer au citoyen, dès son plus jeune âge, ces valeurs essentielles à la construction d’une nation : le patriotisme, le respect du bien commun, la quête de l’intérêt général et la responsabilité collective des citoyens.

Didier Kamidi Ofit

09/04/2016